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Salaire minimum à 20$: bon pour tout le monde?

Faire passer le salaire minimum à 20$ de l’heure, tel que proposé, lundi, par le président du conseil d'administration de Cogeco, Louis Audet, pourrait «être bon pour tout le monde», croit le secrétaire général de la FTQ. 

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Denis Bolduc explique, en entrevue à LCN, que bien des Québécois qui gagnent actuellement le salaire minimum peinent à payer leur loyer, leur épicerie ou encore leur voiture, lorsqu’ils en ont une. 

Pour cette raison, M. Bolduc croit que si ces personnes recevaient un salaire plus élevé, elles dépenseraient le surplus dans les commerces locaux, et donc, elles réinvestiraient l’argent dans l’économie québécoise. 

«Les gens à un salaire minimum à 18$ de l’heure, le surplus que ça leur donnerait, ils n’iraient pas le dépenser en Europe, à se payer des voyages à 2000$ ou 3000$ par année. Ils le dépenseraient dans l’économie locale, le restaurant local, l’épicerie locale, les marchands locaux, et ça fait tourner l’économie», croit le secrétaire de la FTQ. 

Débat nécessaire   

Le président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec, Karl Blackburn, quant à lui, est d’avis qu’un débat est nécessaire, mais qu’une telle hausse pourrait créer d’autres inégalités sociales. 

«Une hausse trop rapide du salaire minimum, malheureusement, risque d’engendrer une plus grande inflation et de diminuer le pouvoir d’achat des aînés et des retraités et, dans ce sens-là, on va créer d’autres inégalités sociales», plaide-t-il en entrevue à LCN.

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Il dit que l'augmentation du salaire pourrait avoir des conséquences économiques graves pour plusieurs secteurs comme la restauration, l'hébergement, le tourisme, et que «c'est une industrie extrêmement importante dans toutes les régions du Québec.»

Jean Boulet, ministre du Travail, abonde dans le sens de M. Blackburn. M. Boulet dit que l'augmentation du salaire à 20 $ créerait un choc économique majeur. 

M. Blackburn assure que les propriétaires d’entreprises sont toutefois ouverts à débattre de la hausse du salaire minimum. 

«Dans un contexte de faire un débat sur un enjeu aussi important, faisons-le sur des bases d’indicateur économique et des bases solides qui vont permettre de réunir tous les intervenants autour d’un même enjeu», dit-il. 

Un salaire qui permet de subvenir à ses besoins   

Caroline Senneville, présidente de la CSN, pense toutefois que monter le salaire minimum à 20 $ est une bonne idée. 

«Le salaire minimum est à un niveau aujourd'hui qui ne permet pas de sortir de la pauvreté», explique-t-elle. «Ça ne nous permet pas de se loger, de se nourrir convenablement, de se déplacer aussi. Tout augmente. On l'a dit aussi, mais dans les grandes villes, les loyers sont exorbitants, donc je pense que ce n'est pas correct de demander à des gens de travailler à temps plein, et de ne pas être capable de subvenir à ses besoins.»

Mme Senneville souligne que les chercheurs David Card, Joshua Angrist et Guido Imbens, qui ont gagné le prix Nobel d'économie en 2021, ont étudié le salaire minimum depuis une cinquante d'années et ont démoli le mythe que, quand on augmente le salaire minimum, ça fait perdre des emplois. 

«M. Blackburn parle du système, mais je pense qu'il faut qu'on s'interroge sur le système. Est-ce qu' on a vraiment le goût de vivre dans un système qui fait en sorte que même quand on travaille à temps plein, on est obligé de fréquenter les banques alimentaires?» demande-t-elle. 

«Ce n'est pas normal qu'on travaille à temps plein et qu'on ait encore faim au Québec», rajoute-t-elle. «Il y a une responsabilité sociale des entreprises, et payer les gens pour qu'ils puissent vivre décemment, il me semble que c'est le minimum.» 

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