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Au procès des attentats du 13-Novembre, la vie fauchée d'un jeune algérien

Pour Lahssen et son frère Djalal, deux jeunes Algériens, l'Europe avait des allures de terre promise, l'endroit où, enfin, se construire un avenir. Sauf que la vie de Djalal, apprenti boulanger, a été fauchée devant le Bataclan à Paris au soir du 13 novembre 2015.

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À la barre de la cour d'assises spéciale mercredi, Lahssen ne comprend toujours pas pourquoi son frère a été tué par des assaillants se réclamant de l'islam.

«Moi, je viens d'Algérie. Vous, vous êtes nés en Europe et vous aviez toutes les chances... Au lieu de ça vous n'avez fait que des conneries», s'emporte le jeune homme en se tournant vers le box des accusés.

La majorité des 14 accusés sont Belges ou Français. Seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre, Salah Abdeslam partage les nationalités marocaine et française, il est né et a grandi à Bruxelles.

«Quand nous sommes venus rejoindre nos parents en France, en août 2014, nous étions fous de joie», se souvient Lahssen. Les deux frères n'ont alors qu'une hâte: s'intégrer.

Eux qui «ne parlaient pas un mot de français» prennent des cours d'apprentissage, s'efforcent de trouver du travail, de «faire les démarches» nécessaires pour obtenir la nationalité française, répète plusieurs fois le jeune homme. Tous les deux choisissent la boulangerie. «On aimait notre métier».

Le soir du 13 novembre, les deux frères - «plutôt un pote pour moi», dit Lahssen - dînent ensemble. Après le repas, Djalal a envie d'aller se promener avant de retourner chez lui dans la banlieue de Paris. Ses pas le conduisent devant la salle de spectacle du Bataclan au moment où les assaillants s'y engouffrent. Il est fauché sur le trottoir par une rafale de kalachnikov.

La famille de Djalal restera plusieurs jours sans savoir. Elle s'inquiète de ne pas avoir de nouvelles et c'est finalement le père, alors âgé de 83 ans, qui se rendra chez les gendarmes pour signaler la disparition d'un de ses fils.

«Une autre vie»

«On voulait commencer une autre vie (...) Malheureusement ça ne s'est pas fait», dit Lahssen d'une voix hachée, s'efforçant de s'exprimer en français alors qu'il pourrait avoir l'aide d'un interprète.

«Comme a dit un autre témoin avant moi, vous n'êtes rien sans vos armes», dit aux accusés Lahssen, incapable de retenir ses larmes.

Les autres membres de la famille de Djalal qui devaient témoigner devant la cour ont finalement renoncé. «Depuis la mort de Djalal, notre mère n'est plus la même, elle croit le voir quand elle regarde la télé, elle ne sort plus beaucoup».

Pendant que Lahssen parle, les écrans de la salle d'audience montrent les accusés. Ils semblent indifférents. Aucun d'eux ne regarde le témoin.

«Vous allez finir votre vie en prison et après ce sera l'enfer», leur promet Lahssen. 

Sa colère contre les accusés s'amplifie. «Tout à l'heure, une maman racontait qu'elle était triste d'avoir perdu son fils. Et j'ai vu des accusés boire de l'eau. Boire de l’eau devant une maman qui souffre ? Pour moi ce ne sont pas des hommes, ce sont des animaux», s'emporte-t-il.

«Je m'arrête là, sinon je ne m'arrête jamais. Le reste, ça reste dans le cœur», dit-il avec pudeur.

Djalal avait 31 ans quand il a été tué.

Avec Kheireddine, un violoniste assassiné alors qu'il passait par hasard devant une terrasse, il est l'une des deux victimes algériennes des attentats du 13-Novembre.

Venu témoigner à la barre de la cour d'assises le 30 septembre, le père de Kheireddine, un ingénieur agronome à la retraite, venu spécialement d'Algérie pour le procès, avait lancé aux accusés: «Votre religion n'est pas la même que celle que je pratique».

«Mon fils est mort un violon à la main. C'était un esprit éclairé face à des esprits ténébreux», a-t-il ajouté.

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