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Gros fardeau de la dette fédérale pour les jeunes

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Voyons un peu. Pour contrer les effets de la pandémie, le gouvernement fédéral a creusé un trou de 354 milliards $ dans les coffres l’année dernière, et un déficit de 154 G$ viendra s’ajouter à notre dette cette année.

Ottawa a fait ce qu’il devait faire, de manière sans doute trop désinvolte par moments, mais on ne reviendra pas là-dessus. On conviendra seulement que la COVID-19 a mutilé nos finances publiques, et qu’un nerf semble avoir été sectionné dans l’accident, plus personne n’est sensible aux déficits, petits et gros. 

D’où la question : combien ça nous coûtera cette dette qu’on nous promet encore de gonfler au cours des prochaines années (la seule promesse électorale en laquelle on peut croire) ? 

Dans une analyse publiée en fin de semaine dernière, l’Institut Fraser a voulu évaluer comment le poids des déficits qui s’accumulent depuis 2019 se fera sentir sur le fardeau fiscal des contribuables, par tranche d’âge, leur vie durant. Comme on le comprend aisément, ce sont les jeunes qui vont essuyer le gros de la facture.

L’Institut Fraser retient comme prémisse que le gouvernement fédéral ne renouera pas avec l’équilibre budgétaire dans un avenir prévisible. On en a l’assurance au moins jusqu’à 2025-2026. Tous les partis politiques ont présenté des programmes lourdement dans le rouge. Selon le groupe de réflexion, Ottawa continuera d’aligner d’importants déficits, notamment en raison du vieillissement de la population.

L’exercice ne vise pas à calculer combien d’impôt par tête de pipe sera nécessaire pour rembourser la dette, mais à estimer le fardeau fiscal supplémentaire auquel devront faire face les contribuables pour contenir le poids de la dette par rapport à l’économie du pays (PIB). 

Une facture de combien ?

L’institut Fraser évalue ce montant à 332,5 G$, à partir de 2025, réparti entre les payeurs de taxes de 16 à 80 ans, sur la durée de leur vie. Ça donne 10 500 $ par personne, en moyenne.

Comme les jeunes vont payer plus longtemps de l’impôt, ce sont ceux-là qui vont casquer le plus. En dollars d’aujourd’hui, la frange des 16 à 25 ans devra sortir de ses poches 118 G$ d’impôts supplémentaires, soit plus du tiers de la note totale. Ça équivaut à 20 000 $ minimum pour chaque jeune.

D’accord, réparti sur toute une vie, ce surcroît d’impôt n’est pas nécessairement la catastrophe. Comme il s’agit d’une moyenne et que, dans la réalité, l’impôt frappe plus ou moins fort selon les revenus, les plus riches devraient s’attendre à contribuer davantage. Ceux qui seront âgés de 26 et 35 ans en 2025 paieront le quart de la facture. Le poids va en diminuant chaque fois qu’on passe à une cohorte plus âgée. 

Ça pourrait être pire

On le répète : avec ça, on n’a rien remboursé de la dette accumulée, on a seulement absorbé des augmentations anticipées. Parmi les hypothèses retenues dans les calculs, l’Institut Fraser suppose que les intérêts de la dette fédérale demeureront moins élevés que le taux de croissance de l’économie. Les auteurs de l’analyse signalent qu’une hausse du coût de la dette peut radicalement modifier le portrait de la situation.

Dans un scénario où le taux d’intérêt sur les emprunts dépasserait le taux de croissance du PIB, le fardeau fiscal des contribuables serait alourdi non plus de 332 G$ au total, mais de 887 G$. 

L’inverse est aussi vrai : une baisse des taux d’intérêt allégerait la facture d’impôt future.

Qu’est-ce que ça nous dit ? 

Quand il est question d’impôt, l’Institut Fraser, très conservateur, peut souvent passer pour un épouvantail. Mais logiquement, on ne peut pas augmenter les dépenses indéfiniment sans que ça se ressente sur le fardeau fiscal des contribuables un moment donné.

Un jour arrivera où on devra quitter le monde des licornes.

332,5 G$ d’impôts à partager 

Répartition du fardeau fiscal supplémentaire découlant de l’accumulation de la dette, payable la vie durant, à partir de 2025.  

16 à 25 ans : 35,5 % (118 G$) 

26 à 35 ans : 26,2 % (87,1 G$) 

36 à 45 ans : 18,3 % (60,8 G$) 

46 à 65 ans : 5,9 % (19,6 G$) 

56 à 75 ans : 2,3 % (7,6 G$)  

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