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Explosion des tests de radon dans les maisons

Pierre Dubois, 68 ans, a été diagnostiqué d’un cancer du poumon avancé l’an dernier. Un test de radon réalisé chez lui par la suite a confirmé que le taux de concentration du gaz dans sa maison était dangereux.

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Pierre Dubois, 68 ans, a été diagnostiqué d’un cancer du poumon avancé l’an dernier. Un test de radon réalisé chez lui par la suite a confirmé que le taux de concentration du gaz dans sa maison était dangereux.

Près d’une maison québécoise sur cinq testée présente un taux de radon trop élevé, un gaz dangereux qui inquiète de plus en plus les Québécois et fait exploser la vente de tests depuis deux ans. 

Pas moins de 19 559 dosimètres (appareil qui mesure le radon) ont été vendus par l’Association pulmonaire du Québec (APQ), en 2020-2021. Ces ventes sont plus de quatre fois supérieures à celles d’il y a deux ans. 

« Les gens sont inquiets. C’est fou », constate Dominique Massie, directrice de l’APQ. À CAA-Québec, un point de vente de l’APQ, les ventes de dosimètres ont aussi bondi de 500 % entre 2019 et 2020. 

Le radon est un gaz radioactif qui peut s’accumuler à des concentrations élevées dans les espaces clos et peut être très dangereux pour la santé.

Depuis longtemps, l’APQ évaluait que 10 % des résidences ne respectaient pas la ligne directrice sécuritaire de radon de Santé Canada. Or, depuis la hausse du nombre de tests, ce chiffre a bondi à 17 %. Une donnée qui inquiète l’Association. 

« Je suis persuadée que les chiffres vont encore monter », croit Mme Massie. 

Tout propriétaire qui veut tester le radon dans sa maison doit installer un dosimètre durant au moins trois mois, et l’envoyer ensuite au laboratoire pour analyse. Le tout coûte environ 45 $. 

Plus de craintes en pandémie  

Les gens qui passent plusieurs heures par jour au sous-sol sont plus à risque. Évidemment, la pandémie a forcé plusieurs travailleurs à aménager leur bureau au sous-sol. Selon l’APQ, cette réalité explique entre autres la hausse des ventes. 

« Vous ne laisseriez pas des déchets radioactifs entrer dans votre maison. Pourtant vous pourriez y être exposé », dit Mme Massie. 

Le radon se trouve partout, mais les concentrations varient d’une région à l’autre du Québec, et d’une maison à l’autre. Une résidence pourrait respecter la norme, alors que le voisin pourrait avoir un taux très élevé. 

En Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, la moitié des résidences ont des résultats supérieurs à la norme, selon l’APQ. Or, il est impossible d’avoir un portrait précis de la situation au Québec, puisque le dépistage relève de chaque propriétaire. Montréal est une région qui teste peu. 

Maisons récentes plus à risque  

Selon l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec, les maisons récentes sont encore plus à risque (APCHQ). Les sources d’infiltration dans le sol sont nombreuses, mais les bâtisses sont plus étanches, donc le radon est moins évacué. 

« Faites un test dans votre maison », suggère fortement Marco Lasalle, directeur du service technique à l’APCHQ. 

Dès novembre, l’APQ mettra en ligne un outil pour informer les gens de la quantité de radon dans leur ville, grâce au code postal. 

« Avant, les gens avaient peur de mesurer, parce qu’ils avaient peur de perdre à la revente. [...] Mais ils sont plus conscients », croit Mme Massie. 

Lorsque le taux est trop élevé, des travaux être réalisés pour régler le problème. Cela coûte en général moins de 5000 $. Les tests de radon doivent être répétés tous les cinq ans, selon l’APQ.  


Qu’est-ce que le radon ?  

Un gaz radioactif qui se produit naturellement lorsque l’uranium du sol et de la roche se fragmente. Il est invisible, inodore et sans goût. Dans des espaces clos, il peut s’accumuler à des concentrations dangereuses. Sa concentration se mesure en becquerels par mètre cube.

Rendu malade dans sa maison  

Un retraité de 68 ans atteint du cancer du poumon qui n’a jamais fumé est convaincu d’avoir été rendu malade par la concentration trop élevée de radon dans sa maison.

« Le monde ne le sait pas, et ne teste pas, déplore Pierre Dubois. Mais c’est pas mal plus compliqué de se débarrasser du cancer que du radon. »

Résident de Candiac, l’homme a vu sa vie basculer en février 2020. Après avoir consulté pour un début de pneumonie, des tests ont révélé un cancer du poumon de stade avancé (4), et inopérable. Pour l’homme qui ne fume pas, l’incompréhension était grande.

Le soir même du diagnostic, M. Dubois a regardé par hasard un reportage sur le radon, un gaz qui ne lui disait pas grand-chose. Dès le lendemain, il a commandé une trousse pour tester sa résidence, dans laquelle il habite depuis la construction, en 2009.

« Un plus un, ça fait deux. Ça ne venait pas du ciel », souffle-t-il.

Taux très élevé  

Après quelques mois, les résultats d’analyse l’ont frappé. Le bureau dans son sous-sol, où il passait plus de 10 heures par jour, avait un taux de 481 becquerels par mètre cube (Bq/m3), soit plus de deux fois la ligne directrice fédérale.

Près de sa pompe à puisard, située à quelques mètres de son bureau, le taux de radon grimpait même à 2600 Bq/m3.

« Je n’étais pas trop surpris, confie l’homme condamné. J’avais l’heure juste mais ça ne me donnait pas grand-chose. »

Encore aujourd’hui, les médecins ne peuvent lui confirmer que son cancer a été causé par le radon. Or, des tests génétiques n’ont montré aucune prédisposition.

« Jusqu’à preuve du contraire, c’est ce qui m’a causé mon cancer », jure-t-il tristement.

Aider son prochain  

Depuis, la femme de M. Dubois a subi un dépistage pour le cancer du poumon, qui s’est avéré négatif.

L’an dernier, le retraité a fait faire des travaux de mitigation dans son sous-sol pour évacuer le radon. La facture a été de 3000 $. D’ailleurs, il essaie de faire connaître les risques du radon à son entourage.

« J’essaie de faire bénéficier ça à tout le monde, s’encourage-t-il. Ce n’est pas compliqué de s’en débarrasser quand on sait qu’il est là. Il faut tester. »  

Comment s’infiltre-t-il dans la maison ?  

Les planchers non finis (terre battue) 

Joints de construction 

Espace autour des tuyaux de raccordement 

Encadrements de fenêtres 

Drains de plancher 

Puisards 

Creux dans les murs  

Source : Association canadienne de l’immeuble et Santé Canada

Le Québec moins sévère  

Le Québec a une norme sur le radon quatre fois supérieure à celle du Canada, mais celle-ci sera modifiée bientôt. 

La ligne directrice maximale du radon au Québec est encore de 800 becquerels par mètre cube, selon le Code de construction du Québec. Selon Santé Canada, elle est de 200 becquerels par mètre cube depuis 2007. 

Pour l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), cet écart est incompréhensible. 

« Je ne suis pas capable de l’expliquer, avoue Marco Lasalle, directeur du service technique à l’APCHQ. C’est unanime. L’ensemble de l’industrie le demande depuis plusieurs années. »

Modification  

Selon la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), une modification réglementaire du Code de construction sera déposée cet automne, et la ligne directrice du radon au Québec référera désormais à celle de Santé Canada. 

« Des délais, c’est normal. Ça fait partie des choses de l’évolution, dit Sylvain Lamothe, porte-parole de la RBQ. Les connaissances scientifiques évoluent. »

Par la suite, les municipalités devront aussi adopter cette réglementation, puisqu’elles ont autorité sur la construction résidentielle. M. Lamothe ajoute que l’installation d’une membrane sous la dalle de béton a été ajoutée aux normes en 2013, pour empêcher le radon de s’infiltrer. 

Selon M. Lasalle, une façon simple de protéger les clients serait d’obliger l’installation d’un tuyau dans la dalle au moment de la construction (coût de 75 $). Si jamais le taux de radon est trop élevé, cela facilite les travaux de mitigation pour évacuer le gaz.  

Plus de risques pour les fumeurs  

Nicole Ezer, pneumologue au CUSM.

Photo courtoisie

Nicole Ezer, pneumologue au CUSM.

Le radon augmente les risques de subir un cancer du poumon, et les gens devraient savoir s’ils vivent dans un immeuble dangereux, plaide une pneumologue.

« C’est important que les gens sachent s’ils habitent dans une maison exposée au radon », dit la Dre Nicole Ezer, pneumologue au Centre universitaire de santé McGill.

Cause de cancer  

Selon Santé Canada, 3000 personnes meurent chaque année d’un cancer du poumon attribué au radon (jusqu’à 16 % des cas). C’est la première cause de cancer du poumon chez les non-fumeurs. Il s’agit d’un risque à long terme, donc une exposition plus longue est plus dangereuse.

Un fumeur a un risque sur dix de développer un cancer du poumon, indique Santé Canada. Or, le risque augmente à un sur trois pour un fumeur exposé au radon. La probabilité de cancer est moins élevée chez un non-fumeur exposé au radon (1 sur 20).

« On ne peut pas quantifier le risque, mais on sait avec des études qu’il y a une association », dit la Dre Ezer.

Cette dernière encourage d’ailleurs les gens à risque à se faire dépister dès 55 ans, ce qui améliore beaucoup les chances de survie. Par ailleurs, elle croit que la Santé publique devrait mieux informer les propriétaires des risques du radon lors de l’achat d’un immeuble.

Un effet possible  

Une autre pneumologue remet en doute le risque réel du radon sur le cancer du poumon.

« Il y a certaines études qui disent que oui, d’autres que non. Possiblement qu’il y a un effet, mais c’est difficile à démêler des habitudes de vie », nuance la Dre Catherine Labbé, de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

Selon elle, les efforts de prévention doivent être beaucoup plus importants du côté de l’arrêt tabagique. 

DOSIMÈTRES VENDUS PAR ANNÉE  

2020-2021: 19 559  

2019-2020: 10 336  

2018-2019: 4459  

2017-2018: 3621  

2016-2017: 2212    

Résidences non conformes *  

Bas-Saint-Laurent: 50 %  

Gaspésie – Îles de la Madeleine: 49 %  

Outaouais: 37 %  

Laurentides: 29 %  

Montérégie: 27 %  

Québec: 25 %  

Laval: 20 %  

Estrie: 19 %  

Chaudière-Appalaches: 15 %  

Montréal: 12 %  

Centre-du-Québec: 10 %  

Saguenay–Lac-Saint-Jean: 7 %  

Lanaudière: 7 %  

Mauricie: 1 %  

Abitibi: données insuffisantes  

Côte-Nord: données insuffisantes    

Source : Association pulmonaire du Québec

NDLR Sur les 53 646 tests effectués depuis 2008

*ligne directrice fédérale de Santé Canada (200 becquerels par mètre cube)

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