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Inspection en bâtiment: les paresseux de l’industrie de la construction ont déjà gagné

L’inspecteur en bâtiment Mario Roy est en guerre contre Québec, qu’il accuse d’avoir laissé tomber la protection du public. Quand il fait lui-même une inspection, il utilise beaucoup d’outils technologiques et suit une liste de 250 points à vérifier.

Photo Martin Alarie

L’inspecteur en bâtiment Mario Roy est en guerre contre Québec, qu’il accuse d’avoir laissé tomber la protection du public. Quand il fait lui-même une inspection, il utilise beaucoup d’outils technologiques et suit une liste de 250 points à vérifier.

Le Québec n’est pas particulièrement reconnu pour la qualité des inspections qu’on y mène dans le secteur de l’immobilier. Une réforme est en cours, mais « les paresseux ont gagné et vont pouvoir continuer à se pogner le beigne ».

C’est le message de l’inspecteur en bâtiment Mario Roy, qui vient de mettre le gouvernement de François Legault en demeure. Québec voulait protéger le public, mais c’est exactement le contraire qui se passe, plaide l’homme de 70 ans qui déposera une poursuite si l’actuelle réforme reste intacte. 

« Le Québec vit une augmentation fulgurante d’inspections en bâtiment bâclées effectuées par des inspecteurs sous-qualifiés », écrit-il dans sa mise en demeure adressée au premier ministre et à Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation. Et « rien ne va changer » avec le projet de règlement qui fait son chemin à Québec. 

Cet inspecteur – et ex-entrepreneur général – a fondé il y a six ans la Corporation des inspecteurs vérificateurs en qualité de la propriété (CIVQP).

L’organisme fonctionne comme un ordre professionnel, avec un code de déontologie, une liste de vérification standardisée, un système de pointage sur 1000 pour l’ensemble des éléments d’une propriété et un logiciel qui compile les données.

La liste de vérification de la CIVPQ compte 250 points. « Les autres inspecteurs n’offrent que des inspections visuelles sommaires. Ils ne font pas d’inspection complète, comme l’exige la Loi sur le courtage immobilier », lance Mario Roy. 

C’est ce point, l’inspection visuelle, qui le pousse à alerter le public. 

Rien en vigueur pour le moment

Son parcours du combattant a débuté avec l’adoption de la loi 16, il y a plus de deux ans.

Cette loi confie à la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) la tâche de réglementer la profession d’inspecteur en bâtiment, qui, à ce jour, ne l’est pas du tout. « On part de zéro », reconnaît le porte-parole de la RBQ, Sylvain Lamothe, qui ajoute que l’objectif principal est « de protéger le public ». 

« Avec la nouvelle norme, les inspecteurs n’auront pas le droit de toucher à un interrupteur ou de déplacer un meuble, encore moins de monter sur une échelle », résume Mario Roy.

La RBQ a confié au Bureau de normalisation du Québec (BNQ) le mandat d’élaborer la norme qui régira les actions des inspecteurs. Le projet de règlement est attendu pour mars 2022. 

« Tout est déjà décidé d’avance », accuse M. Roy. 

Le directeur principal du BNQ n’est évidemment pas d’accord. « Il y a 17 experts autour de la table, avec chacun leurs préoccupations », dit Jean Rousseau en entrevue téléphonique. 

Au cabinet de la ministre Laforest, on ajoute que « les actions posées jusqu’à maintenant démontrent la volonté de notre gouvernement d’apporter des changements pour mieux protéger les futurs acheteurs d’une maison ». 

« Ça n’a jamais été bien fait, les inspections, au Québec. Et parti comme c’est là, ça va continuer de même », rétorque Mario Roy, catégorique.

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