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Aide médicale à mourir: la proposition des médecins de famille est précipitée, croient des éthiciens

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Les médecins de famille ont jeté un pavé dans la mare cette semaine en suggérant qu’une personne en santé puisse décider de son décès avant d’être malade, mais cette proposition est précipitée, estiment des éthiciens.

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Selon la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), une personne pourrait indiquer son souhait de recevoir l’aide médicale à mourir advenant un accident grave qui la laisserait dans un état végétatif, par exemple.

Présentée en commission parlementaire lundi, la position relance un débat important dans le cadre de la révision de la Loi concernant les soins de fin de vie. Mais elle est prématurée, estime le coprésident du Groupe d'experts sur la question de l'inaptitude et de l'aide médicale à mourir, Jocelyn Maclure.

Dans un rapport présenté en novembre 2019, ce comité a recommandé que seules les personnes ayant reçu un diagnostic de maladie grave et incurable puissent faire une demande anticipée pour recevoir l'Aide médicale à mourir (AMM).

20-30 ans plus tard

Comme l’a exprimé le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin, advenant l’autorisation des demandes anticipées, elles devraient être régulièrement mises à jour sans quoi il pourrait être difficile pour les médecins qui doivent exécuter l’AMM de savoir si c’est toujours le souhait du patient, indique le philosophe et éthicien Maclure.

«Imaginez, le médecin a devant lui cette demande anticipée qui a été rédigée il y a près de 20-30 ans auparavant. Quel poids doit-il donner à ça, qui a été rédigée dans des circonstances complètement différentes?» a-t-il donné en exemple.

Pour prévenir cet enjeu, le titulaire de la Chaire de recherche Jean-Monbourquette sur le soutien social des personnes endeuillées, Jean-Marc Barreau, estime qu’un «proche aidant» pourrait être désigné au moment de remplir cette demande anticipée.

«On se donne ainsi l’opportunité d’une personne qui atteste, qui puisse dire: oui, c’était bien ça [le souhait du patient]», a-t-il expliqué.

Sous-utilisé

Qui plus est, depuis 2015, les Québécois peuvent exprimer leur refus de recevoir certains soins s’ils se retrouvent inaptes en remplissant une Directive médicale anticipée (DMA), rappelle Jocelyn Maclure.

Celle-ci s’appliquera alors si vous souffrez d’une condition médicale grave et incurable et êtes en fin de vie, si vous vous trouvez dans le coma, inconscient ou atteint de démence sans aucune chance de retrouver vos facultés mentales.

«C’est un outil sous-utilisé en ce moment, très méconnu. Parfois, même les médecins n’ont pas le réflexe de consulter le dossier d’un patient pour voir si une DMA a été remplie», a souligné l’éthicien et philosophe.

Selon lui, le Québec aurait tout avantage à mieux publiciser cette option et à bien la tester avant tout.

«Si on réalise après que des groupes qui sont exclus devraient être inclus, bien il ne sera pas trop tard pour élargir encore l’accès à l’AMM, par exemple avec les demandes anticipées, mais là c’est vraiment précipité et je suis surpris de la position de la FMOQ», a-t-il mentionné.

Jean-Marc Barreau considère lui aussi «précipitée» la proposition de la FMOQ.

«Ce n’est pas rien, que par un acte notarié, une personne puisse écrire la façon dont elle mourra advenant si elle a un accident ou une maladie. Il faut en discuter, c’est un débat de société qu’il faut avoir. [...] Laissons-nous le temps de faire des études terrain, car c’est trop tôt», a-t-il insisté.

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