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Orthophonistes: freinons l’exode vers le privé!

CAPTURE D'ÉCRAN/LCN

Monsieur le Premier Ministre

Dans l’actualité des derniers jours, l’exode des infirmières et infirmiers des services publics a fait les manchettes, a percé la couverture des élections fédérales et fait réagir la population et la classe politique. En effet, la visibilité de ce désastre social a permis de constater que vous vous êtes senti enfin interpellé et que vous travaillez «jour et nuit depuis des semaines» avec votre équipe.

À ce moment-ci, en septembre 2021 plus précisément, on constate que la situation est si grave à vos yeux, à minuit et cinq, que vous intervenez! Malgré le proverbe «Mieux vaut tard que jamais», on peut s’interroger sur la portée de cette intervention très tardive.

Pas une situation nouvelle

Or, ces départs massifs vers le privé et les raisons qui les motivent ne sont pas nouveaux ni uniques dans les services publics, chez les infirmières et chez d’autres travailleurs. On peut ici penser aux mesures proposées dans l’urgence aux préposés aux bénéficiaires.

Ainsi, est-il très légitime de la part de ces professionnels d’être indignés de la récence de votre sortie (qui est essentielle)? Comme orthophoniste, je le suis pour ce groupe et pour le nôtre aussi.

Combien d’occasions d'entendre, d'écouter ce personnel essentiel, de prendre acte de leur réalité, d'agir et de trouver avec eux des solutions financières, entre autres, ont été ratées? Je ne peux passer sous silence l’occasion ratée, lors des négociations pour le renouvellement des conventions collectives, de reconnaître réellement le travail de ces gens, de les respecter. 

  • Écoutez l'entrevue de José Pouliot au micro de Geneviève Pettersen sur QUB radio:  

Plusieurs rendez-vous manqués

La situation des infirmières et infirmiers est tragique, tout comme l’impact de leur départ sur les services offerts à la population. Elle témoigne de la négligence dont on fait preuve au gouvernement face au personnel des services publics, considéré comme des dépenses et non comme un investissement dans la population. C’est une situation semblable que vivent aussi les orthophonistes et les audiologistes qui travaillent dans les systèmes de santé et d’éducation.

L’exode vers le privé est important aussi chez les orthophonistes et les audiologistes. À ces départs s’ajoute l’abandon de la profession par plusieurs. Toutes ces données sont disponibles et diffusées, mais on n’en tient pas compte: on fait la sourde oreille! Qui plus est, les nombreuses interpellations de plusieurs individus et groupes dans les six derniers mois, dont la sortie du président de l’OOAQ dans le message qu’il vous a envoyé le 17 juin dernier, des entrevues et des lettres de professionnels sont restées lettre morte. Combien d’occasions ont été ratées de reconnaître l’importance des services que les orthophonistes et audiologistes offrent? Je rappellerai que ce groupe vous a demandé à deux reprises, dans les dix dernières années, d’appliquer correctement la Loi sur l’équité salariale (une première plainte en 2010, une deuxième en 2015). Encore aujourd’hui, la seconde est toujours en suspens.

La négociation des conventions collectives pour les professionnels de l’éducation de la dernière année aurait permis à votre gouvernement de réaligner les salaires des spécialistes de la communication humaine selon ceux qu’obtiennent nos consœurs et confrères des autres provinces. Cette opportunité n’a pas été saisie par le gouvernement.

Je vous ferai grâce dans ce texte de tous les rendez-vous manqués malgré une situation que j'estime urgente. Combien de finissants d'universités québécoises entreprennent une carrière dans le privé, et combien répondent aux appels de candidatures dans le secteur public de la santé et celui de l’éducation?

Jusqu’où ira cet appauvrissement collectif des services publics? Faudra-t-il, comme pour les infirmiers et infirmières, attendre que la situation des services d’orthophonie et d’audiologie soit quasiment irrécupérable pour que vous vous impliquiez dans la reconnaissance de ce groupe? Il est minuit, M. Legault, pour nous. Il est minuit aussi pour les apprenants, les personnes malentendantes, les personnes ayant des problèmes de communication.

La prévention est toujours plus porteuse que les actions du genre «sauve qui peut», surtout quand il s’agit d’accès à des services essentiels à la population, de services qui peuvent changer le parcours de vie de nos gens. N’avez-vous d’ailleurs pas dit souhaiter «donner à tous nos enfants les moyens d’aller au bout de leur plein potentiel» (discours d’ouverture à l’Assemblée le 28 novembre 2018)?

Le temps d’agir

Entendez nos voix, M. Legault: elles demandent que soit réglée la plainte de 2015 en vertu de la Loi sur l’équité salariale. Elles demandent que soient revues les offres salariales (lesquelles sont, selon moi, insuffisantes, que dis-je... irrespectueuses) qui ont été faites à nos syndicats. Ceux-ci sont sur le point de nous demander de voter sur cette entente de principe. Je dirai NON, bien haut et bien fort, même si on vous sait maintenant capable de repasser sur des conventions déjà signées, comme dans le cas des infirmières, et de proposer de nouvelles «choses»: il s’agit pour vous d’une «solution» à un problème, ce qui n’est ni de l’écoute, ni du respect, ni une manifestation de l’importance des services publics.

À quand notre RENDEZ-VOUS avec vous pour nous faire entendre?

José Pouliot
Linguiste et orthophoniste

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