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Attentats du 11 septembre: «J’ai vraiment vu la mort de près»

«De regarder, impuissant, est une horreur.» Telles ont été les paroles de l’animatrice Diane Sawyer sur les ondes de la chaîne ABC, le matin du 11 septembre 2001, quelques instants après que le vol 175 d’United Airlines ait percuté la deuxième tour du World Trade Center. 

Rien de plus véridique: tant pour ceux qui étaient estomaqués devant leurs téléviseurs que ceux qui se trouvaient aux premières loges d’une morbide catastrophe sans précédent en plein Manhattan.

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Parmi les gens présents dans les rues de New York, ce mardi-là, le chef Philippe Feret devait se rendre aux mythiques gratte-ciels, métamorphosés en énormes cheminées avant de s’écrouler. Le Français préparait un événement qui devait avoir lieu au Windows on the World.

Monsieur Feret connaissait bien l'endroit, lui qui avait été le chef de ce restaurant huppé situé dans les hauteurs de la tour nord - réduite en poussière à 10h28 - jusqu’en 1999, lorsqu’il a ouvert son propre café. Il connaissait «une quinzaine d’employés» qui ont péri ce jour-là. Et il a lui-même failli y passer.

«Pour moi, le Québec a un rapport direct avec le 11 septembre 2001, a-t-il ironiquement raconté dans un généreux entretien avec le TVANouvelles.ca. Cette année-là, le gouvernement provincial m’a demandé d'organiser 50 événements dans le cadre du concept "Québec-New York". 

«Il devait y avoir un petit déjeuner, un lunch, et un cocktail en après-midi. Les trois premiers événements devaient avoir lieu au World Trade Center. Ça devait commencer le... 12 septembre.» 

Absurde soit-il, M. Feret réalise la chance qu’il a eue de ne pas avoir été au 107e étage de la tour avec les 72 autres employés qui y ont laissé leur vie en ce jour, il y a 20 ans.

«S’ils (les terroristes) avaient attendu au 12 septembre, on ne se parlerait pas aujourd’hui.»

Gracieuseté

Des séquelles          

Aujourd’hui chef-ambassadeur sur l’île de Hilton Head, en Caroline du Sud, le Normand d’origine qui a grandi à Paris éprouve toujours de la difficulté à discuter publiquement, voire intimement de cette attaque contre l'Amérique.

D’abord, le souvenir d’une scène d’apocalypse qu’il observait depuis l’avenue Lexington à bord d’un camion réfrigéré transportant ses provisions pour l’événement qu'il devait inaugurer le lendemain. Puis, les âmes qui s’y sont éteintes.

«Il y a beaucoup d’employés que j’avais embauchés et qui m’avaient suivi de mon café, lorsque je suis allé travailler au Windows on the World, qui ont péri», explique-t-il. Quand les gens m’en parlent, ça me donne des frissons. J’évite beaucoup d’en parler.»

Avant de s’exiler en Caroline du Sud, en 2016, l’artisan de pâtisseries dit avoir été incapable de retourner sur le site de la tragédie.

«Je refusais d’aller là-bas, confie-t-il. Je n’ai jamais voulu y retourner. Ça me prenait au ventre. Même sur l’autoroute, je tournais la tête lorsque je passais par là.»

AFP

Le dernier chef du Windows on the World, Michael Lomonaco, a été épargné du drame. Le matin des attentats, il faisait réparer ses lunettes au rez-de-chaussée du One World Trade Center. La tour a été percutée juste avant qu’il ne monte dans l’ascenseur.

Pendant ce temps, 72 employés et 76 clients se trouvaient au restaurant pour le déjeuner au moment de la collision. De l’extérieur de la tour, les passants espéraient de tout cœur que les occupants s’en sortent, mais bon nombre était trop mystifié pour réaliser l’ampleur des conséquences à l’intérieur.

«Je n’ai pas communiqué avec personne au restaurant. J’étais tellement stupéfait, que je cherchais une façon d’aider où j’étais. Je n’ai donc pas essayé d’appeler qui que ce soit. De toute façon, la dernière chose que j’ai cru bon de faire, c’est d’appeler des gens en panique.»

Une aide sous-estimée          

Lorsque les deux tours se sont effondrées comme des châteaux de cartes et qu’un tourbillon de poussière et de débris a envahi le sud de Manhattan, la scène était devenue encore plus cauchemardesque.

Mais puisqu’il avait une cargaison de marchandises qui ne servirait plus et un transport qui n’avait plus de destination, M. Feret a voulu venir en aide aux New-Yorkais du mieux qu’il pouvait.

«Ils étaient tous couverts de cendres blanches. C’était l’exode complet, se remémore-t-il. Comme je devais faire tous ces événements, j’avais une palette de bouteilles d’eau. On a sorti ça et on a commencé à donner de l’eau à tous ceux qui passaient. 

«Puis j’ai pris mon camion et j’ai aidé les gens à rentrer chez eux. J’avais l’impression de vivre un cauchemar les yeux ouverts.»

AFP

Comme pour plusieurs, cette journée sombre a laissé des cicatrices pour M. Feret. Des perturbations le hantaient jusque dans son propre commerce.

«Je sentais que le plancher de mon restaurant bougeait. J’avais l’impression que la structure de l’édifice basculait et que tout tirait vers le bas, même si ce n’était pas ça. 

«Il m’a été impossible de dormir pendant quatre jours. Je ne savais pas quoi faire de moi-même. Jamais je n’aurais pensé que de tels moments pouvaient autant affecter les gens.» 

Des exercices d’évacuation          

Le World Trade Center avait déjà été la cible d’un attentat, en 1993, lorsque Ramzi Ahmed Yousef avait orchestré, avec d’autres malfaiteurs, la détonation d’une bombe dans le sous-sol de cette même tour nord.

Les mesures de sécurité ont été renforcées et des exercices d’évacuation ont été mis en place par la sécurité du New York Port Auhority.

«Lorsque j’ai pris la position de chef là-bas, tous les mois on avait un entraînement pour savoir ce qu’il fallait faire en cas de feu ou d’un autre attentat, explique-t-il. 

Getty Images

«Les tours, nous disait-on, étaient testées pour encaisser un choc de 747. Eh bien! J’ai connu des gens qui ont survécu au premier attentat, mais qui ont péri au deuxième. Or, ce n’est pas l’impact qui a été fatal, mais plutôt des avions pleins de carburant.» 

Vingt ans plus tard, M. Feret se plait à Hilton Head, une destination de plus en plus prisée des Snowbirds. Il ouvrira bientôt son deuxième restaurant - Hilton Head Social Bakery South - et continuera d’organiser des congrès avec la participation de chefs canadiens.

Ne pas oublier         

Ce passionné de moto file certes le parfait bonheur là où il a élu domicile, mais pour le 20e anniversaire d’un douloureux souvenir, son message ne pourrait être plus clair.

«Ce que j’aimerais surtout, c’est que les gens n’oublient pas. Pour ne pas que ça revienne, car il y a des gens diaboliques dans le monde et j’ai peur qu’ils aient appris de nouvelles méthodes.

«Ça m’a fait changer beaucoup de choses et de points de vue dans ma vie courante. 

«La vie ne tient pas à grand-chose. J’ai vraiment vu la mort de près.»

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