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Au procès des attentats jihadistes du 13-Novembre, de l'enfer du Bataclan au suicide

Rescapé du massacre commis dans la salle de spectacles du Bataclan à Paris, Guillaume Valette a mis fin à ses jours le 19 novembre 2017. Au procès des attentats jihadistes du 13-Novembre, ses proches ont souligné mardi les blessures psychiques insurmontables et rendu hommage à la «131e victime» des attaques. 

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S'approchant lentement de la barre à l'aide d'une béquille, Alain Valette s'assoit face à la cour d'assises spéciale de Paris. Il est là pour raconter le 13 novembre 2015 de son fils «qui n'est plus là pour le faire», dit-il sobrement.

Ce soir-là, Guillaume assistait au concert d'un de ses groupes préférés, Eagles of Death Metal, au Bataclan. Lui qui «détestait la violence» s'est retrouvé en plein chaos, «enfermé deux heures» avec un «amas de corps», entendant les «cris des blessés».

«Il en est sorti vivant et physiquement indemne, mais profondément atteint sur le plan psychique», retrace son père.

«Il n'a pas reçu de balle dans le corps, mais des balles psychiques qui l'ont progressivement tué», «comme une gangrène sur une jambe blessée», poursuit Alain Valette, chevelure blanche et costume sombre.

En récupérant Guillaume «couvert de sang, glacé, exténué» la nuit du 13 novembre 2015, ses proches ont «tout de suite compris qu'il y aurait un avant et un après Bataclan».

L'après «se découpe en deux périodes», précise Alain Valette. Une première où son fils a présenté tous les symptômes du stress post-traumatique, une seconde où ce stress «s'est transformé en un délire hypocondriaque et en dépression majeure».

La «première alerte» remonte au 8 juillet 2017: Guillaume «se réveille brusquement dans la nuit en hurlant». Sans vouloir avouer à sa famille les raisons de ce cauchemar.

«Il a commencé à être persuadé qu'il était atteint d'une maladie grave voire mortelle», souligne Alain Valette. Il s'adresse à tous les spécialistes «et à chaque fois il n'y avait rien puisque c'était dans sa tête».

Le cas de Guillaume Valette «s'aggrave sérieusement» en août, ses parents «impuissants» décident de le faire hospitaliser en psychiatrie à la fin du mois.

Il change de structure en octobre, mais reste «dans son délire», passant par exemple un examen d'imagerie par résonance mégnatique (IRM) du thorax, raconte son père.

«Blessures invisibles»

Le 19 novembre 2017, six jours après le deuxième anniversaire des attentats, Guillaume Valette se pend dans sa chambre d'une clinique psychiatrique du Val-de-Marne, près de Paris, à l'âge de 31 ans. Dans une lettre, il évoque un prétendu «cancer de l'œsophage» qu'une autopsie «confirmera».

«Les psychiatres ont compris trop tard», déplore Alain Valette. «Toutes ces blessures psychiques, ces blessures invisibles devraient être mieux comprises, mieux appréhendées».

«Guillaume s'est suicidé parce qu'il a été blessé gravement. Il n'a pas eu le choix», lance à son tour Christophe Valette, décrivant son frère comme un passionné de musique, fidèle à ses convictions, un jeune qui «idolâtrait ses parents».

Après avoir écouté les autres parties civiles, notamment cette «dame qui a besoin de se faire couler un bain pour avoir deux secondes de tranquillité» ou ceux qui «prennent des cachets comme des céréales», Christophe Valette met en garde sur «la réalité de ces blessures profondes».

Guillaume était «un blessé de guerre» et «aurait dû faire l'objet d'un traitement spécifique», estime sa mère Arlette, dans un témoignage lu à l'audience par un autre de ses fils.

«Le terrorisme ne l'a pas tué le soir du 13 novembre 2015», mais «à petit feu», ajoute-t-elle. Elle a choisi que soit projetée une photo de son fils souriant, prise devant le Louvre en 2014, qui représente «les jours heureux».

«Toute notre vie, nous nous demanderons ce que nous aurions pu faire pour éviter cette issue fatale», écrit encore la mère de Guillaume Valette.

Pour ses proches, il est «la 131e victime du Bataclan». 

Les juges d'instruction ont retenu 130 victimes d'assassinats terroristes lors des attentats de Paris et Saint-Denis.

Les proches de Guillaume Valette ont été «reçus à l'instruction comme parties civiles en tant qu'ayant droits d'une victime décédée», a précisé à l'AFP en marge de l'audience leur avocate, Claire Josserand-Schmidt.

Elle entend demander «à la fin de l'audience pénale» à la cour qu'elle requalifie la tentative d'assassinat dont a été victime Guillaume Valette en assassinat.

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