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Québec dort au gaz

Miguel Ouellette est directeur des opérations et économiste à l’Institut économique de Montréal.

Photo courtoisie

Miguel Ouellette est directeur des opérations et économiste à l’Institut économique de Montréal.

Contre toute logique économique, et même environnementale, le gouvernement du Québec a finalement décidé hier, lors du discours du premier ministre, d’aller de l’avant avec l’interdiction de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures. Au même moment où le monde connaît une pénurie de gaz naturel et que les prix s’envolent, le Québec décide de cracher sur l’opportunité de faire de la Belle Province un chef de file en matière d’énergie produite localement. Il s’agit d’une claque au visage à une industrie déjà malmenée par les gouvernements précédents.

La croisade politique doit cesser

En 2016, le Québec a instauré la Loi sur les hydrocarbures, visant à créer un cadre réglementaire pour la production de gaz naturel et de pétrole sur le territoire de la province. Nous avons donc envoyé un message clair aux investisseurs du secteur de l’énergie : le Québec est prêt à vous accueillir, sous réserve de respecter l’environnement et nos règles, parmi les plus strictes au monde. Après tout, il est dans l’intérêt de tous de protéger l’environnement tout en permettant la création de richesse.

À la suite de l’introduction de cette loi, des entreprises ont déposé des demandes de forage, et ont investi des millions de dollars en préparation pour la production locale d’hydrocarbures. Toutefois, c’est à ce moment que s’est confirmée l’existence de l’ingrédient secret de la sauce à poutine du gouvernement québécois : le dirigisme arbitraire et interventionniste de l’économie.

Malgré les recommandations des experts du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec en faveur de plusieurs projets et le respect de la réglementation en vigueur, des autorisations de forage ont été révoquées par le gouvernement. Ce fut d’ailleurs le cas du projet Galt en Gaspésie qui, assoyez-vous bien, avait comme partenaire l’ensemble des contribuables québécois via Ressources Québec. Comme le dit l’expression : tout un coup de théâtre!

Mais si vous croyez que la croisade de nos élus s’arrête là, détrompez-vous! Après toutes ces années de flou réglementaire et de décisions improvisées qui ont coûté aux Québécois et aux Québécoises des milliers d’emplois et des millions en revenus fiscaux qui auraient pu servir à diminuer le fardeau fiscal ou à financer nos services publics, le gouvernement ne compte pas indemniser à la juste valeur marchande les entreprises qu’il va exproprier avec son interdiction d’exploiter les hydrocarbures. Pourtant, la valeur marchande est prise en compte en cas d’expropriations dans d’autres secteurs, notamment pour le rachat de terrains, de centres commerciaux et de permis de taxi. Pourquoi le secteur de l’énergie devrait-il être traité différemment?

Le monde nous regarde

Alors que le gouvernement du Québec provoque cette chicane de famille, les investisseurs étrangers, tous secteurs confondus, ont les yeux rivés sur nous. Ils attendent de voir si le Québec va bel et bien exproprier injustement des entreprises qui pourtant ont suivi les règles à la lettre. Si tel est le cas, cela enverra un très mauvais message, à savoir que la politique au Québec n’hésite pas à s’ingérer arbitrairement dans l’économie et à dire non à la création de richesse et aux millions de dollars en revenus fiscaux.

Pendant ce temps, les Québécois continueront d’importer plus de 300 000 barils de pétrole par jour et plus de 5 milliards de dollars annuellement seront envoyés en Alberta et aux États-Unis pour financer notre consommation locale de gaz et de pétrole. C’est le comble de l’hypocrisie, au détriment de l’économie locale.

S’il est vrai que le dicton « parlez-en en bien ou parlez-en en mal, mais parlez-en » s’applique à Lady Gaga, il ne devrait en aucun cas s’appliquer aux décisions économiques du gouvernement lorsque l’argent des familles québécoises est en jeu. Ne faisons pas rire de nous à l’international.

Miguel Ouellette, directeur des opérations et économiste, à l’Institut économique de Montréal

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