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Un jour dans l’univers parallèle de Mad Max

Maxime Bernier (au centre de la photo) a tenu un rassemblement couru à London. Des centaines de personnes s’y sont présentées.

Photo Guillaume St-Pierre

Maxime Bernier (au centre de la photo) a tenu un rassemblement couru à London. Des centaines de personnes s’y sont présentées.

Suivre la campagne de Maxime Bernier sur le terrain, c’est entrer dans un univers parallèle.

On s’embrasse, se serre la pince, sans masque ni distanciation, entre militants pour la vaste majorité non vaccinés. Un univers pré ou post COVID-19. 

Maxime Bernier est arrivé à Chatham à bord de cette limousine cosmique.

Photo Guillaume St-Pierre

Maxime Bernier est arrivé à Chatham à bord de cette limousine cosmique.

J’ai passé une journée entière à suivre la caravane de Mad Max dans le sud de l’Ontario, cette semaine. 

J’y ai rencontré toutes sortes de gens. Des jeunes, des vieux, beaucoup de familles. Tous avaient une chose en commun : une haine viscérale des mesures de confinement, des masques et des vaccins, même si ces « combattants de la liberté » rejettent en bloc l’étiquette.

« Nous ne sommes pas des antivaccins, nous sommes en faveur de la liberté de choix », martèlent-ils. 

En grattant un peu le vernis de la liberté ressurgissent toutes sortes de théories étranges. Le vaccin serait inefficace, il aurait causé des dizaines de milliers de morts dont les gouvernements ne parlent pas. 

À son arrivée à un rassemblement à Chatham dans le sud de l’Ontario, Maxime Bernier lève le pouce bien haut alors que plusieurs partisans l’attendent.

Photo Guillaume St-Pierre

À son arrivée à un rassemblement à Chatham dans le sud de l’Ontario, Maxime Bernier lève le pouce bien haut alors que plusieurs partisans l’attendent.

Nous serions tous victimes d’une supercherie, une expérience médicale à grande échelle, à notre insu. 

Beaucoup de fervents croyants aussi, qui préfèrent s’en remettre à Dieu plutôt qu’à la médecine moderne. 

« Nous sommes en guerre »

Premier arrêt : Sarnia, à la frontière canado-américaine. Le Leaky Tank est plein à craquer en ce mercredi matin. 

La propriétaire du truck-stop, Sherry Lee Stewart, est aux fourneaux, sans masque, comme l’ensemble de son personnel. En fait, je suis le seul à en porter un dans le petit resto bondé. L’entrevue se fera à l’extérieur. 

Sherry a découvert l’existence du Parti populaire durant la pandémie. C’est le cas d’un grand nombre de militants que j’ai rencontrés. 

« Nous sommes victimes de crimes contre l’humanité, lance-t-elle en parlant de la vaccination obligatoire. Nous sommes en guerre. »

L’Ontario doit adopter le passeport vaccinal cette semaine. Sherry n’a aucunement l’intention de l’imposer à ses clients.  

Ségrégation et nazisme

Le prochain arrêt, un armurier sur le bord d’une route de campagne traversant des fermes à perte de vue dans le village de Inwood.  

Toujours à Chatham, Maxime Bernier prend le temps de saluer la foule.

Photo Guillaume St-Pierre

Toujours à Chatham, Maxime Bernier prend le temps de saluer la foule.

La rhétorique guerrière émaille les discours de Mad Max et de ses invités.

« Lundi prochain, ce n’est pas juste une élection, c’est une guerre contre nos libertés », clame sur scène le député progressiste-conservateur déchu Randy Hillier.

Hillier a été désavoué par son parti en raison de ses positions anticonfinement. Bernier, Hillier et leurs invités y vont de références exaltées à la ségrégation des Noirs aux États-Unis et au régime nazi. 

Pour eux, le passeport vaccinal est la porte d’entrée de l’enfer, ou pire, du communisme. 

L’arrêt de London est un des plus courus de la journée. Des centaines de personnes sont venues entendre Mad Max. La foule est compacte et enthousiaste. Elle rassemble pour Bernier la fameuse majorité silencieuse.

Mad Max aime terminer ses discours avec une citation de John F. Kennedy 

« Quand la tyrannie devient loi, la révolution est notre devoir. » 

De la tyrannie, vraiment ?  

En entrevue, Mad Max insiste : « Oui, c’est de la tyrannie. Je ne peux pas aller au restaurant, au théâtre, parce que j’ai décidé de ne pas être vacciné. »

« C’est de la ségrégation. » 

Le joker de la campagne électorale   

La pandémie a donné des ailes au Parti populaire du Canada (PPC) de Maxime Bernier, porté par le mouvement antivaccin. 

Mais plusieurs inconnues planent sur le poids réel qu’aura cette nébuleuse le soir des élections. 

D’une part, les sondeurs ne s’entendent pas sur les appuis au parti de Mad Max dans la population. Les sondages oscillent entre 4 et plus de 10 % ! 

Cette fourchette est néanmoins considérablement plus élevée que le score du PPC aux élections de 2019, soit 1,7 %. 

Un premier député ? 

Verra-t-on un premier député violet faire son entrée à la Chambre des communes ?  

Les sondeurs pensent que non, ses appuis étant trop éparpillés.

Ses meilleures chances reposent encore une fois sur Bernier lui-même, en Beauce, selon le sondeur Nik Nanos.  

Le taux de participation des partisans de Mad Max est lui aussi difficile à prévoir. 

« Le PPC, c’est la gang antisystème. Vont-ils se déplacer et mettre un masque juste pour aller voter ? » se questionne le sondeur Jean-Marc Léger.

J’ai demandé à une trentaine de personnes croisées dans les rallyes de Bernier la semaine dernière s’ils avaient l’intention de voter. La très forte majorité s’était déjà prévalue de son droit de vote par anticipation.

Cela dit, ceux qui se déplacent dans ces événements en brandissant le poing sont peu représentatifs de l’électeur moyen. 

Brouiller les cartes

À défaut de faire élire un ou une députée, le PPC pourrait-il venir brouiller les cartes dans certaines circonscriptions serrées ? 

Là encore, les sondeurs ne s’entendent pas.

La force du PPC se trouve principalement en territoire conservateur, entre autres dans le sud de l’Ontario où je me suis rendu.  

J’y ai vu des militants nombreux et très motivés, mais unis essentiellement par un sentiment antivaccin, confinement, etc. 

Selon Bernier, ses meilleures chances dans cette province reposent sur Chelsea Hillier, dans la circonscription rurale d’Elgin-Middlesex-London. 

Mais la côte est à pic. 

La conservatrice Karen Vecchio a remporté ce siège avec plus de 50 % du vote en 2019, loin devant le candidat du PPC de l’époque, qui a terminé avec un maigre 1,5 %.

Qui d’autre que les antivax ?

Le PPC est-il le parti d’un seul enjeu ? Si oui, son potentiel aux urnes est à mon avis assez limité. 

En revanche, si le message libertarien de Bernier résonne au-delà de la foule des antivax, il pourrait continuer de surprendre. 

Rappelons aussi que le PPC a l’appui tacite de groupes de suprémacistes blancs et néonazis, selon une enquête du Toronto Star.

« Ça fait des années que je le dis que ces gens-là ne sont pas les bienvenus dans notre parti », se défend Maxime Bernier en entrevue. 

Alors pourquoi cet appui ?

« Ils ne comprennent pas notre plateforme, c’est aussi simple que ça. »

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