/news/faitesladifference

11 septembre: « Je fête ce jour où je ne suis pas morte »

Nadia Seraiocco, une Québécoise qui était à New York, lors des attentats du 11 septembre 2001.

Photo Chantal Poirier

Nadia Seraiocco, une Québécoise qui était à New York, lors des attentats du 11 septembre 2001.

C’était une autre vie. C’était il y a 20 ans, en septembre 2001. J’habitais temporairement à New York, rue Rector, appartement 32 j, au sud des tours du World Trade Center que je voyais de ma fenêtre. 

Le 11 septembre au matin, j’avais rendez-vous avec les gens de la délégation du Québec et une des agences de RP qui devait nous appuyer pour la mission Québec New York 2001.

En marchant vers le bureau, sous un ciel bleu, j’évitais les flaques d’eau que l’orage de la veille avait laissées. Dans ce quartier d’affaires, giron de la légendaire Wall Street, il y a tout de même des autobus scolaires et des enfants qui sautent à pieds joints dans les flaques d’eau. Comme souvent, je souriais en marchant.

Agitation

Une fois dans mon nouveau bureau, il y a eu un bruit violent accompagné d’un tremblement de terre. Avec tous les chantiers de la rue Vesey, j’ai cru à un dynamitage un peu excessif. Mais de ma fenêtre, qui donnait vers le bord de l’eau, j’ai vu sur le trottoir les « commuters » commencer à s’agiter, à courir. Avec deux collègues, nous nous sommes rendues à l’entrée principale qui faisait face aux tours. 

De l’autre côté de la rue, la tour nord affichait un large cratère qui crachait des flammes et de la fumée. Tout autour, les alarmes des gratte-ciel sonnaient à tue-tête. Une jeune femme m’a dit, la voix tremblante, « c’est un jet commercial, un jet vient de foncer dans la tour ! ». 

Je suis rentrée au bureau téléphoner à des connaissances dans les médias québécois pour leur raconter ce que je venais de voir. L’alarme continuait de sonner et les haut-parleurs relayaient des messages d’évacuation. J’ai pris mon téléphone, un cahier, en me disant que je récupérerais le reste plus tard.

L’horreur

L’horreur de la situation m’est apparue, sur le trottoir, quand une policière a ainsi décrit la situation dans sa radio : « Ça tombe rapidement, ça doit donc être un corps ». J’ai suivi son regard et j’ai vu un homme, chemise blanche, pantalon foncé, sa cravate voletant devant son visage. 

Le reste vous l’avez vu à la télé, dans des documentaires, sur le web. Je le revois souvent en rêve, j’entends aussi le bruit des corps qui s’écrasent au sol. J’échafaude alors des plans pour sauver celles et ceux qui ne sont jamais sortis des tours. Pendant de nombreuses années, l’odeur de la fumée me donnait des accès de panique. Un étrange réflexe de survie s’est inscrit dans mon cerveau, autour de la date de cet événement, je suis anxieuse, prête pour le pire.

Un monde en changement

Le monde a-t-il changé ? Il change et changera toujours, qu’il y ait des catastrophes ou pas. Nous les voyons maintenant en direct, dans les médias électroniques, dans les réseaux sociaux. Sommes-nous pourtant plus sensibles à ce qui se passe au bout du monde ? Avons-nous simplement appris à digérer une somme incalculable d’horreurs, pour, deux secondes plus tard, nous soucier de la faisabilité d’une recette de féta tirée d’une vidéo TikTok ? Vous avez la réponse autant que moi.

Avec les années, ce jour est passé d’une date maudite à un nouvel anniversaire : je fête ce jour où je ne suis pas morte, ce matin où le hasard a fait de moi une survivante de cet événement. Tous n’ont pas eu cette chance. Or, le 11 septembre, je lève mon verre à leurs espoirs en cendres, à leurs proches éplorés, mais aussi à la vie. Faites de même.

Nadia Seraiocco
Chargée de cours, chroniqueuse techno, UQAM / SRC

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.