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Rapport de la Protectrice : rien n’avait été fait pour préparer les CHSLD

Rien n’a été fait pour préparer les CHSLD à l’arrivée de la COVID-19 au Québec, révèle un rapport explosif qui met à mal la version de l’ex-ministre de la Santé, Danielle McCann, à l’enquête de la coroner Géhane Kamel sur les décès en CHSLD.

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Le très attendu rapport spécial de la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, sur les conséquences de la première vague de la COVID-19 dans ces établissements, souligne à quel point ils se trouvaient dans «l’angle mort» du gouvernement.

Obnubilés par la situation en Italie où les hôpitaux débordaient de patients infectés par le coronavirus, en février 2020, les autorités québécoises ont fait preuve «d’hospitalocentrisme» et se sont concentrées sur ces établissements de première ligne, y explique-t-on.

«L’urgence d’agir»

Ainsi, au moment d’élaborer la réponse à la pandémie, aucun scénario tenant compte des CHSLD n’a été réalisé. Si le ministère de la Santé soutient que «l’urgence d’agir explique cette situation», l’oubli relève plutôt d’une «planification clinique en vase clos», estime la protectrice.

«Il y avait une inquiétude pour les personnes âgées en CHSLD, mais les informations que nous avons obtenues dans le cadre de l'enquête démontrent qu'aucune action concrète et spécifique de préparation des CHSLD sur le terrain n'a été faite avant la mi-mars 2020», a-t-elle tranché ensuite en conférence de presse.

Ce n’est qu’à la deuxième semaine d’avril, avec la découverte de l’hécatombe au CHSLD Herron, à Dorval, que Québec a finalement présenté des mesures renforcées de protection dans les milieux de vie, souligne Marie Rinfret.

«C’est donc en pleine crise, constatant que plusieurs CHSLD avaient perdu le contrôle des éclosions début avril 2020, qu’il a fallu, précipitamment, remédier aux lacunes et redresser la situation», dit-elle.

Des doutes émergent

Le rapport a rebondi à l’Assemblée nationale où le gouvernement s’est retrouvé sur la défensive. «Je pense qu’on a tous été surpris, pas juste au Québec», s’est défendu le premier ministre, François Legault, aux côtés de son ministre de la Santé, Christian Dubé, qui a annoncé l’embauche de nouveaux inspecteurs pour les CHSLD.

Les faits rapportés par la Protectrice du citoyen contredisent toutefois les témoignages d’importants acteurs du réseau de la santé aux audiences de l’enquête publique sur les décès en CHSLD de la coroner Géhane Kamel la semaine dernière.

Danielle McCann avait alors affirmé qu’il avait été demandé le 22 janvier 2020 aux PDG des CISSS et CIUSSS de mettre à jour leurs plans de lutte contre une pandémie de leurs établissements, y compris pour leurs CHSLD.

Des discussions ont eu lieu dès janvier 2020 concernant la vulnérabilité au coronavirus des aînés en CHSLD, a indiqué pour sa part le directeur national de la santé publique, Dr Horacio Arruda.

27 recommandations

«Au-delà des CHSLD, ce sont leurs résidents et résidentes qui ont été mis de côté au moment de fortifier les remparts contre le virus. Quels que soient l'avenir et les possibilités d’un autre bouleversement mondial, cette situation ne doit plus jamais se reproduire», écrit Marie Rinfret dans une section consacrée aux suites à donner à cette crise.

La protectrice du citoyen formule 27 recommandations incluant, entre autres, de mettre en place une politique d’évaluation et de gestion des risques en CHSLD et d’instaurer des commémorations annuelles des victimes de la COVID-19 et des personnes qui ont travaillé auprès d’elles.

Les révélations contenues dans le rapport de la protectrice du citoyen soulèvent également des questions quant au rôle joué par la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, dans la préparation du réseau face à la COVID-19.

Rappelons qu’elle n’a pas témoigné aux audiences de la coroner puisqu’elle est en arrêt de travail. La protectrice du citoyen a refusé de dévoiler l’identité des personnes qu’elle a rencontrée pour son enquête, mais on précise toutefois qu’elle a pu s’entretenir avec tous les témoins qu’elle souhaitait.

Quelques constats de la Protectrice du citoyen :

• Aucune action concrète et spécifique de préparation des CHSLD sur le terrain n'a été faite avant la mi-mars 2020.

• Les risques concernant ces milieux n'ont pas été correctement évalués.

• Le personnel de nombreux CHSLD ne disposait pas, en temps opportun, des équipements de protection individuelle (ÉPI) nécessaires pour freiner efficacement la propagation.

• Au plus fort de la crise, les CHSLD ont été privés de l’aide compétente de personnes qui connaissaient leurs proches respectifs et le milieu de vie.

• L’absence d’un gestionnaire local dans certains CHSLD faisait en sorte que l’information provenant du haut de la pyramide décisionnelle, transmise à une cadence accélérée, perdait bien souvent de son impact, voire de son sens.

• Les travailleurs de CHSLD dont la santé et la sécurité ont été mises à mal en raison du manque de matériel de protection approprié et du manque de formation sur son utilisation, étaient aussi à risque de contaminer les personnes hébergées.

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