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Le sens de l’humour de François Bonnardel

Il faut probablement un sens de l’humour développé pour défendre un projet comme le tunnel Québec-Lévis.

Ça semble être le cas de François Bonnardel, ministre des Transports. 

Coïncidence   

Habituellement peu loquace au sujet du projet pharaonesque, il s’est fendu, mardi, d’une longue lettre. Elle répondait (sans le dire explicitement) à Régis Labeaume, qui s’était lui-même, dans son ultime geste de maire, ouvert sur ses doutes et critiques à l’égard du 3e lien. 

La missive de M. Bonnardel parut le jour où — pure coïncidence ! — la Protectrice du citoyen déposait un rapport accablant sur l’hécatombe dans les CHSLD, lors de la première vague. Tentative classique d’écraser une mauvaise nouvelle en lui opposant un geste de communication fort. 

Au fait, c’est dans sa lettre pro-3e lien que le ministre parla de carboneutralité. 

Blague ?   

Les oppositions se sont gaussées, avec raison. Dominique Anglade pensa que «c’était une blague». 

Le chef péquiste PSPP, lui, y vit une technique à la Justin: «Poser un geste irresponsable sur le plan environnemental», puis promettre de «planter 3 milliards d’arbres»... en ne le faisant jamais. 

Dans l’entourage du ministre, on proteste: la compensation carbone évoquée concernait uniquement la phase de «construction du tunnel». M. Bonnardel n’a jamais dit que l’ensemble de l’opération le serait. 

Mais déjà, insistait-il hier, la construction de l’échangeur Turcot fut carboneutre. 

Trois conditions   

Dans les documents du ministère (datant d’avant la construction du nouvel échangeur), on précisait que l’objectif serait atteint de trois manières: 

1) Par un effort de réduction des émissions à la source. Les «installations de chantier» et «l’équipement mobile» auraient dû utiliser une «énergie renouvelable» ou un «carburant autre que les hydrocarbures communs». 

2) On prévoyait réutiliser les sols et le béton du vieil échangeur pour édifier le nouveau. 

3) Enfin, on promettait de planter quantité d’arbres «à même la réalisation du projet». 

Il était difficile de savoir hier, au moment d’écrire ces lignes, dans quelle proportion cette promesse de «carboneutralité» s’est réalisée. 

Chose certaine, il serait difficile de reprendre intégralement, lors de la construction du 3e lien, ce plan Turcot. 

1) Les tunneliers pourraient difficilement fonctionner à l’énergie solaire... 

2) Le 3e lien étant un ouvrage neuf, il n’y aurait pas grand matériaux à recycler. (Ce qui serait vraiment carboneutre ? Arrêter d’affirmer, comme le ministre, que les deux ponts sont «vieux». Bien entretenus et reconstruits périodiquement en partie, ils peuvent être «éternels», disent les ingénieurs ! L’ancien Pont Champlain à Montréal n’est pas une référence, puisqu’il comportait un vice de conception majeur.) 

3) Les arbres compensateurs ne pourraient certainement pas être plantés dans le tunnel ! Mais il en faudrait cependant beaucoup pour compenser ce projet d’au moins 8 km. (Avec la forêt ainsi créée, pourrait-on au moins sauver nos caribous ?) 

Pas de voie réversible   

M. Bonnardel ne manque décidément pas d’humour. Autre exemple: il a définitivement rejeté hier l’idée d’installer, sur le pont Pierre-Laporte, une voie réversible, afin d’augmenter la capacité routière aux heures de pointe. 

Son argument: les têtes des ponts ne sont pas conçues pour ça. Il faudrait donc les revoir entièrement, ce qui, tenez-vous bien, nécessiterait des «investissements qui seraient extrêmement importants». 

C’est le thuriféraire du 3e lien à 10 milliards $ qui le dit !

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