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Des lits occupés dans les hôpitaux en attendant une place en CHSLD

Le réseau de la santé est sur la corde raide, que ce soit en Estrie ou ailleurs au Québec, le personnel et le nombre de lits disponibles manquant cruellement pour répondre à la demande.

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Pourtant, en date du 22 octobre, 185 lits de courte durée étaient occupés par des patients ayant le statut de «niveau de soin alternatif» (NSA), donc des patients qui n’ont plus besoin de soins hospitaliers, mais qui attendent une place ailleurs.

Près de 79 de ces patients attendent d’ailleurs cette place en centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD).

Comme plusieurs médecins, le chef du département de médecine générale au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie-CHUS voit l’impact de cette situation sur les soins offerts à la population et sur les patients, avec des personnes âgées qui attendent des semaines, parfois même des mois, avant d’obtenir une place en CHSLD.

«Les médecins sont déchirés de voir que des personnes âgées, sous leurs yeux, peuvent se déconditionner pendant qu’ils sont à l’hôpital», a expliqué le Dr Benoit Heppell. «C’est déchirant de voir qu’ils ne sont pas à la bonne place et qu’on ne leur offre pas ce dont ils ont besoin.»

Six lits sur 12 inutilement occupés 

Cette réalité affecte l’ensemble des départements, y compris celui des soins intensifs de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke, où la moitié des 12 lits sont actuellement occupés par des patients au statut NSA.

Le docteur Yannick Poulin y travaille comme intensiviste et pneumologue et a avoué que cette situation complique l’admission des patients.

«Dans la situation actuelle, au lieu de pouvoir admettre un patient qui a besoin de nous aux soins intensifs dans l’heure, par exemple, il y a des fois où il va stagner ailleurs plus longtemps qu’il ne le faudrait. Que ce soit à l’étage, que ce soit dans le centre qui nous a demandé de le prendre ou encore à l’urgence, il devra attendre parce que le patient qui occupe déjà un lit chez nous, même s’il n’a plus besoin de notre expertise, n’a pas de lit pour sortir à l’étage», a-t-il souligné.

Même situation partout au Québec 

Et cette situation est la même partout au Québec, où près de 3423 patients attendent actuellement une place en CHSLD, et dont 845 d’entre eux sont à l’hôpital.

L’interniste et gériatre au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Dre Émilie Breton, est d’avis que cette situation ne concorde pas avec les besoins des personnes âgées.

Elle tente avec son équipe de garder les aînés actifs en les faisant marcher régulièrement, mais il n’empêche que les lits qu’ils occupent entraînent le report de plusieurs chirurgies, particulièrement les chirurgies orthopédiques. Une situation qui l’inquiète.

«La spécialité de l’orthopédie est l’une des spécialités qui donnent le plus de qualité de vie aux gens. Moi j’ai de très jeunes patients dans ma clientèle, des gens âgés de 50 à 60 ans, et ces gens-là qui ne sont pas capables de maintenir un niveau d’activité physique adéquat parce qu’ils ne peuvent pas être opérés, parce qu’il n’y a pas de place à l’hôpital, attendez, ça va être la 5e vague ça», a-t-elle précisé.

Selon Dre Breton, il sera impératif de revoir le rôle de nos aînés pour mieux pouvoir les garder actifs au sein de notre société. Une des pistes de solution passerait par davantage de soutien aux proches aidants, a-t-elle avancé.

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