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Premier jour du procès de la fondatrice de Theranos

Elizabeth Holmes s'est-elle comportée en criminelle motivée par l'appât du gain, ou en entrepreneuse passionnée qui croyait en une révolution des diagnostics ? C'est ce que vont devoir déterminer douze jurés dans les semaines à venir à San José (Californie).

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Le procès de la fondatrice de la start-up Theranos s'est ouvert mercredi. L'ancienne vedette de la Silicon Valley, accusée d'une fraude massive, risque jusqu'à 20 ans de prison.

Elle a «menti et triché pour obtenir de l'argent», a lancé le procureur Robert Leach comme entrée en matière.

Avec Ramesh «Sunny» Balwani, son chef des opérations -- et un temps amant -- «ils ont affirmé que Theranos concevait une mini machine d'analyses sanguines qui permettait de réaliser n'importe quel test médical à partir d'une goutte de sang prélevée au bout du doigt pour un coût très faible», a-t-il résumé.

Ils ont aussi prétendu «que l'armée américaine l'utilisait, que des groupes pharmaceutiques majeurs la promouvaient et que leur entreprise était sur le point de gagner des centaines de millions de dollars», a-t-il continué.

Douze accusations -- de fraude et d'association de malfaiteurs -- pèsent contre Elizabeth Holmes, qui avait quitté l'université de Stanford avant d'en être diplômée pour lancer son entreprise en 2003, à 19 ans.

Mais les machines n'ont jamais vraiment fonctionné. Et selon le parquet, l'ex-entrepreneuse a trompé ses partenaires pour lever des fonds -- plus de 700 millions de dollars en tout.

«Ses manigances lui ont apporté la gloire, des honneurs et l'adoration. Elle était considérée comme la prochaine Steve Jobs (défunt fondateur d'Apple), qu'elle admirait énormément. Elle était devenue l'une des dirigeantes les plus célébrées de la Silicon Valley et du monde - ce qu'elle avait désiré», a assené le procureur devant l'accusée, ses proches, et de nombreux avocats et journalistes.

Des erreurs commises

L'avocat d'Elizabeth Holmes a ensuite pris la parole pour dépeindre une jeune femme travailleuse qui a «commis des erreurs», qui a «échoué» à réaliser son rêve et qui a «tout perdu».

«Mais l'échec n'est pas un crime, persévérer et ne pas y arriver n'est pas un crime», a déclaré Lance Wade.

 «Quand ce procès sera fini, vous verrez que le personnage de méchante décrit par le gouvernement est en réalité une personne humaine, vivante, qui a fait de son mieux chaque jour. Elle est innocente».

Il a assuré que l'accusée croyait, et croit encore, à sa technologie, voulant pour preuve le fait qu'elle utilisait elle-même ces tests et en procurait à sa famille.

Il a fait valoir les nombreux brevets déposés par Theranos et les 235 tests (cholestérol, fer, hormones, maladies...) qui pouvaient être réalisés à partir de quelques gouttes de sang.

«Theranos a généré 8 millions de résultats de tests, et nous pensons que le gouvernement a trouvé 20 résultats inexacts», a-t-il indiqué.

Puis il s'est lancé sur un autre axe majeur de la défense, qui compte plaider que son associé et ex-petit ami, de 19 ans son aîné, la contrôlait et abusait d'elle psychologiquement.

«Il exigeait de la dévotion (...), il pouvait se déchaîner contre ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui», a détaillé Lance Wade, précisant que l'associé était «légalement responsable de la fiabilité du laboratoire» de Theranos.

Ramesh Balwani doit être jugé séparément.

Le juge Edward Davila a demandé aux jurés de ne discuter de l'affaire avec personne et de ne pas consulter les réseaux sociaux pendant le procès, qui est parti pour durer au moins 13 semaines.

Une requête compliquée alors que le scandale passionne la Silicon Valley depuis les premières révélations dans le Wall Street Journal en 2015 jusqu'à l'accouchement de l'accusée début juillet.

Un jury fondé sur des témoignages

En matière de preuves, le jury devra se fonder essentiellement sur des témoignages.

La base de données du laboratoire de Theranos a bien été remise sur un disque dur au gouvernement en août 2018, mais l'entreprise a ensuite été démantelée, ainsi que ses serveurs, rendant impossible la lecture de la copie.

Sur la liste de potentiels témoins, on trouve des noms connus, comme l'ancien secrétaire d'État Henry Kissinger, l'ancien ministre de la Défense James Mattis, qui ont fait partie du conseil d'administration de Theranos, ou encore le magnat des médias Rupert Murdoch, qui avait investi dans la start-up.

Des patients victimes d'analyses défectueuses pourraient également être appelés à la barre, pour raconter comment ils ont vécu de mauvais diagnostics de cancer, de sida ou de grossesses.

Elizabeth Holmes elle-même pourrait décider de s'exprimer.

L'ex-étoile montante a connu une chute d'autant plus brutale que sa fortune était évaluée à 3,6 milliards de dollars par Forbes en 2014. C'était alors la plus jeune milliardaire n'ayant pas hérité de sa fortune.

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