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Explosion des cas d’électrisation au Québec

Le 21 juillet 2019, Daniel Lepage, 62 ans, a été électrisé en faisant des travaux dans sa cour arrière. Il affirme que le courant est entré dans son corps par son bras droit, et en est ressorti par son pied gauche, ce qui lui a laissé une brûlure (en mortaise). Heureusement, il s’en est tiré sans aucune autre séquelle.

Photos courtoisie et d'archives, Agence QMI

Le 21 juillet 2019, Daniel Lepage, 62 ans, a été électrisé en faisant des travaux dans sa cour arrière. Il affirme que le courant est entré dans son corps par son bras droit, et en est ressorti par son pied gauche, ce qui lui a laissé une brûlure (en mortaise). Heureusement, il s’en est tiré sans aucune autre séquelle.

Le nombre de personnes ayant subi une électrisation, que ce soit lors de travaux à la maison ou en milieu de travail, a explosé l’an dernier, faisant un bond de 491 % chez les hommes et de 920 % chez les femmes.

C’est ce que révèlent des données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) obtenues par Le Journal, faisant état de personnes ayant consulté un médecin à l’urgence, après avoir subi les effets plus ou moins graves d’un choc électrique.

Ces statistiques regroupent tous les types d’électrisations, des plus bénignes aux plus graves, ainsi que les électrocutions, c’est-à-dire qui mènent à un décès.

Ainsi, 976 hommes ont subi une électrisation en 2020, comparativement à 165 en 2019. Les jeunes hommes âgés de 25 à 34 ans sont les plus touchés, avec 342 cas l’an dernier.

Le sexagénaire Daniel Lepage fait malheureusement partie de ces statistiques, alors qu’il s’est électrisé en 2019, en sciant dans sa cour un poteau en acier qui était en contact avec une ligne de moyenne tension d’Hydro-Québec (voir autre texte plus bas).

Les femmes aussi

Une hausse faramineuse de 920 % s’observe aussi chez les femmes, bien que le nombre d’entre elles ayant subi un choc électrique soit beaucoup moins important (voir ci-bas).

Ces statistiques sont qualifiées d’« impressionnantes » par des experts du domaine de l’électricité, qui estiment que la folie pour les rénovations en pleine pandémie jumelée à la rareté de la main-d’œuvre, pourrait en partie expliquer le triste phénomène.

« Dans le contexte actuel, les carnets de commandes des entrepreneurs sont pleins, c’est sûr. Il faut s’attendre à des délais. Mais la sécurité des occupants [d’une résidence] devrait être suffisante pour qu’on patiente un peu », affirme Danielle Dumas, directrice des communications à la Corporation des maîtres électriciens du Québec (CMEQ).

« Il faut vraiment que les citoyens comprennent qu’il y a un danger réel et constant avec l’électricité, qui n’a rien à voir avec une importance des travaux qui sont à exécuter », ajoute-t-elle.

Graves répercussions

Selon Patrice Lacombe, formateur technique en sécurité chez Schneider Electric, « s’improviser » électricien peut avoir de graves répercussions. 

« Si l’électricité passe via la cage thoracique, la personne peut faire un arrêt cardiorespiratoire immédiatement, ou encore subir des brûlures internes allant de négligeables à la carbonisation, dit-il. Certaines personnes peuvent avoir des conséquences graves à aussi peu que 120 V, alors que d’autres ne le ressentent presque pas, c’est du cas par cas qui doit donc être évalué par un professionnel de la santé ».

De son côté, la CNESST rapporte 137 décès par électrocution en 2020, ce qui représente une diminution de 45 décès par rapport à 2019. Questionné par Le Journal, l’organisme gouvernemental a refusé de répondre à nos questions quant aux augmentations ou aux risques d’électrisation en milieu de travail.


♦ Une électrisation désigne le passage du courant électrique à travers le corps humain.

♦ Lorsqu’il y a décès, il s’agit d’une électrocution. 

Une hausse faramineuse    

Nombre d’électrisations au Québec*

HOMMES  

  • 2019 : 165  
  • 2020 : 976   

À ce jour en 2021 : 464

Âge moyen : 32 ans


FEMMES  

  • 2019 : 34  
  • 2020 : 347  
  • 2021 : 140   

Âge moyen : 29 ans

*Comprenant les électrocutions menant à un décès

Des connaissances limitées        

  • 1 personne sur 4 a un niveau de sécurité faible à l’égard de son installation électrique    
  • 1 personne sur 4 ne sait pas que les travaux de nature électrique sont réservés aux entrepreneurs détenant une licence.    
  • 1 répondant sur 10 a fait des travaux électriques par lui-même dans la dernière année.    
  • Seulement la moitié des 18-34 ans connaissent la réglementation entourant les travaux électriques, alors qu’elle est connue par plus de 85 % des 55 ans et plus.        

Sondage réalisé en septembre 2019 par la Corporation des maîtres électriciens du Québec

Une erreur d’inattention a failli le tuer     

Même s’il ne garde aucune séquelle de l’électrisation qu’il a subie en 2019, un résident de Québec tient à rappeler que de « bêtes » travaux à la maison peuvent devenir « très dangereux ».

Le 21 juillet 2019, Daniel Lepage avait entrepris de couper un poteau d’acier, qui avait été installé dans sa cour arrière par les anciens propriétaires de sa résidence, rue des Pruches, à Charlesbourg.

Mais ce poteau était situé trop près des fils électriques d’Hydro-Québec, dit-il. « J’ai coupé le poteau et en le poussant, j’ai oublié le fil. Il est allé chercher la ligne [d’Hydro-Québec]
et c’est là que tout est arrivé, d’une claque », raconte le fleuriste de métier, âgé aujourd’hui de 62 ans.

« Chanceux »

« C’est un feeling que tu ne peux pas décrire. Tu n’as pas le temps de réaliser, tu sens le choc qui te passe dans le corps, tu tombes par terre et t’es détrempé parce que tu as perdu ton eau », décrit l’homme, en parlant de cette fraction de seconde qu’il n’est pas près d’oublier.

« Le courant est rentré par mon bras droit, j’ai senti mon bras engourdi et crispé, et c’est sorti par l’orteil du pied gauche », ajoute-t-il.

L’incident a même privé une partie du quartier résidentiel de courant pendant une partie de la journée.

« Mon électricien m’a dit : t’es chanceux parce que le poteau est resté au sol et il était encore groundé. S’il n’était plus groundé, c’est toi qui y passais, et on parle de 14 000 volts », raconte l’homme chanceux dans sa malchance.

Aujourd’hui, il affirme qu’il « se tient loin » des arbres et des travaux électriques. « Je suis très vigilant », conclut-il.

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