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Le rapport explosif sur les CHSLD suscite des réactions mitigées

Le rapport accablant sur la première vague de COVID-19 dans les CHSLD du Québec a suscité de nombreuses réactions et ravivé des plaies chez les familles éprouvées par le décès d'un proche des suites du virus.

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FÂCHÉE ET ÉPUISÉE  

Pour Moira Davis, dont le père Stanley E. Pinnell est l’une des victimes du CHSLD privé Herron, les recommandations de la Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, sont intéressantes, mais encore faut-il que le gouvernement les mette en œuvre. 

« Tant que le gouvernement n’accepte pas sa part de responsabilité sur ce qui s’est passé, rien ne sera fait », se désole-t-elle. 

Stanley E. Pinnell

Photo courtoisie Moira Davis

Stanley E. Pinnell

« Je suis fâchée et épuisée de voir [les ministres, les PDG et les autres responsables] n’assumer aucun blâme et toujours rejeter la faute sur d’autres », poursuit Mme Davis.  

Elle ne s’étonne pas que ce rapport de la Protectrice du citoyen vienne contredire la version du gouvernement sur sa gestion de la pandémie.

Malgré toutes les enquêtes et les audiences publiques, trop de questions restent sans réponse, ajoute-t-elle, estimant que toute la vérité n’a pas été dite.     

  • Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Marie Rinfret, protectrice du citoyen, sur QUB radio:    

PAS ÉTONNÉE  

Beverly Spanier

Photo courtoisie

Beverly Spanier

Âgée de 77 ans et vivant au CHSLD Maimonides de Montréal, Beverly Spanier ne s’étonne pas des constats de Mme Rinfret. Elle a vécu la première vague de la COVID-19 dans un CHSLD et dit avoir vu le manque de préparation et d’équipements de protection pour les employés.

« Il manque encore de personnel et de soins médicaux ici », lance Mme Spanier, estimant que peu a changé un an et demi plus tard. 

TROP TRISTE POUR LE LIRE  

Tamara Boivin-Nantel

Photo Chantal Poirier

Tamara Boivin-Nantel

 Tamara Boivin-Nantel est encore trop fâchée et triste pour lire le rapport de la Protectrice du citoyen.

La jeune femme a perdu son père dans un CHSLD montréalais au printemps 2020, lorsqu’il a contracté la COVID-19 et qu’il n’a jamais été transféré à l’hôpital, malgré ses demandes répétées. 

« Ça aurait peut-être pu le sauver », souffle-t-elle. Son père de 63 ans, Mario Boivin, terminait ses traitements de chimiothérapie contre un cancer et venait d’être transféré à un CHSLD juste avant la pandémie. 

Il était faible, mais « fait fort », selon sa fille, qui aurait simplement souhaité qu’on donne à son père la chance d’essayer de vaincre le virus. 

« RIEN N’A ÉTÉ FAIT »   

Paul G. Brunet

Photo Cédérick Caron

Paul G. Brunet

« Je ne m’attendais pas à autant, mais ça confirme mes prétentions », a réagi, hier, le président du Conseil pour la protection des malades (CPM), Me Paul Brunet.

L’avocat a récemment révélé avoir déposé une plainte à la Sûreté du Québec (SQ), soutenant que les aînés décédés dans les CHSLD au cours de la première vague ont été victimes de « négligence criminelle ». 

« Je l’ai dit sous serment : il n’y a rien de valable qui a été fait pour les personnes âgées avant fin avril et début mai 2020. »

Selon Me Brunet, on ne s’est pas occupé de ce que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) disait à ce moment.

« On n’a pas dépisté les personnes âgées. L’hécatombe a suivi. »

DES FAMILLES PLUS TEMPÉRÉES  

D’autres familles sont beaucoup moins choquées.

À Cap-Saint-Ignace, près de Montmagny, Marc Langlois affirme qu’aucun membre du personnel n’a quitté le CHSLD, même dans le pire de la crise.

Affaiblie par l’Alzheimer, sa sœur est décédée en novembre 2020.

« Il ne faut pas comparer notre CHSLD à Herron. Dans une localité comme la nôtre, je n’ai jamais été craintif aux soins que ma sœur a pu recevoir, même en début de pandémie », affirme M. Langlois.

« Je pense que personne n’aurait pu faire mieux », ajoute François Gaudreau, conjoint de la défunte.

À Québec, une autre famille n’est pas prête à blâmer le gouvernement.

André Falardeau, 98 ans, a survécu à la COVID-19, mais il est décédé peu de temps après au CHSLD Paul-Triquet, un établissement où de nombreux patients sont décédés.

André Falardeau

Photo courtoisie

André Falardeau

« C’est une crise un peu inattendue. Le gouvernement a été pris au dépourvu. C’est difficile d’accuser l’un et l’autre. Normalement, il y a des précédents et cette fois, il n’y en avait pas », termine son fils Raymond.

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