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L’IVAC indemnisera une victime de tentative de meurtre

Réjean Carrier et son chien, Thor, un bouvier des Flandres qui lui a peut-être sauvé la vie.

Photo Stevens Leblanc

Réjean Carrier et son chien, Thor, un bouvier des Flandres qui lui a peut-être sauvé la vie.

Un homme hébergeant un adolescent qui a tenté de l’assassiner a obtenu gain de cause devant le tribunal administratif du Québec (TAQ) face à l’IVAC qui refusait de l’indemniser.

C’est un terrible drame qu’a vécu Réjean Carrier le 13 septembre 2018, et qui le hante encore. Âgé de 68 ans à l’époque, il hébergeait alors trois garçons de 16, 17 et 18 ans. Monoparental, il était responsable d’une famille d’accueil depuis 1999.

Le jeune de 16 ans, lui, n’était intégré dans la famille que depuis deux semaines lorsqu’il a mis le feu à la maison de M. Carrier, à Lévis, ce fameux soir du 13 septembre.

Personne n’a été blessé, mais la maison a été une perte totale. Arrêté le soir même, l’ado a avoué aux policiers qu’il voulait tuer M. Carrier.

«Il avait un handicap mental et se focalisait beaucoup sur les jeux vidéo violents. Son explication était qu’il voulait expérimenter un meurtre», révèle M. Carrier.

«Il a voulu m’assassiner pendant que je dormais. Mais comme mon chien couchait à la porte de ma chambre, il a fait ses bagages et il a mis le feu. Est-ce que tu as un moyen de défense quand tu dors ? J’ai un peu de misère à dormir. Je fais parfois des terreurs nocturnes, ce n’est pas évident», admet l’homme. 

Le jugement du TAQ révèle qu’un trouble d’adaptation avec humeur anxieuse et un stress post-traumatique ont été diagnostiqués chez la victime.

«J’ai abandonné mon rôle de famille d’accueil. Je ne suis plus capable de voir quelqu’un que je ne connais pas dans la maison», avance M. Carrier.

Demande de compensation refusée 

À part les programmes de pensions des gouvernements, Réjean Carrier ne percevait que des revenus en tant que famille d’accueil, soit environ 25 000 $ par année.

Une demande de compensation au fonds d’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) a été refusée, tout comme la révision administrative.

«Les familles d’accueil n’ont jamais été reconnues comme étant un emploi par l’IVAC», regrette M. Carrier.

Réjean Carrier s’est donc adressé au tribunal administratif du travail où la représentante du Procureur général du Québec n’a pas défendu la position de l’IVAC, admettant ainsi que M. Carrier, après sa démonstration, était en situation d’emploi.

Le TAQ a ensuite statué que l’incapacité de M. Carrier devait être évaluée selon sa capacité médicale à exercer un emploi, plutôt que celle à remplir ses activités quotidiennes, comme prétendait l’IVAC.

Une jurisprudence 

«C’est une jurisprudence, lance Marc Bellemare, l’avocat de M. Carrier. L’IVAC ne reconnaissait pas que c’était un travail, comme si c’était pour s’amuser.»

M. Carrier a finalement eu droit à une indemnité pour incapacité partielle du 28 janvier au 14 juin 2019 et pour une incapacité totale du 15 juin 2019 au 27 mars 2020.

«Le soulagement, je l’ai eu pour moi et pour toutes les familles d’accueil. C’est désolant de ne pas être reconnu pour le travail qu’on fait. Une famille d’accueil, c’est un engagement assez complet», confie-t-il.

«Sans l’aide financière de ma famille pour les frais et pour l’absence de revenus, je n’aurais pu aller jusqu’au bout», dit-il.

Pour ce qui est d’une compensation après mars 2020, pour les séquelles qu’il ressent toujours, M. Carrier espère qu’il n’aura plus à se battre. «C’est toujours une insécurité», conclut-il.

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