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Parti vert: Annamie Paul quitte ses fonctions

Annamie Paul quitte la chefferie du Parti vert, une semaine après des résultats électoraux extrêmement décevants, disant ne plus avoir envie de vivre avec les «attaques» et le «conflit» interne qui ont fait de son passage en politique la «pire période de sa vie».

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Mme Paul a réuni quelques médias lundi matin à Toronto pour annoncer officiellement qu’elle mettrait en marche le processus pour quitter la tête du parti, en profitant au passage pour dresser un bilan très dur sur la campagne de son parti.

Pour expliquer son départ, la chef des verts a notamment donné en exemple un courriel envoyé par le président du Conseil national du parti aux membres le matin même de l’élection, lundi dernier, les invitant à une rencontre d’urgence pour déclencher un examen du leadership qui mènerait à sa destitution.

Un second courriel a suivi, samedi dernier, annonçant que l’examen du leadership avait bel et bien été enclenché.

«Après avoir reçu ces deux courriels, je me suis demandé si c’était quelque chose que je voulais continuer, si j’avais envie de vivre avec ces attaques [et avec ce conflit].»

«Je n’ai pas le cœur à ça», a-t-elle dit.

 

  

Le départ de la politicienne a été promptement salué par les chefs du Parti conservateur et du NPD.

«Merci Annamie Paul pour votre persévérance et votre rôle de pionnière pour les Canadiens de tous les horizons intéressés par le service public», a fait savoir Erin O’Toole, leader conservateur. «J’ai toujours aimé nos discussions et admiré votre ténacité. Mes meilleurs vœux à vous et votre famille.»

Jagmeet Singh a aussi remercié Mme Paul pour son «leadership», sa «résilience» et sa «persévérance». «Vous avez permis à toute une génération de se voir représentée en politique. Au nom de beaucoup de Canadiennes et Canadiens, merci», a déclaré le chef néodémocrate.

Un peu plus tard en journée, Justin Trudeau a lui aussi remercié Mme Paul pour «avoir répondu à l’appel et d’avoir servi les Canadiens avec détermination». «Je vous souhaite une excellente continuation», a-t-il ajouté.

À l’opposé du spectre idéologique, Maxime Bernier a aussi tenu de bons mots à son sujet.

«Bien qu’en total désaccord avec ses opinions politiques, j’ai un grand respect pour Annamie Paul. C’est une bonne personne attachante, ce que je ne peux dire des autres chefs. Elle a été vicieusement attaquée par les extrémistes de son parti. Je lui souhaite bonne continuation», a-t-il écrit.

Il semble que seul le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet ait omis de s’exprimer à son sujet.

Un plafond de verre brisé

C’est donc une fin douce-amère pour Annamie Paul, qui a été élue cheffe il y a moins d’un an. Il s’agissait de la première femme noire à diriger un parti représenté à la Chambre des communes dans l’histoire du pays.

«Ce que les gens doivent réaliser, c’est que, quand j’ai été élue à ce poste, je brisais un plafond de verre. Mais je ne réalisais pas à l’époque que je brisais un plafond de verre qui allait tomber sur ma tête et laisser des morceaux de vitre sur lesquels j’allais devoir ramper pendant mon passage en tant que cheffe», a-t-elle dit.

«Quand je suis arrivée sur la scène de débat, j’avais rampé sur cette vitre, ensanglantée, mais j’étais déterminée à y être pour que la prochaine fois où quelqu’un pense à se lancer [...], qu’ils puissent savoir que c’est possible de le faire», a-t-elle ajouté.

Disant vouloir continuer de travailler à l’extérieur de la politique active pour l’avancement de causes progressistes, Annamie Paul semblait avoir hâte de mettre ce chapitre dans sa vie.

De son passage à la tête du Parti vert, elle a indiqué qu’il s’agissait de la «pire période de sa vie, à plusieurs égards», et en rétrospective, il a été «extrêmement douloureux».

Un résultat plus que décevant

Mme Paul a perdu dans son propre comté, celui de Toronto-Centre, en recueillant seulement 8,3 % des votes. Elle y avait pourtant passé l’entièreté de sa campagne, à quelques exceptions près, comme pour se rendre à Gatineau pour les débats des chefs, par exemple.

Aux élections de 2019, le Parti vert, sous la direction d’Elizabeth May, avait recueilli 6,6 % des voix. En 2021, ce chiffre a chuté à 2,3 %, et même à seulement 1,5 % au Québec, alors que seulement deux verts ont été élus au niveau national.

Moins d’une semaine avant la date du scrutin, Annamie Paul avait déclaré, dans une entrevue franche accordée à CBC, qu’elle avait considéré quitter la tête du parti en urgence pour laisser la place à quelqu’un d’autre, mais a finalement décidé de ne pas aller de l’avant, car elle a jugé que cela aurait pu avoir un impact encore plus grave sur le vote vert.

Un début prometteur

Pourtant, lorsque Mme Paul a été élue à la tête du parti vert il y a moins d’un an, tous les espoirs étaient permis.

L’avocate torontoise a un bagage d’expérience dans le domaine du droit international et a une maîtrise du français. Lors de sa première tentative d’élection en 2020 dans Toronto-Centre, après le départ de l’ex-ministre des Finances Bill Morneau, Annamie Paul était arrivée deuxième avec 32,7 % des voix, non loin de la libérale Marci Ien, qui en a recueilli 42 %.

Or, les troubles ont commencé lorsque se sont enflammées les tensions entre Israël et la Palestine au mois de mai dernier. Mme Paul, de confession juive, avait adopté une position sur Israël en porte-à-faux par rapport au reste de son parti, farouchement propalestinien.

Le conflit interne au parti n’a fait que s’aggraver avec le temps, et a mené au départ de la seule députée des verts à l’extérieur de la Colombie-Britannique, Jenica Atwin, qui est passée du côté des libéraux le 10 juin 

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