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Le Conseil du patronat ouvert à une hausse du salaire minimum

Une journée après la sortie très remarquée du président du conseil de Cogeco, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) se dit ouvert pour la première fois à une hausse du salaire minimum, mais pas avant une analyse approfondie des impacts sur l’économie. 

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  • Écoutez l'entrevue avec Martin Vézina, directeur affaires publiques et gouvernementales de l’Association Restauration Quebec sur QUB radio :    

Sans vouloir détailler la hausse souhaitée, le CPQ estime qu’un débat doit avoir lieu. Toutefois, elle rejette l’idée d’une augmentation brutale du salaire minimum. 

« On ne ferme pas la porte à une hausse du salaire minimum. Mais si on augmente trop rapidement, il peut y avoir des conséquences plus néfastes, on se doit d’évaluer l’ensemble des indicateurs », a souligné le président Karl Blackburn. 

Protéger le pouvoir d’achat  

Ce dernier a assisté lundi à l’allocution du président de Cogeco, Louis Audet, qui s’est dit en faveur d’une hausse du salaire minimum jusqu’à 20 $ de l’heure. 

M. Blackburn dit avoir beaucoup réfléchi lors des derniers mois, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre où les salaires augmentent de toute façon.

« Ce qui m’inquiète notamment, c’est le pouvoir d’achat des aînés et des retraités, dans un contexte où l’inflation deviendrait galopante. On doit faire un débat avec les bons paramètres », a-t-il affirmé. 

Une hausse du salaire minimum devrait toutefois être assortie de mesures pour aider les PME ou une révision des programmes gouvernementaux, croit le CPQ. 

Non, dit la FCEI  

Du côté de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), on écarte une hausse du salaire minimum.  

« Une hausse à 20 $ représenterait une augmentation instantanée de 48 %. C’est un gros choc à encaisser. Quand on sait que la masse salariale est un des postes budgétaires les plus importants de la petite entreprise », a affirmé le v.-p. François Vincent. 

Selon lui, une hausse importante aurait un effet multiplicateur sur les autres salaires. 

Écoutez La Rencontre Daoust-Martineau avec Yves Daoust, directeur de la section Argent du journal de Montréal et du Journal de Québec, sur QUB radio :  

« On verrait une hausse de prix pour les consommateurs et des mises à pied d’employés », croit-il.

Le ministre du Travail, Jean Boulet, qui doit annoncer la hausse du salaire minimum au tournant de 2022, est en accord avec une augmentation progressive. 

« Passer de 13,50 $ à 20 $ de l’heure créerait un choc économique important. Nous devons trouver un équilibre entre la capacité de payer des entreprises et l’augmentation du pouvoir d’achat des salariés », a-t-il affirmé dans un message transmis au Journal

Questionné par le député Gabriel Nadeau-Dubois, le premier ministre François Legault a rappelé que son gouvernement a augmenté le salaire minimum plusieurs fois. 

« Il faut le faire de façon prudente pour ne pas nuire à l'économie », a-t-il dit. 

Mélissa travaille au salaire minimum dans un Tim Hortons du quartier Rosemont, à Montréal. « Tout le monde est à la recherche de personnel, ce serait peut-être plus facile d’en trouver avec un salaire minimum à 18-20 $ de l’heure », croit-elle.

Photo Julien McEvoy

Mélissa travaille au salaire minimum dans un Tim Hortons du quartier Rosemont, à Montréal. « Tout le monde est à la recherche de personnel, ce serait peut-être plus facile d’en trouver avec un salaire minimum à 18-20 $ de l’heure », croit-elle.

Sur le terrain, Le Journal a rencontré Mélissa, la jeune vingtaine, qui travaille depuis deux ans dans un Tim Hortons. 

« Je suis en faveur. Surtout pour les étudiants, 18-20 $ ce serait bon, ça nous aiderait à payer nos cours », explique-t-elle. 

–Avec la collaboration de Julien McEvoy 


Le salaire minimum au Québec   

  • + de 200 000 personnes sont rémunérées au salaire minimum, soit environ 6 % de l’ensemble des salariés.        
  • 830 000 personnes gagnent moins de 15 $ de l’heure, soit 23 % de l’ensemble des salariés. Source : Centraide   

Un bond jusqu’à 20 $ de l’heure, une bonne idée ?  

Est-ce réellement une bonne idée de hausser considérablement le salaire minimum à 20 $ l’heure ? Pas vraiment, selon Luc Godbout, professeur de fiscalité à l’Université de Sherbrooke. 

« Il faut se demander qui gagne actuellement le salaire minimum ? Dans notre étude, on peut voir que 60 % ont 24 ans ou moins. Est-ce le signal qu’on veut envoyer à ceux qui sont sur les bancs d’école ? Que tu n’as pas besoin d’étudier pour gagner un bon revenu ? » se questionne M. Godbout, en entrevue avec Le Journal

Ce dernier croit aussi qu’une augmentation à 20 $ l’heure amènerait une pression sur les salaires. « Si tu gagnes deux dollars de plus que le salaire minimum actuellement, tu vas vouloir avoir 22 $ de l’heure », analyse-t-il. 

Moins urgent ici qu’ailleurs  

Selon lui, une des données les plus importantes est le revenu disponible, ce qui reste dans les poches après avoir touché son salaire et payé ses impôts. Et là-dessus, le Québec fait bonne figure, dit-il.  

« Même si le salaire minimum est moins important ici (13,50 $), comparativement à l’Ontario (14,25 $) et l’Alberta (15 $), on se classe très bien en raison des programmes gouvernementaux et des crédits d’impôt », affirme-t-il. 

Même chose pour la couverture des besoins de base alors que le Québec se classe premier au Canada. 

« Donc, je pense qu’on doit augmenter le salaire minimum, mais c’est moins criant que dans d’autres juridictions », estime-t-il. 

Selon lui, Québec a pris la bonne décision d’avoir mis en place une cible qui représente l’écart entre le salaire minimum et le salaire moyen. 

Dans l’étude de M. Godbout, on détaille ce ratio qui est de 50 % au Québec, un des plus élevés du monde. En comparaison, le salaire minimum représente seulement 27 % du salaire moyen aux États-Unis. 

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