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Contaminé à mort par son vendeur de thermopompe antivaccin

Un homme de 73 ans encore en forme est décédé en seulement quelques jours des suites de la COVID après la visite d’un employé d’une compagnie de chauffage non vacciné et porteur du virus qui ne respectait pas les mesures sanitaires.

 « On ne s’y attendait tellement pas... C’est choquant ! On s’est fait vacciner, on se protège depuis le début, on fait attention, on évite certains endroits et on a quelqu’un qui vient chez nous qui nous donne [la COVID-19]. C’est gratuit et ça a couté la vie de mon mari », laisse tomber, la gorge serrée, Nicole Mayer-Doré, qui a perdu son conjoint le 3 octobre à la suite de complications respiratoires dues à la COVID.

Le 15 septembre dernier, Mme Mayer-Doré et son mari Raymond Doré reçoivent la visite d’un estimateur d’une entreprise de chauffage de Mont-Laurier, dans les Laurentides, où ils résident.

« [L’employé] est resté environ 40-45 minutes en se déplaçant dans la maison et en portant son masque sous le nez. Pas une seule fois il l’a mis correctement », soutient la femme de 73 ans qui venait de fêter 50 ans de mariage avec son mari.

Sans nouvelles de l’entrepreneur le lendemain, la famille contacte l’entreprise et apprend que le travailleur est malade. Après plusieurs jours de silence de la part de l’entreprise, c’est à force de questionnements que M. Doré et sa famille apprennent qu’il était porteur de la COVID-19, ce que la compagnie a confirmé au Journal.

Par ailleurs, l’employé en question ne cache pas ses convictions anti-vaccin et anti-mesures sanitaires sur les réseaux sociaux.

Foudroyant  

En parallèle, Raymond Doré devait se faire hospitaliser pour subir plusieurs tests de santé, notamment pour son arythmie et de quelques épisodes de baisse de pression.

« À ce moment-là mon père a eu un test COVID positif [le 24 septembre]. Nos bras nous sont tombés. D’un coup, son état s’est rapidement détérioré et en moins de deux semaines il en est décédé », explique l’une des trois filles de l’aîné, Isabelle Doré.

Écoutez la chronique judiciaire de l’ex-juge Nicole Gibeault à QUB radio :

Selon cette dernière, à cause de sa mauvaise oxygénation, l’homme de 73 ans a eu besoin d’être intubé temporairement pour être transféré à l’hôpital de Saint-Jérôme le 29 septembre.

« Ses poumons ont été détruits complètement [par le virus], il avait trop besoin d’assistance et il ne voulait pas avoir d’acharnement alors on a été obligé de le laisser partir [le 3 octobre] », ajoute Mme Mayer-Doré, en essuyant ses larmes.

15 ans de plus  

Le Journal n’a pas pu confirmer scientifiquement d’où venait la contamination, ce pour quoi nous ne nommons ni la compagnie ni l’employé, mais tout indique que l’hypothèse de la famille soit vraie.

Pour les proches, qui se sont entièrement fait dépister et qui n’ont pas eu de cas positif, il est clair que la contamination s’est produite lorsque l’employé s’est présenté pour faire la soumission. 

« Mon père ne voyait personne, il ne faisait pas l’épicerie non plus et il respectait les mesures de sécurité ! Il aurait au moins pu vivre 15 ans de plus », pense la benjamine de la famille, Stéphanie Doré.

Pour sa femme, le sentiment de culpabilité est très fort.

Écoutez le journaliste Alexandre Dubé avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

« Je m’en veux tellement... J’aurais dû lui demander de porter correctement son masque, de se laver les mains. Mais je me suis dit qu’il était jeune, en bonne santé et qu’il n’irait pas chez les gens sans être vacciné et en étant malade », raconte-t-elle.

Récalcitrant

Or, selon des informations obtenues par TVA Nouvelles, il semblerait que l'employé au coeur de cette histoire se serait absenté du travail en raison d'écoulements nasaux. Ce dernier aurait toutefois demandé de reprendre le boulot après seulement dix jours. Son employeur lui aurait refusé en lui imposant dix jours supplémentaires à la maison. 

C'est alors que l'employé a vu son infection se transformer en pneumonie, ce qui l'a forcé à de subir un dépistage qui s'est par un résultat positif.

Une fois l'homme rétabli, celui-ci est retourné au travail et est à nouveau en poste, sans pour autant être vacciné.

Une situation qui désole l'employeur. «Nous ne pouvons le prouver, mais probablement que ça vient de lui. Et si ça vient de lui, c'est terrible, ce n'est pas notre vision de l'entreprise. Il a des convictions que nous ne partageons pas. Nous avons offert nos condoléances à la famille deux fois plutôt qu'une.»

Une enquête a été ouverte par la Sûreté du Québec et l'employé récalcitrant s'expose à des amendes pénales en vertu de la Loi sur la Santé publique.

Évitable  

Le président de l’Association des microbiologistes du Québec, Christian Jacob, estime qu’en n’étant pas vacciné et en ne portant pas correctement son masque, l’employé de l’entreprise a retiré deux gestes barrières importants, ce qui a pu mener à la contamination.

« C’est probablement un décès parfaitement évitable », explique-t-il.

Pour les trois filles et la femme de Raymond Doré, il faut que la population n’hésite pas à demander aux gens qui se présentent chez eux de montrer patte blanche avec une preuve vaccinale.

« On a payé cher pour le savoir et je ne veux pas que ça arrive aux autres, il ne faut pas se gêner pour refuser du monde pas vacciné chez soi », soutient Isabelle Doré, la cadette de la fratrie.

Une 3e dose aux aînés à domicile  

Les aînés vaccinés vivant à domicile devraient recevoir bientôt une troisième dose plaident des experts et la famille d’un aîné pleinement vacciné décédé de la COVID-19.

« Il faut qu’on donne la troisième dose à nos aînés, il faut qu’on les protège », exhorte Isabelle Doré, l’une des filles d’un homme de 73 ans décédé des complications dues à la maladie.

Pour le Dr Quoc Dinh Nguyen, médecin gériatre et épidémiologiste, il faut d’abord rappeler que les vaccins fonctionnent très bien, même s’ils ne sont pas efficaces à 100 %.

Il souligne que plusieurs autorités comparables à celles du Québec prévoient une troisième dose, vu que les anticorps produits à la suite de la vaccination baissent avec le temps.

« Être en résidence pour aînés ou à domicile quand on a plus de 70 ans, on a quand même un risque de développer une forme grave de la maladie, d’où la pertinence d’une troisième dose pour les personnes à risque », explique-t-il. 

Infos plus précises  

De son côté, le Dr David Lussier aimerait que le gouvernement indique clairement qui sont les personnes qui décèdent actuellement.

« On ne sait pas combien de gens doublement vaccinés décèdent, ça prend ces informations-là », dit-il.

Pour Christian Jacob, président de l’Association des microbiologistes du Québec, il faut d’abord pousser les deux doses pour tout le monde avant de penser à la troisième dose.

« On a plus de chances de limiter la propagation en vaccinant tout le monde qu’en donnant une troisième dose », pense-t-il.