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Pour l’amour du Nunavik

Sarah Bergeron, médecin au Nunavik, livre un témoignage d’amour pour le Nunavik et ses gens malgré les enjeux sociaux difficiles dans cette région.

Photo courtoisie

Sarah Bergeron, médecin au Nunavik, livre un témoignage d’amour pour le Nunavik et ses gens malgré les enjeux sociaux difficiles dans cette région.

Je ne pensais pas écrire sur le Nunavik, par crainte d’en faire un portrait très incomplet. J’en ressens aujourd’hui le besoin. Besoin d’exposer le beau. Besoin de dire mon amour du Nunavik.

« Hey Sarah ! » La passerelle de l’hôpital est un lieu où l’on se sourit en se tenant la porte, en se partageant des blagues. Le rire est facile, quotidien.

« Hello ! Hello ! Comment tu t’appelles ? » Les enfants patinent sur les rues glacées, se balancent dans la pluie, vont se baigner avec leur manteau noué à la taille. Les enfants appartiennent aux villages ; les villages appartiennent aux enfants.

La fierté d’une culture

« Haha, auka ! (Haha, non !) » L’inuktitut est une langue pleine de nuances. Ma langue s’enfarge à essayer de la parler, on me reprend gentiment en riant. Aputi : neige au sol. Anuri : le vent. Le nom de l’école d’Ivujivik est Nuvviti. Une enseignante inuk me l’a dit cet été. C’est la partie qui permet de connecter le traîneau (qamutik) aux chiens. Elle m’a dit qu’elle était elle aussi une connexion. Je lui ai dit qu’elle avait raison.

« Ils rendent notre culture vivante. » Je regardais l’arrivée des chiens de traîneaux de la course Ivakkak lorsque j’ai entendu cette phrase. Lorsque j’ai senti cette fierté. La même dans les chants de gorge des femmes, improvisés autour d’un feu de camp. La même dans plusieurs histoires de chasse. La fierté d’une culture forte et vivante malgré toutes les tentatives pour qu’elle ne soit plus.

L’entraide des amis et de la famille

« Salut Sarah ! Ta patiente est en retard, mais c’est une aînée. Peux-tu la voir maintenant ? » Ce respect des aînés. Cette volonté de nos collègues interprètes pour qu’ils ne soient pas laissés pour compte. « Oui, j’arrive. »

« 28 ans et tu es un médecin ? J’ai 38 ans et je suis grand-mère ! » La maternité en tant que pilier. Les sages-femmes inuit, richesse de notre système de santé. Les grands-parents, richesse de nombreuses familles.

« Vas-y, mange ! » La nourriture est faite pour être partagée. À plusieurs reprises, mes patients hospitalisés se sont fait offrir de la viande chassée. Prendre soin par le ventre. Guérir par la culture.

« Plusieurs bateaux cherchaient le kayakiste porté disparu. Nous étions plus de 50 aujourd’hui. » Les gens laissent de côté leurs plans pendant des jours et partent à la recherche de personnes portées disparues. Les communautés vivent d’entraide.

« Nakurmiimarialuk. (Merci beaucoup). » Nos patients doivent souvent attendre des heures, voire des jours avant que la météo soit assez clémente pour qu’on puisse les évacuer en avion-ambulance. Malgré tout, plusieurs nous accueillent avec un merci. Merci à vous tous pour cette leçon de patience et de courage.

Trouver des solutions

« On doit trouver des solutions. » Des gens qui traversent le Nunavik à pied en plein hiver pour sensibiliser à la crise du suicide – 1182 km dans un désert blanc. D’autres qui se lèvent contre la violence conjugale, la crise du logement, le manque d’accès à l’eau potable. Ces vagues de mobilisation, de résistance. Ces vagues de vie. 

On me demande pourquoi je suis au Nunavik. Pourquoi j’y reste.

En peu de temps, tellement de choses ont changé. 

Mais les Nunavimmiut sont toujours là.

Les Nunavimmiut sont fiers de leur culture. 

Les Nunavimmiut défendent leurs droits.

Les Nunavimmiut veulent guérir.

Je reste parce que j’aime le Nunavik et ses gens : je veux qu’ils soient en santé et en sécurité afin de vivre leurs propres succès.

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