/news/faitesladifference

La croisade du ministère de la Santé contre les jeunes patients

chez le dentiste

Photo Adobe Stock

Si vous ne connaissez pas la sédation consciente, c’est que vous n’avez jamais eu à accompagner une personne souffrant d’un trouble d’anxiété grave chez son dentiste. Il s’agit le plus souvent de jeunes patients présentant des troubles anxieux ou étant atteints du trouble du spectre de l’autisme ou d’autres types de handicap.

Grâce à cette procédure, qu’on utilise largement à travers le monde, il est possible d’administrer les soins requis pour ces patients, qu’il s’agisse d’une simple obturation ou d’une opération plus complexe. L’alternative à la sédation consciente la plus probable: l’anesthésie générale. 

Malgré les immenses bienfaits de cette procédure pour les jeunes patients, le ministère de la Santé déploie depuis quatre ans des efforts juridiques intenses pour compliquer son accès à nos patients.

Vous êtes surpris? Nous aussi.

Frais accessoires

La croisade du ministère de la Santé a débuté en 2016, lorsque les cliniques médicales se sont vu interdire la facturation de «frais accessoires». Du même coup, parce que la sédation consciente n’est pas remboursée par le régime public de soins dentaires, les dentistes se sont vu interdire l’administration de ce traitement, à moins d’en assumer tous les frais pour tous les patients visés. Selon la logique du ministère de la Santé, les patients devaient plutôt être envoyés en milieu hospitalier pour recevoir leurs soins s’ils ne peuvent être traités en clinique.

Après avoir contesté cette décision, les dentistes ont eu temporairement gain de cause, après qu’un arbitrage a confirmé que la sédation consciente ne constitue pas des frais accessoires, ce qui est d’ailleurs universellement admis par la communauté médicale; la sédation est une expertise à part entière qui nécessite d’être reconnue et rémunérée. 

L’histoire devrait s’arrêter ici. Mais ce n’est pas le cas. La suite est une histoire déplorable, où le ministère de la Santé multipliera les démarches juridiques pour infirmer cette décision. 

C’est ainsi qu’à force d’acharnement, le ministère peut finalement crier victoire. Après des années de recours juridiques et après avoir essuyé un cuisant revers à la Cour du Québec, le ministère obtient finalement satisfaction devant la Cour d’appel grâce à un habile subterfuge. Selon le récent jugement, l’arbitre n’avait pas la compétence pour déterminer si la sédation consciente était ou non un frais accessoire. 

Plusieurs perdants

Voilà donc la démonstration que, si le ridicule ne tue pas, il empêche encore une fois les dentistes d’avoir recours à ce soin et envoie les enfants sur la liste d’attente à l’hôpital, alors qu’ils pourraient être soignés rapidement dans une clinique.

C’est ainsi que cette décision fait beaucoup de perdants dans la population. À commencer par tous les jeunes patients qui devront désormais se rendre en milieu hospitalier pour recevoir leurs soins, prolongeant ainsi leur douleur inutilement, dans bien des cas. S’ajoute ensuite le personnel des centres hospitaliers, qui en a déjà beaucoup sur les bras. Les dentistes, qui doivent quotidiennement faire face au désarroi des parents. Les contribuables, qui paient finalement la note beaucoup plus élevée de l’anesthésie générale.

Et tout ceci se déroule, rappelons-le, au moment même où notre gouvernement annonce son intention d’élargir l’accès aux soins dentaires dans l’ensemble du Québec. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est mal parti. 

Monsieur le ministre, vous avez le pouvoir de mettre fin à cette croisade insensée et de redonner aux jeunes patients le traitement auquel ils ont droit. Plusieurs parents ont déjà retardé leur prochain rendez-vous dans l’espoir d’une décision sage de votre part. Une décision qui pourrait d’ailleurs réellement améliorer l’accès aux soins dentaires des jeunes à coût nul pour l’État. Pouvons-nous compter sur vous?


Photo courtoisie

Dr Carl Tremblay, président de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec
Dr Étienne Caron, président de l’Association des dentistes pédiatriques du Québec

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.