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Le juge qui est bien le seul à se trouver drôle

Gérard Dugré.
Juge

Capture d'écran, Parole de Droit

Gérard Dugré. Juge

Un juge de la Cour supérieure du Québec fait face à une série de plaintes déposées contre lui en raison de son comportement inapproprié dans plusieurs procès où il a fait des blagues douteuses et des commentaires déplacés. 

Notre Bureau d’enquête a pu obtenir les transcriptions des causes au cours desquelles le juge Gérard Dugré a commis des écarts de langage et de conduite. Nous en avons tiré les extraits les plus marquants que nous vous présentons dans ces pages. 

Depuis le printemps dernier, un comité d’enquête du Conseil canadien de la magistrature se penche sur sept dossiers disciplinaires ouverts contre lui. 

Palais de Justice in Montreal, Canada

Photo Adobe Stock

Outre des commentaires déplacés, on lui reproche de façon générale de conduire ses procès en créant une « atmosphère désordonnée » au tribunal, ce que montrent aussi les extraits présentés ici. 

On lui impute également des retards importants à rendre ses jugements. 

Le magistrat a cessé de siéger en attendant les décisions à son sujet. Les frais judiciaires pour assurer sa défense devant le Conseil de la magistrature et son salaire annuel de plus de 300 000 $ sont entièrement assumés par les contribuables. 

S’il est reconnu fautif, il pourrait écoper d’une réprimande. Aucune sanction ne peut être imposée à un juge au Canada, à part la destitution dans des cas très graves.  

Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio :

Au cachot avec les rats   

En colère, le magistrat s’adresse à un témoin dans une cause de droit familial. 

« C’est très grave, là, très, très grave. Vous pourriez être en outrage au tribunal. [...] Ça, ça veut dire qu’on pourrait vous envoyer réfléchir quelques instants dans une cellule, en bas [au palais de justice]. 

On en a deux sortes : une pour les dames, où il y a des petites souris qu’on ne nourrit pas. Puis il y a les hommes, où il y a des rats, puis on ne les nourrit pas, ils sont affamés. Fait que quand vous allez être dans la cellule... 

Fait que là, je pourrais peut-être aller vous faire réfléchir un peu, en bas, en cellule... » 

(Sa menace ne sera pas mise à exécution.)  

 Écoutez le tour des actualités de Philippe-Vincent Foisy et Carl Marchand sur QUB Radio: 

Un intermède musical  

Un matin, le juge Dugré décide de pousser la chansonnette en cour, parce qu’il est inspiré par le prénom d’une intervenante dans un dossier, une dénommée Marianne. 

« Et là, ce matin, en m’en venant [au travail], j’ai quelques chansons sur mon chose, une que j’aime beaucoup, parce que je trouve ça, c’est, elle s’appelle Marianne*, de Michel Delpech [il se met à chanter en plein tribunal]. 

“Ah ! Que Marianne, elle était jolie quand elle se promenait dans les rues de Paris.” 

Alors, Marianne, c’est la marraine de la France, quand la République a été créée, en 1780, puis c’est une chanson que j’aime beaucoup. Alors, ce matin, j’ai une Marianne, devant moi [au tribunal]. Puis [avant, j’avais] écouté sa chanson. » 

* Le titre exact de la pièce est Que Marianne était jolie 

La question qui tue  

Dans une cause de droit familial, alors que quelqu’un vient d’entendre un témoignage difficile sur des enfants, une des parties veut poser une dernière question. 

Intervenant 

Une dernière question, monsieur le juge. 

Juge Dugré

Ah ! La dernière question. 

Intervenant 

C’est vraiment la dernière. 

Juge Dugré 

Mais rappelez-vous, vous n’écoutez pas Tout le monde en parle, vous ? [...] Quand les projecteurs commencent à tourner. [...] Et puis, là, ça s’appelle la question qui tue. 

Intervenant

Voilà. Et...  

Sa définition de l’alcoolisme  

Dans un procès au civil où il est question du comportement d’une personne sous l’effet de l’alcool, le juge Dugré y va de sa définition bien personnelle de l’alcoolisme.  

« Parce qu’il y en a beaucoup qui prennent deux bouteilles de vin par jour, une le midi, une le soir, et sont parfaitement... ils ne sont pas alcooliques du tout, parce qu’ils aiment le vin [...]. Le dîner dure trois heures, puis le souper dure trois ou quatre heures. [...] Bon, ils ont pris deux bouteilles de vin. 

Mais le gars qui prend un verre de vin et devient totalement colérique [...], lui, il faut qu’il fasse attention, il ne peut pas toucher à ça. Il n’a pas le droit, parce qu’il vient totalement fou. Donc, c’est ça l’alcoolisme. »  

Les sarcasmes du juge  

Dans une cause de droit familial, le juge Dugré est exaspéré par une dispute au sujet du choix d’une école pour un enfant. Devant les avocats, il manifeste son impatience par une série de remarques sarcastiques et déplacées envers les parents.

- « On pourrait le mettre [l’enfant] au pensionnat, puis on va régler le problème. [Les parents] le verront au 24 juin et on va lui laisser la paix. On va dire : reste donc au pensionnat, amuse-toi avec tes amis, puis papa et maman tu les verras le 24 juin. »

- « Donnons-le en adoption, ça, c’est l’autre solution que je peux tenir. Je donne l’enfant en adoption. [...] Si les parents ne sont pas capables de s’en occuper, ça, c’est l’autre [solution]. »

- « Mais la solution magique, je l’ai toujours. Ma solution magique, c’est que j’ordon-ne aux parties de revenir ensemble puis d’élever [l’enfant] jusqu’à tant qu’il ait 18 ans. Mais malheureusement, ce n’est pas une solution [...] qui est retenue par les parties. Moi, je la trouve fantastique. »

- « Quand on se sépare, il y a des problèmes. » 

Deux et deux font ?  

Le juge Dugré pose de « drôles » de questions à une experte-comptable alors qu’elle s’apprête à livrer un témoignage. 

Juge Dugré

Maintenant, juste pour vérifier vos compétences, deux et deux, ça fait combien ? 

Experte

Quatre. 

Juge Dugré

Mais un bon comptable va répondre quoi ? 

Experte

Il va répondre quatre. 

Juge Dugré

Non, il va répondre : combien vous voulez que ça fasse ? 

Experte

Non. 

Juge Dugré

Mais ce n’est pas comme ça qu’ils ont fait les états financiers dans Castor Holdings ?* Bon, c’est des farces qu’on fait pour les fins de la transcription. 

Experte

Oui, oui, c’est ça. 

*Cause célèbre qui s’est rendue jusqu’en Cour suprême du Canada où les négligences d’une firme comptable ont été mises en lumière.  

Une avocate perplexe  

Alors qu’une cause débute, le juge Dugré fait une blague de but en blanc avec le nom de famille d’une des avocates, qui s’appelle Miele, comme la marque allemande d’électroménagers. La blague désarçonne manifestement l’autre avocate au dossier. 

Juge Dugré

Maintenant, pensez-vous qu’on peut avoir des réductions sur les électros ? 

L’autre avocate

Sur les...? 

Juge Dugré 

Sur les électros, les électroménagers ? 

L’autre avocate

Les électroménagers ? 

L’avocate qui se nomme Miele 

... Miele. 

[...] 

Juge Dugré

Vous n’avez pas pensé à ça du tout pendant que vous... 

L’autre avocate

Non. 

Juge Dugré

... attendiez ? Écoute, on va se négocier un petit rabais sur les électros. 

  

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