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François Legault et la «gauche efficace»

François Legault a ranimé cette semaine le concept de « gauche efficace », dont il s’était revendiqué dès 2003, alors qu’il était encore au Parti québécois.

L’expression sous-tend un jugement sur la gauche traditionnelle, prétendument « inefficace ». Celui qui l’utilise est clairement d’un gauchisme honteux.

« Droite conservatrice » 

Pourquoi ce retour ? Pour limiter les dégâts découlant de son association trop frontale avec les conservateurs d’O’Toole.

Cela lui valut d’être qualifié de « Maurice Duplessis » par Gabriel Nadeau-Dubois. Bien que paresseuse, la comparaison peut faire mal : « Comparer quelqu’un à Duplessis revient plus ou moins à le comparer à Hitler, au Québec », caricature Pierre-B. Berthelot dans Duplessis est encore vivant (Septentrion).

Même si Legault a montré un certain courage en acceptant en partie le rapprochement (« Duplessis défendait sa nation »), une image risque de « coller », celle du vieux curé autoritaire montant en chaire pour haranguer ses ouailles.

Le libéral Joël Lightbound, une fois réélu, s’est fait plaisir en associant le chef caquiste à la « droite conservatrice ».

Pas « centre droit » 

François Legault n’a jamais aimé être associé à la droite, même au centre droit.

En 2010, au lancement de la Coalition pour l’avenir du Québec (qui précéda la fondation du parti), il insistait pour se dissocier du Réseau Liberté Québec, lancé à l’époque entre autres par Éric Duhaime.

En entrevue, François Legault s’était dit agacé des liens faits entre lui et le RLQ : « Moi, c’est la “gauche efficace”. C’est moi qui ai inventé l’expression ; elle m’a été piquée par Jean-François Lisée. »

En 2008 (Legault était toujours au PQ), Lisée a en effet publié Pour une gauche efficace (Boréal). La « paternité » de « la belle expression », écrivait-il, revient à François Legault, « ce fils de maître de poste devenu millionnaire de gauche, puis préférant le service public à l’accumulation personnelle de capital ».

Manifeste 

C’est le 6 mai 2003 – après la victoire des libéraux de Jean Charest –, dans une lettre ouverte, que Legault utilisa la formule une première fois. Elle lui avait été soufflée par l’historien Éric Bédard, rappelait hier le 24h : « Plus nos réseaux publics seront efficaces, plus il sera facile de défendre les généreux principes de la social-démocratie », écrivait Legault. Un an plus tard, la « gauche efficace » se retrouvait au cœur d’un manifeste qu’il publia à l’automne 2004 comme candidat officieux au remplacement de Bernard Landry.

S’il a utilisé la notion pour se distinguer de la droite, elle lui a aussi été utile pour critiquer une nouvelle gauche naissante. Mars 2006, élection partielle dans Hochelaga--Maisonneuve. Manon Massé y porte les couleurs de QS pour une première fois. Commentaire de Legault : « Québec solidaire est à gauche, mais nous autres [au PQ], c’est peut-être la gauche efficace, la gauche qui donne des résultats, la gauche un peu plus pragmatique. »

Après la publication du manifeste de 2004, un militant péquiste, Sylvain Gaudreault (il deviendra député en 2007), se fend d’une critique dans Le Quotidien : « En tirant dans toutes les directions, François Legault atteint finalement l’extrême centre... Il n’y a rien pour convaincre Françoise David de cesser de ratisser dans la clientèle traditionnelle du PQ. »

Phrase prophétique. En 2017, c’est exactement l’étiquette à tendance bourassiste que le chef de la CAQ revendiquera, l’extrême centre !

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