/news/coronavirus

Face à la hausse des cas, le passeport sanitaire fait son chemin en Espagne

Pensant être à l’abri d’une nouvelle vague de COVID-19 grâce à un fort taux de vaccination, l’Espagne avait délaissé jusqu’ici le passeport sanitaire. Mais la hausse des cas pousse de plus en plus de régions à le mettre en œuvre.

Dans ce pays très décentralisé, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez a toujours écarté l’idée d’un passeport sanitaire national, comme en France ou en Italie, et laissé le dossier aux mains des communautés autonomes, compétentes en matière de santé.

• À lire aussi: EN DIRECT | Les derniers développements sur le coronavirus

Si l’exigence d’une telle preuve de vaccination ou de test négatif avait été jusqu’ici limitée notamment aux discothèques des Baléares, de Catalogne ou de Galice, sa mise en place s’est accélérée cette semaine.

L’Aragon l’exige ainsi depuis jeudi dans les établissements nocturnes ou pour les rassemblements importants comme les banquets tandis que la Navarre a reçu le feu vert de la justice pour le mettre en œuvre à partir de samedi. 

La Catalogne l’avait elle étendu depuis vendredi aux bars et restaurants ainsi qu’aux salles de sports et aux maisons de retraite, mais a dû suspendre « temporairement » son application en raison de problèmes informatiques pour télécharger le passeport. 

Plusieurs autres régions l’envisagent comme la Castille-et-Léon ou sont, comme la région de Valence ou l’Andalousie, dans l’attente de l’autorisation de la justice en raison de la restriction des libertés fondamentales que suppose l’exigence d’un passeport.

Un obstacle que le Pays basque n’est pas parvenu à franchir lundi, le tribunal de cette région du nord de l’Espagne ayant estimé qu’une telle mesure imposée « sans discrimination n’était pas justifiée », vu « le taux très élevé de vaccination ». 

Alors que l’incidence de la COVID-19 dans cette région est l’une des plus élevées du pays, les autorités locales ont déposé un recours devant le Tribunal suprême, la plus haute instance judiciaire du pays, qui en septembre avait validé, non sans réserves, la demande d’une autre région, la Galice.

Selon Lorenzo Cotino, professeur de droit constitutionnel à l’Université de Valence, ces aléas judiciaires qui « enveniment la situation » et compliquent la gestion de la crise sanitaire sont dus au fait que l’Espagne n’a pas adopté de législation dédiée depuis le début de la pandémie, « contrairement à presque tous les pays de l’Union européenne ».

Même si le tribunal suprême a déjà admis, dans le cas de la Galice, que « le passeport sanitaire peut être mis en œuvre malgré notre mauvaise législation », cet ex-magistrat craint que les doutes relatifs à son impact sur les libertés fondamentales ne l’emportent s’il devait être imposé, par exemple, pour aller travailler comme en Italie.

Éviter des restrictions plus sévères

Pour Magda Campins, responsable du comité scientifique conseillant le gouvernement régional catalan, le passeport sanitaire a pour but « d’éviter des mesures plus restrictives chamboulant beaucoup plus notre vie quotidienne et l’activité des établissements à qui elles sont imposées » comme un confinement.

Épargnée jusqu’à début novembre par la nouvelle vague de Covid-19 qui touche l’Europe, l’Espagne, où le taux de vaccination atteint près de 90 % des plus de 12 ans, a subitement vu le nombre de cas augmenter ces derniers jours. 

Une reprise de l’épidémie qui ne s’est pas encore fait sentir dans les hôpitaux où seuls 6 % des lits de soins intensifs sont occupés par des patients COVID.

Alors que les restrictions sanitaires ont provoqué des manifestations en France ou en Italie, voire des émeutes aux Pays-Bas, rien de tel en Espagne même si le passeport sanitaire ne fait pas l’unanimité.

« Que les choses soient claires pour les caciques régionaux : nous refusons que le passeport sanitaire constitue un motif de discrimination entre Espagnols et nous déposerons des recours devant les tribunaux quand il le faudra », a prévenu le parti d’extrême droite Vox, troisième force politique du pays.

Si les restaurateurs préfèrent le passeport à une fermeture pure et simple, ils s’inquiètent « des difficultés d’implantation » en raison du personnel nécessaire pour les contrôles et de l’impact sur les clients, selon l’organisation patronale CEHE.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.