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Hôpitaux débordés: sa fille de deux ans a failli y laisser sa main

Une mère qui a vécu l’enfer pour faire soigner ses enfants en raison du fort achalandage dans les hôpitaux a craint que sa fille aînée perde sa main devenue noire et enflée, en raison d’un soluté mal surveillé.

« On a eu tellement peur pour notre fille, confie Virginie Lafortune, encore sous le choc. Ç’a été l’enfer. » 

Il y a deux semaines, cette famille de Belœil a vécu les impacts du fort achalandage dans les hôpitaux. Fièvre, toux, difficulté respiratoire : les sœurs Amy (2 ans) et Mya-Rose (1 an) Pugliese sont tombées malades. 

Hospitalisées après cinq jours de symptômes à l’Hôpital Honoré-Mercier, à Saint-Hyacinthe, les enfants ont été branchées sur un soluté pour traiter leur déshydratation. Elles ont eu un dépistage négatif pour la COVID-19 à deux reprises. 

« Il y avait tellement d’enfants que les infirmières ne savaient plus où donner de la tête », a constaté la mère de 26 ans. 

Le soir du 11 septembre, Amy s’est plainte de douleur à la main droite. 

« Je lui disais qu’elle devait dormir, que c’était normal avec le soluté », dit la mère, qui s’en veut encore. Personne n’est venu nous voir pendant cinq ou six heures. Il y avait tellement de monde que si les enfants étaient stables, ils n’allaient pas les voir. »

Normalement, un soluté doit être vérifié toutes les heures, indique un pédiatre au Journal. Or, la situation d’Amy s’est dégradée, au point où ses doigts étaient devenus noirs, et sa main était cinq fois la taille normale, selon la mère. 

« Mon chum a paniqué ! Il a couru chercher l’infirmière. L’eau se répandait dans sa main et ses veines étaient écrasées donc il n’y avait plus de circulation sanguine. L’eau sortait par ses pores », dit Mme Lafortune, encore traumatisée. 

Amy sur son lit d’hôpital avec le soluté branché dans la main qui a engendré ses doigts tout noirs en raison d’un problème.

Photo courtoisie

Amy sur son lit d’hôpital avec le soluté branché dans la main qui a engendré ses doigts tout noirs en raison d’un problème.

Pas de séquelles  

Pendant deux jours, la fillette a dû garder son bras en l’air pour assurer une bonne circulation. Heureusement, Amy ne garde pas de séquelles. 

« Une médecin m’a dit qu’elle aurait pu être amputée ! relate la mère. Si mon chum n’avait rien vu, elle serait handicapée. » 

Elle ajoute même que Mya-Rose a eu le même problème avec le soluté, mais a été traitée tôt. 

À ce sujet, la direction du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est a répondu qu’il est « malheureusement arrivé un incident à cette jeune fille », et qu’un suivi a été fait. Malgré l’achalandage, on assure que le ratio patients/infirmière a été respecté. 

Un diagnostic au troisième hôpital  

Après cinq jours, les parents n’avaient plus confiance et ont quitté l’hôpital. 

« Mon but n’est pas de blâmer personne. Les infirmières sont épuisées, elles ont besoin d’aide », dit Mme Lafortune, qui déplore que les enfants en paient le prix. 

La famille s’est ensuite rendue à l’Hôpital Sainte-Justine. Après huit heures d’attente, un médecin a vu l’enfant et lui a donné congé sans examen, sauf un autre test de COVID-19 (négatif).  

« Il y avait tellement de monde, ils faisaient un prétriage à l’entrée », dit la mère.

Trois jours plus tard, Amy a été vue à l’Hôpital de Montréal pour enfants. On lui a diagnostiqué le virus respiratoire syncytial et une pneumonie. La petite va mieux grâce aux antibiotiques, mais elle est restée traumatisée. 

« Dès que quelqu’un s’approche d’elle avec un masque, elle panique », déplore sa mère. 

Les hôpitaux pour enfants débordés  

Les hôpitaux pour enfants sont dans une situation « exceptionnelle » d’achalandage avec une flambée de virus respiratoires contagieux et une pénurie de personnel. 

« Il y a une revanche des virus », constate le Dr Marc Lebel, président de l’Association des pédiatres du Québec. 

Deux cohortes malades  

Les hôpitaux pédiatriques sont débordés depuis cet été. Après des mois de confinement, les enfants attrapent toutes sortes de virus. Parmi eux, le virus respiratoire syncytial (VRS), qui entraîne l’hospitalisation de 1 % à 3 % des cas. 

« Je n’ai jamais vu autant de VRS au mois de septembre, dit le Dr Lebel. C’est vraiment une situation exceptionnelle. »

En fait, deux cohortes d’enfants sont malades en même temps : les nouveau-nés et les bambins qui n’avaient rien attrapé en 2020, en raison du confinement. 

Plus de 250 patients se présentent chaque jour aux urgences de Sainte-Justine et de l’Hôpital de Montréal pour enfants. Et c’est sans compter tous les autres hôpitaux régionaux qui accueillent des enfants malades. 

Au Centre hospitalier de l’Université Laval, à Québec, la demande est tellement grande que six lits pour adultes ont été attitrés à des enfants.

« Il y a beaucoup de pression, dit le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec. La demande dans le réseau est énorme. » 

Jusqu’à maintenant, la COVID-19 ne cause pas de problème dans les hôpitaux pédiatriques. 

Prioriser la pédiatrie  

Selon le Dr Lebel, le ministère devra prioriser les effectifs en pédiatrie. 

« Il y a un risque de dérapage là-dedans, dit-il. On est victimes d’une surcharge de virus et de travail, avec une pénurie de personnel.  

« Est-ce qu’il y a des risques qu’on en échappe ? C’est clair que oui. Mais, on fait tout notre possible. » 

Mardi, un nouveau service téléphonique de rendez-vous médicaux a été implanté pour les enfants malades, à Montréal. 

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