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Culture et citoyenneté québécoise: deux concepts phares éliminés du nouveau cours

PHOTO D'ARCHIVES, JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS

Le cours de Culture et citoyenneté québécoise présenté par le ministre Jean-François Roberge ne dit mot de la «reconnaissance de l’autre» et du «bien commun», deux concepts phares de la première ébauche du nouveau programme concocté par ses fonctionnaires au printemps.

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Le ministre de l’Éducation a dévoilé dimanche les grandes lignes de la matière qui remplacera le cours d’Éthique et culture religieuse dans toutes les écoles du Québec en 2023. Au menu : les fondements de la société québécoise et le développement de l’esprit critique.

Aucune trace toutefois des deux objectifs que contenait le «document de travail» daté d’avril 2021, qui reprenait les mêmes visées que le cours d’ECR tel qu’annoncé lors de la vaste consultation tenue à l’hiver 2020.

«Dans une société pluraliste et démocratique, c’est la population dans toute sa diversité qui exerce sa souveraineté. La reconnaissance de l’autre constitue de ce fait un ingrédient clé de la vie en démocratie», stipule le document obtenu par notre Bureau parlementaire, qui a été présenté au comité chargé de réviser le controversé cours d’ECR.

Cette première ébauche du nouveau cours, qui s’intitulait Philosophie et dialogue, visait à développer chez les enfants une prise de conscience culturelle, qui passait d'abord par une meilleure connaissance de sa propre culture, «puis par celle de la culture d’autrui».

Le ministre Roberge a plutôt affirmé dimanche que ce nouveau cours aidera les jeunes «à mieux se préparer à exercer pleinement et fièrement leur citoyenneté québécoise».

Or selon Line Dubé, présidente de l’Association québécoise d’éthique et culture religieuse, le gouvernement Legault s’éloigne «complètement» des objectifs énoncés initialement et elle y voit des «risques évidents de dérives».

«Est-ce que la posture professionnelle d’impartialité et d’objectivité va demeurer dans le nouveau programme ou au contraire, est-ce qu’on ne deviendra pas des agents qui vont chercher à convertir à une certaine idéologie ou une certaine vision du bon Québécois ou de la bonne Québécoise?» s’interroge celle qui représente les enseignants d’ECR.

«On nous parle d’un côté de développer la pensée critique, mais on fournit la réponse et l’orientation. C’est questionnable», ajoute celle qui considère que l’annonce de dimanche n’était qu’un «grand spectacle à saveur électoraliste».

Manque «total» de transparence

De son côté, Mireille Estivalèzes, professeure à l’Université de Montréal et spécialiste du cours d’ECR, dénonce le «manque total de transparence» entourant le remplacement du cours d’ECR, puisque les résultats des consultations tenues à l’hiver 2020 n’ont jamais été rendu publics.

Or le gouvernement Legault affirme s’appuyer sur ces conclusions pour élaborer son nouveau cours, souligne-t-elle.

«Rien n’a jamais été dévoilé. Pour un cours qui se veut un modèle d’éducation à la citoyenneté, ça serait peut-être bien de commencer par une démarche citoyenne et transparente afin de montrer l’exemple», affirme cette experte.

Dans le réseau scolaire, plusieurs se demandent par ailleurs comment le contenu de ce programme pourra être rédigé en quelques mois, afin qu’il soit progressivement mis en place à partir de la rentrée 2022.

«Ce qui est fait dans l’urgence et la précipitation donne rarement des résultats heureux», laisse tomber Mme Dubé.  

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