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Pierre Bruneau: 45 ans de bonheur à TVA

POOL / Martin Chevalier / JdeM

Le 19 octobre 1976, un jeune Pierre Bruneau, animateur du bulletin d’information radio de fin d’après-midi de CKAC, prenait le métro pour aller livrer une première fois les manchettes à la barre du «Dix vous informe», à 19 h, à Télé-Métropole, alors communément appelée le Canal 10. Pas moins de 45 ans plus tard, quelques cheveux gris en plus, il y est toujours. Avec le même bonheur.

«Je m’en souviens comme si c’était hier, confie Pierre Bruneau. J’étais extrêmement nerveux, bien sûr! Je venais d’avoir 24 ans. C’était tout un défi pour moi...»

Mardi dernier, 19 octobre, marquait donc un anniversaire important pour le pilier de TVA qu’est Pierre Bruneau: 45 ans comme chef d’antenne sur la chaîne. Quatre décennies et demie à informer les gens, à constituer un visage rassurant dans leur quotidien, à les accompagner dans les grands événements d’ici et d’ailleurs d’un ton authentique et bienveillant. Avec, comme confirmation de ce lien étroit, l’accumulation de 23 trophées Artis et deux prix Gémeaux (dont l’un pour la crise d’Oka en 1990).

Témoin privilégié

L’homme énumère sans le moindre trou de mémoire les grandes secousses de l’actualité dont il a rendu compte à travers nos écrans, jusqu’à une certaine pandémie qui a paralysé le monde au début 2020. Pierre Bruneau s’apprêtait d’ailleurs à mener une grande entrevue avec le premier ministre François Legault quand il s’est entretenu avec l’Agence QMI, lundi après-midi.

«De l’élection du Parti québécois en passant par Polytechnique, suivis de la crise autochtone, la crise du verglas, les inondations au Saguenay, le drame du train à Lac-Mégantic... Tout ce qui s’est passé au Québec, j’en ai été témoin. C’est assez bouleversant...»

«Ça passe très, très vite, enchaîne Pierre Bruneau. C’est là qu’on s’en rend compte. Quand j’ai commencé à TVA, j’avais un fils, Charles [aujourd’hui décédé, NDLR], qui n’avait pas encore un an. Aujourd’hui, j’ai trois enfants et je suis grand-père cinq fois. Le plus vieux de mes petits-enfants a 21 ans. Tout ça nous ramène à la réalité de la vie. Il s’en est passé, des choses. Les générations se sont succédé...»

Reconnaissance

Une grande reconnaissance envers le public suinte constamment des propos de Pierre Bruneau lorsqu’il discute de son parcours professionnel.

«C’est assez captivant de voir comment j’ai pu rester connecté avec la population. Car c’est l’un des grands défis de ce métier-là: il y a ce qu’on veut, et il y a ce que les gens veulent (rires). Je dis souvent que les téléspectateurs sont souverains. Ce sont eux qui choisissent les élus du gouvernement et qui nous choisissent, nous aussi, avec ce qu’ils ont entre les mains, qui s’appelle une "zapette".»

«Je suis très fier d’avoir pu accompagner les Québécois pendant tant d’années. Bien des gens me disent qu’ils ont regardé mes bulletins avec leur père, et qu’ils les regardent maintenant avec leurs enfants. On devient un personnage dans la vie des gens, on ne peut pas le nier...»

Complicités

Il est fascinant d’écouter Pierre Bruneau raconter les méthodes de journalisme qui ont évolué au fil des ans. Discourir sur l’époque où la radio était le seul médium d’instantanéité, et où la logistique de la télévision était encore trop lourde pour permettre la diffusion en direct.

«Je me souviens du correspondant à Ottawa qui envoyait son topo en autobus. Un courrier allait chercher ça au terminus Berri. On le développait en studio, et c’était tout juste prêt à mettre en ondes à 19 h. Aujourd’hui, avec Skype ou FaceTime, on retrouve des gens instantanément, partout dans le monde, sans délai ni retard.»

Chez les collègues marquants, Pierre Bruneau parle avec affection de sa complicité avec Claude Charron («On a mis nos expériences en commun et une chimie s’est rapidement créée»), et de bien des reporters et réalisateurs passés à ses côtés en studio, non sans un bon mot pour son vis-à-vis radio-canadien Bernard Derome, qui a commencé à peu près en même temps que lui, et pour qui il éprouve le plus grand respect.

«Quand je regarde la liste des employés de TVA, je pense que je suis le deuxième en ancienneté», lance-t-il dans un rire flatté.

Fidélité

Bien sûr, en 45 ans, le loyal Pierre Bruneau a déjà été courtisé par des camps adverses. Radio-Canada l’a approché à deux reprises pour qu’il «saute la clôture». Le principal intéressé en parle d’ailleurs dans sa biographie «Même heure, même poste», parue en 2019, mais son cœur est toujours resté à TVA.

«Je l’ai toujours pris comme un grand compliment, mais ce n’était pas dans mon ADN. Mon ADN, c’est TVA, d’être près des gens, la force du réseau au Québec, la proximité et le respect que j’ai développés avec ceux qui nous dirigent et la population.»

Et la retraite?

À 69 ans – 70 en juin – après tout ce chemin parcouru, Pierre Bruneau est conscient qu’il a davantage de métier derrière lui qu’il en reste devant. «C’est un euphémisme», sourit-il. Songe-t-il à se retirer pour profiter de la vie? On lui pose souvent la question. Lui seul connaît la réponse... qu’il n’est pas encore prêt à divulguer.

«J’ai une date dans ma tête», se contente-t-il de spécifier, en mentionnant qu’il ne reçoit aucune pression de ses patrons et qu’il est convenu que c’est lui qui aura le dernier mot. N’empêche, il cite en riant un vieux dicton chinois pour illustrer sa philosophie.

«Mieux vaut partir en demande, qu’on nous demande de partir...(rires)»

Pierre Bruneau affirme néanmoins entretenir toujours la même passion pour la télévision. «Tant et aussi longtemps que j’aurai cette passion, je vais réussir à passer à travers tout ça...»

Ginette, son roc

Pour «passer à travers tout ça», il a aussi fallu à Pierre Bruneau une conjointe compréhensive. Sa douce Ginette, le communicateur la décrit comme un roc indispensable.

«Elle l’a toujours été. Je l’ai toujours considérée comme ma complice numéro 1. Si elle n’avait pas accepté mon travail tel qu’il est, très exigeant, je pense que ça n’aurait pas fonctionné. On est capables tous les deux de compromis. Mais, quand on a nos moments à nous, ce sont nos moments à nous. Nos vacances sont juste pour nous.»

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