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Un chef mohawk a travaillé sans relâche durant cinq jours pour nettoyer les décombres du 11 septembre

Lindsay LeBorgne tient une plaque abîmée qu’il a récupérée en nettoyant les décombres du World Trade Center.

Photo Nora T. Lamontagne

Lindsay LeBorgne tient une plaque abîmée qu’il a récupérée en nettoyant les décombres du World Trade Center.

Un chef mohawk dévoué a travaillé sans relâche dans les jours suivant le 11 septembre 2001 pour déblayer les décombres des tours jumelles que son père et son grand-père avaient contribué à ériger. 

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« Je suis né à New York, et plusieurs membres de ma famille ont travaillé sur le World Trade Center. C’était très personnel, alors j’ai voulu aider à ma manière », relate Lindsay LeBorgne, un chef élu de Kahnawake, une réserve sur la Rive-Sud de Montréal. 

Comme de nombreux Mohawks – surnommés les marcheurs du ciel en raison de leur habileté à travailler en hauteur –, il a longtemps été monteur de structures d’acier, au Québec comme à Manhattan. 

C’est pourquoi, le lundi suivant les attentats, il s’est retrouvé au pied de ce qui était la tour sud du World Trade Center, pour aider à nettoyer une montagne de débris, de poussière et de métal tordu.

Une semaine après l’effondrement des tours, l’heure n’était malheureusement plus aux recherches, mais des familles éplorées refusaient de perdre espoir, se souvient M. LeBorgne.  

Chaque soir, elles attendaient ceux qui revenaient de Ground Zero, photo à la main, pour leur demander s’ils avaient retrouvé leur fille, leur époux ou leur père.

Les travailleurs se relayaient du matin au soir pour dégager les débris .

Photo courtoisie, Lindsay Leborgne

Les travailleurs se relayaient du matin au soir pour dégager les débris .

« Je n’avais pas le cœur de leur dire qu’il n’y avait plus rien, que tout avait été pulvérisé. C’était terrible », dit l’homme de 63 ans, perdu dans ses souvenirs. 

Des artéfacts troublants

Parmi les décombres des gratte-ciel, il se rappelle avoir malgré tout trouvé des objets qui lui ont serré le cœur. 

Des répliques miniatures du World Trade Center vendues aux touristes, et miraculeusement restées intactes dans les ruines de l’édifice qu’elles représentaient. 

De nombreux souliers à talons hauts abandonnés. 

« J’imagine que des femmes les avaient ôtés pour courir plus facilement », laisse-t-il tomber.

À quelques reprises, la dépouille d’une victime ou des morceaux de corps ont aussi été retrouvés pendant qu’il travaillait. 

À ces occasions, le temps s’arrêtait sur le chantier. Un pompier ou un policier venait étendre un drapeau américain sur le corps, avant de l’emporter sur une civière. 

Une scène « surréelle », se rappelle le Mohawk, élevé entre Kahnawake et le Little Caughnawaga, à New York.  

Pas sans danger

De 6 h à 18 h, le travail de M. LeBorgne consistait surtout à sectionner à l’aide d’un chalumeau d’immenses poutres en acier afin qu’elles puissent être transportées. 

Il s’agissait probablement des mêmes poutres que son père, son grand-père, plusieurs de ses oncles et de ses cousins avaient assemblées sur le chantier du World Trade Center, entre 1968 et 1971. 

Un pan de mur menaçait de s’effondrer pendant les opérations de nettoyage.

Photo courtoisie, Lindsay Leborgne

Un pan de mur menaçait de s’effondrer pendant les opérations de nettoyage.

À l’automne 2001, une certaine nervosité régnait dans l’air.

« On avait peur que d’autres édifices s’effondrent à tout moment », se souvient M. LeBorgne. 

Les ouvriers comme lui portaient un masque chirurgical, des lunettes de protection, un casque, et des bottes à cap d’acier, bien peu pour les protéger de la poussière toxique qui émanait des décombres. 

Cancers mortels

Le Programme de santé du World Trade Center dénombre d’ailleurs plus de 3500 premiers répondants et travailleurs intervenus sur les lieux après les attentats qui sont morts dans les dernières années, souvent de cancers. 

M. LeBorgne a un rendez-vous annuel dans un hôpital de New York pour un suivi.

À ce jour, il s’en tire avec une toux qui ne l’a jamais vraiment quitté, peut-être parce qu’il n’a pas été exposé à la poussière aussi longtemps que d’autres.

« Après cinq jours, j’en avais vu assez. Je ne voulais plus rien savoir de ce carnage », dit-il sobrement.

Vingt ans plus tard, Lindsay LeBorgne préfère changer de chaîne quand les images de cette funeste journée apparaissent à l’écran. 

Les souvenirs indélébiles qu’il en garde lui suffisent. 

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