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Le détenu Yves Martin demande à nouveau de sortir du pénitencier

Yves Martin qui a causé la mort de trois personnes, le 1er août 2015, a de nouveau demandé à la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), jeudi matin, s’il pouvait sortir du pénitencier.

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Martin recevra une réponse des commissaires d’ici quelques jours.

En janvier 2017, l’accusé a été condamné à 14 ans pour avoir causé la mort d'un couple âgé de 27 ans, Mathieu Perron et Vanessa Tremblay-Viger, ainsi que de leur jeune enfant de quatre ans, Patrick Perron, le premier août 2015 dans le rang Saint-Paul à Chicoutimi.

Lors de l’audience des membres des familles trois victimes ont pu s’exprimer pour témoigner des difficultés vécues depuis la terrible collision frontale.

«J'ai recommencé à faire des cauchemars en revoyant mon filleul de quatre ans sur son lit d'hôpital», a tenu à dire aux commissaires, Mélanie Perron, sœur de Mathieu Perron, la gorge nouée. Yves Martin est resté la tête baissée.

La mère de Mathieu Perron, Danielle Tremblay, a aussi livré un message touchant: «Nous serons en prison toute notre vie et lui veut sortir de prison après seulement six ans. Où est la Justice?»

Le chauffard demande une libération conditionnelle totale ou de retrouver une semi-liberté, qui a été suspendue le 5 juillet dernier parce qu’il a été surpris à conduire un véhicule dans la cour de son employeur alors qu'il lui est interdit de conduire à vie.

«Je l'ai fait parce que je ne voulais pas être un fardeau pour le garage», a mentionné Yves Martin. Il a expliqué qu’un employé l’avait confronté en lui disant: «vas-y, sors le char». Yves Martin a dit qu’il a alors voulu se convaincre. « Je me suis vendu que j'avais le droit, mais je n'avais pas le droit. C'est de ma faute totalement», a-t-il raconté.

Test d’urine faussé

En juin, le résultat d’un test d'urine d’Yves Martin a également soulevé un doute, alors que le potentiel hydrogène (ph) de ce dernier avait été abaissé. La meilleure hypothèse fournie par un toxicologue des Services correctionnels canadiens était que Martin aurait faussé le test, ce que le détenu nie catégoriquement.

«Je n'ai pas consommé. Je n'ai pas faussé les tests. Je ne vois pas comment j'aurais pu fausser les tests. Je ne sais aucunement comment faire», a-t-il déclaré.

Yves Martin a aussi parlé de son cheminement à l’intérieur des murs. Il se lève le matin en lisant la Bible, des écrits spirituels et des pensées des Alcooliques anonymes (AA) qu’il continue de fréquenter. Il s'entraîne physiquement et dit être sobre depuis l'accident.

«J'ai eu de grosses conséquences et j'ai fait beaucoup de mal à cause de mon alcoolisme», a-t-il admis.

Quand un commissaire lui a demandé pourquoi en août 2015, il avait conduit après avoir consommé, Martin a répondu: «je n'avais plus conscience au moment de l'accident. J'étais imbibé d'alcool. Il ne faut plus que je recommence».

Il a ajouté qu’il pense tous les matins au drame qu’il a causé et c'est ce qui le motive à ne plus reboire.

Martin a maintenant un emploi en construction et son employeur veut le reprendre. Il fait aussi de la justice réparatrice, c’est-à-dire des rencontres en face à face avec des victimes de l'alcool au volant.

«Je peux expliquer le monstre que j'ai été. La honte que j'ai eue. Ça me fait un bien super», a-t-il témoigné.

Les commissaires ont pris les demandes d'Yves Martin en délibéré. Ils promettent de rendre leur décision dans quelques jours.

Les familles des victimes ignorées

Durant cette audience qui a duré près de trois heures, Yves Martin ne s'est pas adressé aux familles de ses victimes.

«Il ne parle pas de son accident à lui. Il ne parle pas de nous autres, ses victimes à lui. Il va toujours dans le «je», a retenu Danielle Tremblay, qui a assisté à l’audience par visioconférence. Est-ce qu'il a oublié l'accident? Moi, je trouve que ce n'est pas honnête ce qu'il dit. Admettre que tu as bu et admettre le geste, ce sont deux choses différentes.»

Johanne Tremblay, la mère de Vanessa Tremblay-Viger, a eu le même sentiment en l’écoutant. «C'est toujours «je, me, moi», mais nous les victimes, on s'attendait à ce qu'il dise au moins, je sais ce que j'ai fait. Je prends la responsabilité de mes actes et je chemine pour gérer ce problème. Mais non. On voit qu'il n'a rien encore appris», partage-t-elle.

La sœur de Vanessa, Arianne Viger, a l’impression de rester au même stade dans tout ce processus de détention impliquant Yves Martin.

«On dirait que ses textes sont appris à l'avance. On répète toujours les mêmes mots. C'est toujours la même chose. J'ai lu ma bible, mais qu'est-ce que ça change? On lui a laissé une chance. Il ne l'a pas pris. J'espère que les commissaires vont comprendre que l'on est tanné et que sa place est en prison parce que là, on va ravoir encore quelqu'un qui va boire, qui ne comprend pas et qui va tuer du monde», a-t-elle dit.

Les familles des victimes reprochent à Martin de ne pas avoir de remords. «Ça ne m'a vraiment pas touché ce qu'il a dit et je n'ai pas compris qu'il avait cheminé vraiment», a indiqué Johanne Tremblay.

Prolongation

L’équipe de gestion de cas de Martin qui le suit à travers les services correctionnels a recommandé que sa suspension de semi-liberté soit annulée, que sa semi-liberté soit prolongée de six mois et que sa demande de libération conditionnelle totale soit refusée.

Quand les commissaires ont expliqué à Martin qu’une prolongation de six mois signifiait qu’il lui resterait sept mois et demi à faire en centre de transition, le détenu a sursauté. C’est qu’il lui restait un mois et demi à faire à sa permission précédente de semi-liberté.

Arianne Viger a été étonnée de sa réaction. «On dirait que ça lui fait mal de rester en prison, mais là, tu n'as pas respecté les conditions», commente-t-elle.

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