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Des policiers hésitent à intervenir contre les gangs

Au moment où Montréal est aux prises avec une flambée de violence par armes à feu, de nombreux policiers montréalais sont démotivés, voire désengagés, tellement leur travail devient complexe sur le terrain. 

Trois d’entre eux se sont confiés à notre Bureau d’enquête dans le cadre de l’émission J.E à TVA.

Selon eux, le problème se pose particulièrement dans les secteurs chauds où les gangs de rue font la pluie et le beau temps. 

Les patrouilleurs connaissent bien les individus criminalisés et avaient l’habitude de les interpeller régulièrement. 

Mais depuis que les règles d’interpellation sont plus strictes pour aborder un suspect, plusieurs policiers du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) marchent sur des œufs.

« On doit expliquer pourquoi on interpelle un individu. On ne veut pas se faire taper sur les doigts par les patrons, se faire dire qu’on est raciste », nous explique un patrouilleur.

Il a requis l’anonymat, n’étant pas autorisé à nous parler.

La ligne est mince entre le profilage racial et le profilage criminel, dit une policière d’expérience, qui a aussi demandé l’anonymat. 

Déjà avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles, « une personne racisée dans un véhicule de luxe, on ne peut pas juste avoir ça pour l’interpeller, l’enquêter. Il faut avoir plus de faits. Soit on connaît l’individu. Soit il y a des jeunes filles à l’arrière et on soupçonne qu’il est un proxénète », décrit-elle.

Plus compliqué  

Maintenant, c’est plus compliqué. Plusieurs agents hésitent dans ce genre de situation, nous dit la patrouilleuse. 

« On n’a pas envie de créer l’événement, d’être traités de racistes. Il n’y a pas de nuance qui est faite. On perd l’engagement. On ne sent pas qu’on a l’appui du politique, des élus, du service [de police] ».  

Notre Bureau d’enquête a obtenu la nouvelle politique émise par le directeur du SPVM, Sylvain Caron, en vigueur depuis quelques mois. On y lit que les interpellations ne doivent pas être faites sur motifs discriminatoires ou sans fondement.

Ce qui irrite les policiers, c’est la fiche qu’ils doivent remplir pour chaque interpellation. Ils doivent y inscrire de nombreuses informations, comme l’objectif, l’identité ethnoculturelle de l’individu et les faits observables.

Éviter les plaintes  

Les policiers qui se sont confiés à nous affirment aussi qu’ils ne veulent pas hypothéquer leur vie personnelle au cas où ils devraient faire face à une plainte en déontologie.

« Si on vit un enfer parce qu’on a voulu enlever un gun de la route, [ça] ne vaut pas la peine. Le temps que les procédures judiciaires passent, on vit constamment un stress. Il y a des risques de suspension, d’être rétrogradé, congédié. C’est ce qu’on appelle le désengagement », confie l’un d’eux.

Du côté de la police de Montréal, on explique avoir mis à la disposition des policiers une « équipe de coachs en interpellation qui offrent un service basé sur l’écoute, le coaching et la mise en valeur des meilleures pratiques »

Une fiche à remplir  

À chaque interpellation, les policiers du SPVM doivent maintenant remplir une fiche avec les éléments suivants  

Objectif de l’interpellation  

Date, heure et lieu  

Nom de la personne interpellée  

Identité ethnoculturelle perçue ou présumée de la personne interpellée  

Contexte (interpellation entreprise par le policier, résultant d’une demande d’une personne, d’un appel au 9-1-1 ou d’une demande d’un autre policier)  

Raison de l’interpellation  

Faits observables ayant mené à l’interpellation  

Renseignements recueillis à la suite de l’interpellation  

Mesures prises à la suite de l’interpellation    


À ne pas manquer, tous les détails à l’émission J.E diffusée à TVA, ce soir à 21 h

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