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Quand Legault s'inspire de Charest

Depuis deux jours, François Legault s'amuse à traiter le Parti libéral du Québec de «succursale» de son «grand frère» à Ottawa.

L'occasion: le leader parlementaire libéral, André Fortin, a admis mardi avoir participé à la préparation de Justin Trudeau pour les débats des chefs.

Début juin, Fortin, alors sollicité par le PLC pour se porter candidat, m'avait confirmé la rumeur selon laquelle il avait aussi joué, en 2019, les entraineurs rhétoriques de M. Trudeau.

Pour François Legault, cette nouvelle était du pain béni, au moment où il accuse le PLC (et NPD et le Parti vert) de vouloir miner les compétences du Québec.

Tout cela, en pleine rentrée parlementaire, alors que la chef libérale Dominique Anglade tente désespérément de faire prendre un virage nationaliste au PLQ.

Pas anodin

Certains relativisent le geste de Fortin. Le PLC? Il y a fait ses premières armes; son épouse a travaillé au cabinet de Trudeau. Nulle surprise.

Pas d'accord! Qu'est-ce qui a poussé M. Fortin à accepter cette tâche, en 2021? Il ne s'agit pas a) d'une simple appartenance passée au PLC; ni b) d'un appui ponctuel à quelque candidat rouge du coin.

Mais bien d'un coup de pouce en pleine campagne actuelle, dans le développement et l'affûtage de l'argumentaire du chef fédéral! On imagine aisément Fortin dire: «Justin, si Blanchet ou O'Toole te reproche d'envahir les champs de compétence, tu répondras...»Vous voyez le problème? Cette bourde risque de suivre Fortin pour longtemps. Les caquistes ne s'en priveront pas!

Dominique Anglade travaille fort à «découillariser» le PLQ. En début de semaine, elle lançait une pétition contre le «Québec bashing». Le 24 août, elle se fendait d'une lettre ouverte intitulée «Ces promesses fédérales de trop». Extrait: «Quand Ottawa impose son agenda dans les champs de compétence du Québec par l’entremise de transferts assortis de conditions, c'est indirectement le gouvernement du Québec qu’il met sous tutelle.»

Que pense André Fortin de cela, lui qui est si proche de Justin Trudeau, ce passionné de «normes fédérales»? Hier, le député de Pontiac refusait toutes les entrevues.

Serait-il le symptôme d'un refus sourd de plusieurs élus libéraux face au discours plus nationaliste de la chef? Indice: presque aucun membre du caucus libéral n'a diffusé sur ses réseaux la lettre de leur cheffe. Et ils ont réservé le même traitement à sa pétition.

Duplessis et Charest

Gabriel Nadeau-Dubois a soutenu hier que depuis deux jours, François Legault se prend pour Maurice Duplessis. M. Legault s'est pratiquement revendiqué du «cheuf».

Peut-être. Mais un autre ancien premier ministre du Québec s'était amusé à qualifier l'opposition officielle de «succursale» d'une formation fédérale tout en prétendant être le seul à parler au nom des Québécois: Jean Charest.

En 2004, il accusait Bernard Landry de se comporter «comme la succursale du Bloc québécois à l'Assemblée nationale». Le chef péquiste lui avait demandé de désavouer Paul Martin qui s'était vanté d'avoir l'appui des députés et de l'organisation du PLQ!

En 2008 Charest martelait ceci: «Je suis le seul des trois chefs capable de parler au nom de tous les Québécois sur tous les enjeux. Mme [Pauline] Marois le confirme: elle a les deux mains attachées par le mouvement souverainiste et donc par le Bloc québécois. Alors que M. [Mario] Dumont a décidé de s'attacher au Parti conservateur.»

Certains échos du passé sont vraiment fascinants.

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