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Nos traducteurs, un rempart contre l'anglicisation du Québec

Le gouvernement du Québec s’apprête à étudier le projet de loi 96. Il est primordial d’y reconnaître ses langagiers professionnels et d’y préciser que les documents certifiés doivent être traduits par des traductrices et traducteurs professionnels, en titre et agréés.

Il est maintenant temps de reconnaître que la traduction professionnelle protège, nourrit et enrichit quotidiennement, et ce depuis des décennies, notre langue commune, le français, que veut promouvoir le projet de loi 96.

Il est en effet grand temps que l’on parle de la traduction professionnelle pour ce qu’elle est réellement, au Québec, depuis plus d’un demi-siècle, et qu’on ignore, oublie ou tait. Elle est le dernier rempart contre l’assimilation, l’anglicisation et la louisianisation de la nation québécoise. Sans elle, des millions de messages, dans tous les secteurs économiques et sociaux, seraient restés ou resteraient dans leur langue d’origine, l’anglais.

Les limites de la traduction automatique 

Car il ne faut pas se leurrer, les grandes entreprises œuvrant au Québec, au premier chef les entreprises de charte fédérale, travaillent de plus en plus uniquement en anglais, ne francisant que les contenus destinés à leurs clients. Or, au fil des ans, ces entreprises, au nom de la sacro-sainte rentabilité, n’ont pas hésité à se tourner, entre autres, vers le miroir aux alouettes que sont les technologies de traduction automatique, dans le seul but d’éviter de payer les services d’un langagier professionnel.

Et il faudra le dire et le redire : ces technologies, si elles peuvent simuler l’acte traductionnel grâce au tour de passe-passe qu’est l’appariement de contenus tirés de textes prétraduits, ne peuvent tout simplement pas faire ce que la traductrice ou le traducteur fait chaque seconde du temps qu’il consacre à exercer sa profession : comprendre. Seul cet effort de compréhension, doublé d’une formation adéquate, garantit l’exactitude ou la qualité d’une traduction. Et, surtout, nous évite les idioties typiques et bien réelles de la machine du genre Fabriqué en dinde (Made in Turkey), Yogourt tendu (Strained Yogurt), Se laver avant de manger (Wash before eating; on parle de fruits ici), idioties qu’on ne verrait jamais sous la plume d’un professionnel de la langue.

Ces exemples caricaturaux peuvent faire sourire, mais il y en a qui ont eu ou qui peuvent avoir des conséquences graves ou tragiques, par exemple dans les domaines pharmaceutique ou juridique, pour n’en citer que deux.

Bref, on voit que le rempart se fissure et commence à céder sous le rouleau compresseur des impératifs économiques.

Un rôle important 

En 1992, le gouvernement du Québec a élevé la traduction au rang de profession réglementée. La traduction professionnelle exige une formation universitaire poussée et il n’est pas rare que les traductrices et traducteurs de carrière soient multidiplômés. La traduction de qualité professionnelle est essentielle à toutes les activités économiques.

Quotidiennement, il se traduit des milliards de messages et d’échanges dans le monde pour permettre aux citoyens, entreprises et gouvernements de communiquer et d’être correctement informés. Le Québec assure à lui seul plus de 50 % des traductions professionnelles produites au Canada. Grâce à la traduction professionnelle, les entreprises d’ici peuvent aujourd’hui accéder aux marchés mondiaux et augmenter substantiellement leur chiffre d’affaires.

Les traductrices et traducteurs sont des acteurs importants de l’écosystème économique et social québécois. Et si le Québec veut renforcer tant sa cohésion étatique et nationale que sa place dans les industries du savoir, il est important de valoriser le travail intellectuel et professionnel quotidien de ses gardiens éclairés de la qualité de la langue.

Claudette Monty

Dirigeante dans le domaine de la traduction

Fondatrice du comité de valorisation professionnelle, 

Association des conseils en gestion linguistique (ACGL)

Chambly

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