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Les pneus d’hiver coûteront cher

On aperçoit des pneus d’hiver stockés chez Stox, un des plus grands distributeurs de la province, à son centre de Québec.

Photo courtoisie

On aperçoit des pneus d’hiver stockés chez Stox, un des plus grands distributeurs de la province, à son centre de Québec.

Les pneus d’hiver fabriqués en Asie risquent de coûter de 10 % à 15 % plus cher cette année, en raison notamment de la crise qui plombe depuis des mois toute la chaîne logistique du transport maritime mondial.

« On vit une tempête parfaite, confirme le vice-président du Groupe Touchette, David Giguère. Après la COVID, les arrêts de production, les hausses des prix des matières, ce sont maintenant les problèmes de transport. Tout cela se traduira probablement par des hausses de prix pour les consommateurs. »

Si certaines marques pourraient subir des hausses plus modestes (5 % par exemple), d’autres risquent de connaître des majorations de 10 %, 15 % et même 20 % par rapport à l’année dernière, ont confirmé plusieurs sources jointes par Le Journal au cours des derniers jours. 

Les pneus d’entreprises asiatiques sont les plus à risque de connaître de fortes augmentations, explique David Giguère. « Mais comme bon nombre des grandes marques américaines ou européennes (Bridgestone, Goodyear, Michelin, Pirelli, etc.) ont aussi délocalisé leur production dans des pays à moindre coût comme la Chine, la Thaïlande ou l’Indonésie ces dernières années, on ne peut pas vraiment identifier des marques en particulier. »

Écoutez la chronique économique d'Yves Daoust, directeur de la section Argent du journal de Montréal et du Journal de Québec, sur QUB radio: 

Des sueurs froides 

La fermeture partielle du port chinois de Ningbo-Zhoushan, le troisième en importance sur la planète, est le dernier événement en date à avoir donné des sueurs aux détaillants de pneus. Après deux semaines d’interruption, ses activités ont repris il y a deux jours.

Qu’à cela ne tienne, dans le contexte actuel, il serait difficile d’éviter les hausses de prix.

« Les manufacturiers paient jusqu’à 10 000 $ de plus par conteneur [en provenance de l’Asie] », illustre le vice-président au marketing de Distribution Stox, Patrick Lavoie, qui agit à titre d’intermédiaire entre les manufacturiers et les détaillants. 

« Il y a un goulot d’étranglement au niveau des conteneurs, poursuit-il. Une fois un conteneur trouvé, il faut trouver un bateau. Et là aussi, il y a un manque d’espaces. » 

Pas de pénurie 

Ce qui fait qu’au-delà des prix, on s’inquiète également de devoir composer, non pas avec une pénurie de pneus, mais avec des variétés plus limitées cet hiver. 

« Nous avons effectué nos commandes plus tôt pour éviter les retards de livraison. Mais même là, ça demeure une inquiétude », explique M. Giguère.  

Idem pour Distribution Stox qui ne prévoit pas de pénurie cet hiver non plus. La majorité des pneus nécessaires sont déjà dans ses 17 centres de distribution. 

On ne cache toutefois pas que le taux de livraison des commandes de différentes marques en provenance d’Asie est plus faible que celles provenant d’Amérique du Nord. 

Transport maritime : Les difficultés pourraient se faire sentir pour encore « une bonne année »  

Les difficultés que connaît le transport maritime international depuis le début de la pandémie risquent de se faire sentir encore longtemps, craint une spécialiste en transport maritime.

« Les problèmes sont si nombreux, qu’on n’est pas près de voir la situation se résorber », estime Chantal Grenier, directrice des activités de transport maritime de Groupe Xtreme, un courtier en logistique et transport international de la région de Montréal. Si certains pensent que ça va prendre des mois, chez nous on ne l’envisage pas vraiment avant une bonne année. »

Mercredi, la Chine a levé les restrictions sanitaires imposées au port de Ningbo-Zhoushan, troisième port de fret en importance de la planète.

La fermeture partielle de ce dernier, pendant des semaines, n’a fait qu’amplifier un chaos qui perdure depuis des mois et a pour conséquence de hausser les coûts des biens que s’offrent les consommateurs.

Un vrai bordel 

Le dernier cas en date concerne les pneus. Le Journal a appris ces derniers jours que les pneus d’hiver, dont un nombre élevé sont fabriqués dans l’un ou l’autre des pays d’Asie, où les coûts sont moins élevés, pourraient voir leurs prix grimper de 10 à 15 % cet automne.

La principale raison évoquée : l’explosion des coûts de transport.

« Les conteneurs sont devenus hors de prix, confirme Mme Grenier. Alors qu’on pouvait s’en tirer pour un peu moins de 5 000 $ en mars 2019, le moindre conteneur de 40 pieds en Asie peut coûter aujourd’hui 25 000 $ ! »

« C’est à prendre ou à laisser, explique-t-elle. Si tu dis non, un autre va dire oui. Et même une fois après avoir accepté de payer, certains vont jusqu’à exiger une prime pour embarquer le conteneur sur le navire. C’est un vrai bordel. »

La situation n’est pas nouvelle, mais s’est accentuée au cours des derniers mois. Les Maersk, Hapag-Lloyd, et autres géants du transport maritime n’arrivent pas à reprendre le dessus.

- Martin Jolicoeur

Marques de pneus provenant d’Asie*  

Ironman   

Nexen   

Kumho  

Sailun   

Toyo  

Westlake  

Yokohama    

*Il est à noter que bon nombre de grandes marques, issues de manufacturiers de pneus américains et européens, fabriquent aussi leurs pneus en Asie.

Source : CAA, QMI