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Quand est-ce payant de cotiser au REER?

Bien preparer sa retraite

Illustration Adobe Stock

Dans l’esprit de certaines gens, le REER vient avec la « maturité ». Ça arrive dans la vie à un certain âge, idéalement pas trop vite, un peu comme le vouvoiement. Trop tôt, ça donne un coup de vieux. 

Alors, ces personnes résistent le plus longtemps possible, dans l’espoir de retarder l’apparition des cheveux blancs. C’est ainsi qu’à 42 ans, ils insistent encore auprès des jeunes qui les servent au café : « Tu peux me dire “tu”. »

C’est justement l’âge de Marie-Claude, qui n’a jamais mis un sou dans un REER, pas faute de moyens. Simplement, elle n’était « pas rendue là ». Forte d’un héritage (pas loin de 150 000 $), elle se sent maintenant prête. Ou résignée. Dans un courriel, elle m’annonce qu’elle va tout déposer dans son REER avant Noël, elle demande dans quoi investir.

Tout mettre dans le REER ? J’ai comme un doute. Voici pourquoi. 

Le jeu des impôts

Le REER n’est intéressant que si on paye suffisamment d’impôt. Ah, ça, pour en payer, cette mère monoparentale en paye avec son salaire de 79 000 $. Mais notre lectrice doit savoir comment ses revenus passent dans le tordeur fiscal.

Pour ça, elle doit d’abord se tourner vers la table d’impôt, qu’on peut facilement trouver sur internet. Celle-ci indique le taux d’imposition (combiné fédéral et provincial) auquel est soumise chacune des tranches de nos revenus, ce qu’on appelle les « paliers ». 

Les paliers du bas sont moins imposés que ceux du haut. Le premier se situe entre 0 $ et 13 800 $ environ et n’est pas imposé du tout. Pour Marie-Claude, la portion la plus touchée commence à 49 000 $ (jusqu’à 79 000 $), soit à un taux de 37,12 %.  

Déduire quand ça vaut le coût

Une cotisation REER réduit le revenu imposable, donc elle s’applique sur les paliers du haut. Le danger quand on veut rattraper trop rapidement des années de cotisation, c’est qu’on déduise des revenus faiblement imposés.

Dans le cas de notre lectrice, une contribution de 30 000 $ semble optimale, car elle couvre en entier son dernier palier d’imposition. Elle devrait investir le reste de son héritage dans un CELI, et étaler ses autres cotisations sur quatre ans.

Simple ? 

Non, c’est plus compliqué que ça. Marie-Claude a un enfant de huit ans, elle est monoparentale. Elle a droit à de généreuses allocations familiales dont les montants varient eux aussi en fonction des revenus gagnés. Quand ce dernier monte, les prestations baissent. 

Un fiscaliste du nom de Claude Laferrière a mis au point une table d’imposition qui tient compte de ces programmes sociofiscaux, un travail de moine qui a révolutionné la fiscalité. 

Le résultat s’appelle les « Courbes de Laferrière » et permet de connaître le taux effectif marginal d’imposition (TEMI) selon le type de ménage et le revenu. 

Que nous disent ces courbes ? Il faut se référer à la courbe pour famille monoparentale avec un enfant de plus de 6 ans (#151). Elle montre que ce ne sont pas les derniers dollars de Marie-Claude qui sont le plus imposés, mais ceux gagnés entre 30 000 $ et 60 000 $. Sur cette portion, le TEMI varie de 50 % à... 65 %. 

Notre lectrice devrait donc étaler ses cotisations REER sur trois ans pour récupérer le plus d’argent possible, en impôts, en allocations familiales et autres crédits (TPS et solidarité). 

Elle pourrait aussi tout mettre d’un coup, et répartir les déductions sur quelques années. Surtout, elle devrait s’asseoir avec un conseiller.

Où trouver les Courbes de Laferrière ?   

  • Une recherche sur Google vous amènera sur le site du Centre québécois de formation en fiscalité (CQFF.com). Il en existe 44, elles sont mises à jour chaque année. Je vous invite à étudier celle qui vous concerne. Vous tomberez en bas de votre chaise !   
  • Une autre méthode pour connaître l’impact d’une contribution REER : le calculateur de revenu disponible, sur le site du ministère des Finances du Québec – www.budget.finances.gouv.qc.ca/budget/outils/revenu-disponible-fr.asp.  
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