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La loi 21 enseignée comme un exemple d’islamophobie en Ontario

Le gouvernement Legault est indigné que la loi 21 soit présentée comme un «exemple évident d’islamophobie» dans une capsule payée par le ministère de l’Éducation de l’Ontario et dédiée aux écoles de cette province.

«[Depuis le 11 septembre 2001], les musulmans ont fait l’objet d’un contrôle et d’une marginalisation accrus en raison de lois trop islamophobes. L’un des exemples actuels les plus évidents est la loi sur la laïcité au Québec.»

C’est ce qu’on peut entendre dans une vidéo produite par l’Association musulmane du Canada pour le ministère de l’Éducation de l’Ontario. Ce dernier a investi 225 000$ pour que des capsules comme celles-ci servent à lutter contre l’islamophobie dans les écoles de la province canadienne.

Selon la narratrice de la vidéo, l’interdiction des signes religieux pour certains employés de l’État, dont les enseignants, prévue dans la loi, impose «un «choix troublant» aux femmes musulmanes.»

« Ça porte atteinte à la dignité et cela va à l’encontre la Déclaration universelle des droits de l’homme », peut-on entendre. 

Écoutez l'éditorial de Richard Martineau sur QUB radio:  

«Insulte envers la nation»  

Appelé à réagir, le cabinet de Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice et ministre responsable de la Laïcité, a qualifié de «tout à fait inacceptable» cette référence à la loi 21.

«C’est une insulte envers la nation québécoise et sa démocratie, mais également envers tous les autres États de droit dans le monde qui ont fait le choix de la laïcité. L’Ontario doit se raviser.»

«Le Québec s’est doté d’un mode d’organisation des rapports entre l’État et les religions qui reflète son parcours historique et ses valeurs sociales distinctes», a ajouté le cabinet, en soutenant que cela se basait sur des principes comme l’égalité entre les citoyens et la liberté de conscience.

Écoutez la rencontre Martineau-Dutrizac avec Richard Martineau et Benoit Dutrizac sur QUB Radio: 

L’Ontario se défend  

De son côté, le ministère de l’éducation de l’Ontario a précisé au Journal que ces capsules vidéos ne font pas partie de la matière obligatoire à enseigner dans ses écoles.

«Les ressources sont vouées à soutenir les enseignants avec des ressources dans les classes», a écrit sa porte-parole Monica Ahmed, en précisant que celles-ci visent tant les élèves que les parents et les enseignants.

Le ministère s’est également défendu de cautionner le contenu des capsules, même s’il les a financées.

«Si le ministère valorise son travail avec les organisations communautaires, les points de vue exprimés dans toute publication liée à un projet ne reflètent pas nécessairement ceux de la province et du gouvernement de l’Ontario», a écrit Mme Ahmed.

Le gouvernement Ontarien a annoncé cette initiative en juin dernier, moins d’un mois après l’attaque terroriste islamophobe de London, où un homme a tué quatre membres d’une même famille musulmane au volant d’une camionnette. Le gouvernement Legault avait alors dénoncé les amalgames «ignobles» des journalistes et des chroniqueurs du Canada-anglais qui faisaient des liens entre cette attaque et la loi 21.

Écoutez l’entrevue de Sophie Durocher avec Nadia El-Mabrouk, membre du conseil d’administration du Rassemblement pour la laïcité sur QUB radio : 

Campagne d’information réclamée  

Le Rassemblement pour la laïcité (RPL) fait valoir pour sa part que le point de vue dans la vidéo témoigne d’une ignorance du Québec.

«Ils sont en train de dire que la majorité des Québécois sont haineux, sont islamophobes, mentionne Nadia El-Mabrouk, membre du conseil d’administration. Il serait temps que le gouvernement du Québec fasse une campagne d’information rigoureuse sur la laïcité parce que le Québec est en train de se faire diaboliser.»


Adoptée en 2019, la Loi sur la laïcité de l’État est actuellement contestée devant les tribunaux.