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La triste réalité de la travailleuse pauvre

La classe moyenne disparaît à petit feu et chaque jour, nous sommes témoins de la réalité du travailleur pauvre, c’est-à-dire quelqu’un qui travaille à temps plein et qui n’arrive pas à se loger, à se nourrir et à vivre décemment.

Ce phénomène n’existe pas simplement dans des emplois précaires dans le domaine des services ou des petits boulots comme on se l’imagine, mais c’est la triste réalité pour bien des travailleuses du réseau de la santé et autres professions à prédominance féminine nécessitant des études postsecondaires, dont les salaires ne suivent pas l’augmentation du coût réel de la vie, et ce, depuis plusieurs années. 

Personnellement, je suis travailleur social de formation, mais avec la flambée locative, l’explosion du prix des maisons, la part grandissante de l’alimentation dans nos budgets et, en plus, le prix de l’essence à un niveau record, je ne pratique pas ce métier magnifique puisqu’il n’est pas valorisé à sa juste valeur et que, dans le monde mercantile qui est le nôtre, sa valeur utilitaire est proche de zéro. 

Valorisation 

Ce froid calcul mathématique quand on se rend compte que la vocation ne paie pas les factures à la fin du mois, c’est la triste réalité de bien des gens qui quittent le système de santé, puisqu’en plus d’avoir des conditions de travail exécrables, la paye n’en vaut pas la peine et, qu’au final, il est plus payant d’aller vendre des cellulaires ou autres produits de consommation que de prendre soin de son prochain en s’usant à petit feu sans même arriver. 

C’est cette logique marchande du marché du travail que nous devons revoir dans son intégralité, car une société, c’est bien plus que la simple loi de l’offre et de la demande qui semble prévaloir actuellement dans toutes les sphères de nos vies et, surtout, cela ne se résume pas toujours en termes de profitabilité. Une société, à mon avis, c’est humain, c’est vivant, c’est rassembleur et cela se soutient, mais pour cela, il faut valoriser justement chaque contribution personnelle à l’ensemble qui est plus grand que la somme de chaque individu. 

Dans un monde de consommation où le livreur d’Uber gagne plus que le préposé aux bénéficiaires, dans lequel le vendeur moyen gagne plus qu’une infirmière et où le salaire n’est déterminé qu’en fonction de cette rentabilité insensible, sans tenir compte de l’aspect humain du travail, n’est-il pas normal que le système public soit en train de piquer du nez solidement ?

Choix de société 

Tout est une question de priorité et de choix de société et présentement, nous pensons plus à la Bourse et à la profitabilité des multinationales, en ne nous souciant que d’économie plutôt que de repenser notre modèle social québécois en fonction du bien-être collectif découlant d’institutions efficaces et de travailleurs heureux et équilibrés. 

Les écoles vont mal, les CIUSSS ont mal, les garderies ont du mal, mais il y a également des gens qui vont bien, qui veulent bien faire et qui espèrent simplement que les organes gouvernementaux les traitent bien afin à leur tour de contribuer et faire le bien, un jour à la fois. Il ne revient qu’à nous en tant que communauté québécoise de nous redresser, de nous serrer les coudes et de nous rappeler pourquoi un tel système social a été érigé, par quelles valeurs il a été propulsé et quelles en sont les bases humaines qui ont servi à sa fondation. Sans cela, c’est l’ensemble des Québécois qui souffriront des problématiques en santé, en éducation et en services aux familles tant que nous choisirons la consommation au détriment de la santé globale de notre population.

Jonathan Brisebois-Lépine

Travailleur social

Prévost

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