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Suspense total à une semaine des élections fédérales

Le libéral sortant Justin Trudeau ou le conservateur Erin O'Toole? À une semaine du scrutin, le suspense est total au Canada: les sondages donnent les deux grands partis dans un mouchoir de poche et des enjeux régionaux forts compliquent les pronostics.

À l’aube de la dernière semaine de campagne, les deux grands partis se font donner entre 30% et 34% des intentions de vote, et le Nouveau parti démocratique autour de 20%.

En déclenchant ces élections anticipées à la mi-août, Justin Trudeau espérait pouvoir retrouver à la Chambre des communes la majorité qu’il avait perdue lors des élections de 2019.

Mais ce pari risqué semble, après quatre semaines de campagne, désormais «inatteignable», estime André Lamoureux, professeur à l’Université du Québec. «Il pourrait encore être minoritaire, mais il y a grand péril en la demeure», ajoute-t-il.

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Si aucun des deux grands partis qui alternent au pouvoir depuis 1867 n’est en mesure d’obtenir une majorité des 338 sièges en lice au Parlement fédéral, le vainqueur devra composer un gouvernement minoritaire.

Cette élection est finalement «un référendum pour ou contre Justin Trudeau, car on voit que les idées conservatrices ne sont pas plus populaires qu’avant», estime de son côté Geneviève Tellier, de l’Université d’Ottawa.

Les gens ont «perçu que la décision de Justin Trudeau de se lancer dans une campagne électorale était basée sur des réflexions très stratégiques».

Ses rivaux n’ont d’ailleurs pas cessé, ces dernières semaines, de marteler le fait qu’il s’agit d’une campagne «inutile», puisque «le Parlement fonctionnait» et que le pays est, comme le reste du monde, aux prises avec une quatrième vague de COVID-19.

«On doit travailler ensemble contre la pandémie. Ce n’est pas le moment pour une élection», a déclaré à plusieurs reprises le chef des conservateurs, Erin O'Toole, lors des débats télévisés.

Usé par six années au pouvoir, affaibli par les procès en inaction en matière d’environnement ou de politique étrangère notamment, le premier ministre sortant est allé de désillusion en désillusion dans cette campagne.

Et sur le terrain, il est suivi par une foule de manifestants en colère contre les mesures sanitaires à chaque déplacement. L’un d’entre eux lui a même jeté des morceaux de gravier la semaine dernière.

Fin août, cerné par des manifestants, il avait été contraint d’annuler une réunion électorale.

«On ne peut pas se permettre quatre ans de plus de M. Trudeau», a estimé Jagmeet Singh, le leader du Nouveau Parti démocratique (NPD, gauche), le qualifiant de «grand parleur, mais petit faiseur» sur l’environnement.

Fin de la «trudeaumanie»  

«Les voies ensoleillées promises en 2015 semblent bien loin, et beaucoup d’électeurs y voient des paroles creuses maintenant», ajoute Geneviève Tellier.

Mais Justin Trudeau, 49 ans, s’est attaché ces derniers temps à montrer qu’il était le seul leader crédible et que son principal rival n’avait pas une stature de dirigeant.

Il a à plusieurs reprises évoqué le «leadership mou» de M. O’Toole, son manque d’ambition par rapport aux changements climatiques et sa position fragile face à la branche la plus conservatrice de son parti (antiavortement et climatosceptiques, entre autres).

Après le dernier débat, il apparaît aussi que les dynamiques régionales seront déterminantes pour ce scrutin. Les «enjeux régionaux rendent les projections quasiment impossibles», estime Daniel Béland, de l’Université McGill, évoquant par exemple des crispations au Québec.

Le débat en anglais entre les chefs des différents partis a en effet déclenché, exceptionnellement, des réactions passionnées au Québec, entraînant une prise de position rare du premier ministre québécois en faveur d’un gouvernement conservateur.

Dans l’Ouest, la question du secteur pétrolier et de son avenir est déterminante. Et en Ontario, le NPD pourrait progresser dans la grande région de Toronto, venant troubler le face-à-face entre libéraux et conservateurs.

Jusqu’ici, Justin Trudeau, qui était en 2015 le visage jeune et branché de la politique canadienne, était parvenu à marcher dans les pas de son père. Redevenir majoritaire pour un troisième mandat est la dernière marche: dans une semaine, on saura si elle était trop haute.

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