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Possible d’être désinhibé par une commotion cérébrale

André Chenail, accusé

Photo Pierre-Paul Poulin

André Chenail, accusé

La victime alléguée d’un ex-député accusé d’agression sexuelle aurait plutôt elle-même amorcé les échanges car elle était désinhibée après avoir subi une commotion cérébrale, a avancé la défense hier au palais de justice de Valleyfield. 

Si la théorie semble farfelue de prime abord, un spécialiste des commotions cérébrales est venu appuyer la thèse, en expliquant qu’un tel choc peut affecter momentanément la personnalité, même de façon « extrême ». 

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« Il y a des gens pour qui c’est drastique, dramatique. En l’intérieur de 20 minutes, ils deviennent une tout autre personne [...] Ils vont poser des gestes inhabituels par rapport à leur comportement », a expliqué l’expert en neuropsychologie Dave Ellemberg.

Il témoignait au procès de l’ancien politicien André Chenail, qui a plaidé non-coupable d’agression sexuelle sur une quinquagénaire dont l’identité est protégée par une ordonnance de la cour.

Appelé à commenter la preuve présentée au tribunal, Dr Ellemberg a estimé que la victime pourrait avoir subi un malaise vagal, c’est-à-dire une perte de conscience subite, causant la commotion cérébrale. 

Il explique que certains ont parfois un regain d’énergie après une commotion, et parviennent même à poser des « gestes complexes » comme conduire une voiture ou finir un match de hockey après le choc, même s’ils n’en gardent aucun souvenir. 

D’autres changent « du tout au tout » et adoptent plutôt des comportements inadéquats dû à une désinhibition. La défense prétend que c’est ce qui se serait produit, selon ce qui a été soumis à la cour hier. 

« C’est elle qui initiait tout au fur et à mesure. Ce n’est pas moi qui a enlevé son chandail, détaché son pantalon. Ce n’est pas moi qui ai détaché le mien, a lâché l’ancien politicien lors de son témoignage en matinée. Je n’étais pas excité du tout. J’étais surpris. »

Selon le septuagénaire, la femme aurait peu auparavant chuté après avoir consommé moins de deux verres de vin.

« J’ai eu l’impression qu’elle était sans connaissance. Elle ne bougeait pas tellement, elle ne parlait pas tellement. Je l’ai relevée, je l’ai pris par la taille [...] J’étais toujours ben pas pour la laisser par terre », a raconté André Chenail. 

Chancelante   

Sans même lui demander comment elle allait et sans appeler de l’aide, il l’aurait relevé avec l’intention « d’aller la porter chez elle », précise-t-il. Mais voyant son état chancelant, il se serait plutôt dirigé vers le salon, où la femme a vomi.

Après une vingtaine de minutes dans la salle de bain, la quinquagénaire serait revenue « en pleine forme », soutient-il, en ajoutant avoir été surpris de son état.  

Soudainement, sans même n’avoir démontré d’intérêt l’un envers l’autre avant, les deux individus se seraient alors approchés - en même temps -, pour s’embrasser, relate-t-il.

L’accusé dépeint la victime comme une femme entreprenante, qui les aurait déshabillés tous les deux avant d’amorcer la relation sexuelle.

« J’essaie de comprendre quelque chose, M. Chenail: il n’y a eu aucune conversation en lien avec une relation amoureuse ou quoi que ce soit avant? Il n’y a rien qui pourrait justifier qu’elle s’amène vers vous pour vous embrasser? Pourquoi vous vous approchez vers elle dans ce cas? », lui a alors demandé le juge.

« Elle ne se sentait pas bien. Je voulais avoir des nouvelles. Je m’approche, elle s’approche. On se rejoint [...] Elle s’est en venue directement sur moi », a-t-il répondu.

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