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Des profs de français réclament une réforme pour simplifier l’accord des participes passés

Photo d'archives Agence QMI, Joël Lemay

Faut-il simplifier l’accord du participe passé, qui représente la bête noire de nombreux écoliers? L’Association québécoise des professeurs de français a tranché et demande au ministère de l’Éducation de revoir le contenu de ses programmes d’enseignement. 

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Selon cette réforme, qui a fait couler beaucoup d’encre en France et en Belgique, tous les participes passés employés avec l’auxiliaire «avoir» seraient invariables.  

Fini l’accord en genre et en nombre du participe passé employé avec «avoir» lorsque le complément direct est placé avant le verbe. Par exemple, on écrirait «les lettres qu’il avait écrit» plutôt que «les lettres qu’il avait écrites». 

Avec l’auxiliaire «être», le participe passé s’accorderait toujours avec le sujet du verbe, ce qui ferait disparaître de nombreuses exceptions. 

Ces modifications ont d’abord été proposées par le Conseil international de la langue française en 2014 et ont reçu l’aval de la Fédération internationale des professeurs de français, deux ans plus tard. 

 Écoutez l’entrevue d’ Antoine Dumaine, vice-président aux communications de l’Association québécoise des professeurs de français 

À l’échelle nationale, l’Association belge des professeurs de français y est favorable, et c’est maintenant au tour des enseignants québécois d’emboîter le pas. 

Antoine Dumaine, vice-président aux communications de l’Association québécoise des professeurs de français (AQPF), y voir une façon de faire évoluer la langue en fonction de son usage. 

De manière générale, on trouve principalement dans les textes des participes passés qui demeurent invariables lorsqu’ils sont employés avec «avoir», souligne-t-il. 

«On a peu de cas où il va y avoir un accord, et encore moins des cas d’exception. La réforme devient une façon de généraliser cette règle-là. Les erreurs des élèves se trouvent dans les règles de base, c’est ça qui demeure un enjeu.» 

M. Dumaine n’y voit aucun nivellement par le bas, dit-il: «l’idée, c’est de travailler sur les notions qui sont vraiment nécessaires». 

L’AQPF demande maintenant au ministère de l’Éducation d’intégrer cette réforme à ses programmes d’enseignement, comme ce fut le cas pour les rectifications orthographiques dans les années 90.  

Difficile à mettre en place   

L’auteure du Multidictionnaire de la langue française, Marie-Éva de Villers, voit quant à elle d’un bon œil cette réforme, du moins en théorie. Cette réputée linguiste juge toutefois que «le tollé général» que susciteraient ces changements n’en vaut pas la peine. 

Cette réforme entraînerait une «réelle simplification de la langue française», affirme Mme de Villers, bien plus significative que les rectifications orthographiques de quelque 2000 mots, qui avaient suscité la controverse lors de leur adoption il y a une trentaine d’années. 

«Je suis théoriquement favorable à cette réforme, mais en pratique, ça m’inquiète un peu. Je redoute la même réaction que pour les rectifications orthographiques», a-t-elle affirmé au Journal

La réforme de l’orthographe, qui permet depuis une trentaine d’années d’écrire «ognon» et «nénufar», a créé «beaucoup trop d’incertitude et de polémique», estime cette experte.  

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