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À Montréal, un étudiant sur dix vit dans un appart qui a besoin de grosses réparations

Illustration Geneviève Lebleu

La crise du logement pousse un étudiant montréalais sur dix à rester dans des appartements vétustes, parfois même dangereux. On est allés en rencontrer quelques-uns pour voir à quoi ressemble leur quotidien.

Chez Amélie*, des trous parsèment le plancher de la salle de bain: elle ne peut prendre un bain sans que de l’eau coule chez la voisine d’en bas. Des taches de moisissure tapissent le sol et, à certains endroits, le parquet se défait complètement. 

Celle qui vit avec son amie a essayé d’endurer tout ça le temps de finir sa maîtrise en arts et d’économiser, parce que le loyer est abordable: 735 $ pour un 5 1⁄2 dans Hochelaga-Maisonneuve. Mais c’en est trop: elles ont décidé de quitter l’appartement. 

«J’ai “checké” partout et c’était vraiment cher. Les deux, on ne fait pas tant d’argent», dit celle qui travaille à temps partiel pendant ses études, tout comme sa colocataire. 

Elles ont finalement trouvé un logement pour 1100$ par mois, une hausse substantielle. 

Guillaume Cyr/24 heures

Cette histoire n’a rien de surprenant pour l’Unité de travail pour l’implantation de logement étudiant (UTILE). Cet organisme à but non lucratif a fait un sondage auprès de 4500 étudiants montréalais. On leur demandait notamment si leur appartement avait une plomberie défectueuse, une installation électrique défectueuse, ou s’il fallait que les murs, les sols ou les plafonds soient réparés. 

Environ un étudiant sur dix a indiqué que c’était le cas. Si on généralise ces résultats aux 108 000 étudiants de Montréal, 11 000 personnes seraient donc dans cette situation. 

Une fissure sur le mur       

La situation s’est dégradée progressivement dans l’appartement du Plateau-Mont-Royal que Justine* occupe depuis des années. Le plancher devant la salle de bain commence à gondoler et une fissure est apparue sur le mur. Le débit d’eau est très faible, ce qui suppose un problème de plomberie. Même si elle a avisé le propriétaire de l’immeuble, rien n’a changé. 

Guillaume Cyr/24 heures

Celle qui étudie au doctorat en psychologie ne souhaite pas quitter son appartement, parce qu’elle craint de ne pas retrouver de loyer similaire (900$ pour un 3 1⁄2).  

Guillaume Cyr/24 heures

Un balcon dangereux       

Chez Catherine*, le problème, c’est le balcon avant: le bois est pourri et menace de se défoncer si on y pose un pied trop lourd. «On a dû mettre une chaise dessus et on avertit nos invités de ne pas s’asseoir», rapporte celle qui a déménagé dans ce 4 1⁄2 à 800$ avec son copain, l’hiver dernier, pour poursuivre ses études en travail social.

Comme la propriétaire de son logement était au courant du problème, elle s’attendait à ce qu’il soit réglé éventuellement, ce qui n’a pas été le cas. 

Les travaux majeurs ne sont qu’une partie du problème des logements étudiants vétustes. Selon l’UTILE, 44% des étudiants sondés disaient que leur appartement avait besoin de réparations mineures (carreaux de plancher détachés ou manquants, briques descellées, bardeaux arrachés, etc.). 

Tous les étudiants à qui nous avons parlé craignent d’entrer en conflit avec leur propriétaire et de subir des représailles. C’est pourquoi nous avons choisi de préserver leur anonymat.

*Prénoms fictifs 

Contre la loi  

La loi québécoise est pourtant claire: un appartement en bon état doit être mis à la disposition du locataire. Le propriétaire est aussi tenu de faire toutes les réparations nécessaires au bien loué, à l’exception des réparations d’entretien qui engendrent peu de frais.

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