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Au lieu de railler Québec solidaire...

Amir Khadir

Photo Courtoisie

Je suis habitué de voir, depuis plus de 15 ans, les élites politiques caricaturer les instances de Québec solidaire. La dernière en date : une chronique de Jean-François Lisée dans Le Devoir du 24 novembre intitulé par pure raillerie Le capitalisme triomphe chez QS.

Dans le passé, on a même ri de nous parce que nous avions des bacs à compost dans nos congrès ! Douce ironie, quand on sait qu’aujourd’hui on distribue ces bacs à tous les ménages de la plupart des villes du Québec. Des petites idées novatrices aux grandes ambitions de souveraineté populaire et d’émancipation économique proposées par QS, ces idées, à leurs débuts, ont souvent été d’abord ridiculisées.

On avait ri de moi quand j’ai proposé pour la première fois un projet de loi pour interdire l’exploitation pétrolière et gazière. Aujourd’hui, la CAQ s’apprête à mettre en place une grande partie de ce projet de loi. On nous avait aussi raillés, lorsque nous demandions que la Caisse de dépôt sorte ses billes des énergies fossiles. « Il ne faut surtout pas que la politique se mêle de la Caisse », s’offusquait-on sur les banquettes de l’Assemblée nationale. Récemment, les libéraux ont fait une annonce semblable.

Je ne vous parle même pas du catéchisme dogmatique de « l’équilibre budgétaire » que nous étions les seuls à dénoncer. Aujourd’hui, même les plus grands apôtres de l’austérité n’osent plus s’en vanter.

Le problème n’est pas que les partis politiques traditionnels copient Québec solidaire. Ces partis ont des idées assez conventionnelles sur la politique et le monde. L’agilité à innover et à bouger n’est pas leur force. Mais il y a aussi leur porosité à l’influence du lobby des affairistes. La situation actuelle profite largement à ces détenteurs du pouvoir économique qui n’ont aucun intérêt à ce qu’on change l’économie et nos façons de faire.

Changements climatiques

Or, avec la crise climatique, on ne peut plus se permettre d’attendre. Et Québec solidaire, de manière responsable et politiquement agile, en prend acte en ayant adopté un objectif de réduction des gaz à effet de serre entre 55 % et 65 %, lors de son congrès de la fin de semaine dernière.

Tout de suite, tout le gratin politique traditionnel s’est empressé de crier à l’irréalisme. Benoit Charette, le ministre de l’Environnement, s’est aussi mis de la partie.

Je pose la question au ministre : n’est-ce pas triste de constater qu’au Québec, notre ministre de l’Environnement a passé plus de temps à défendre le troisième lien et le gazoduc GNL Québec qu’à lutter contre les changements climatiques ?

Lorsqu’on se compare, on constate que plusieurs pays ont des cibles encore plus élevées que celles privilégiées par les solidaires. Voyez ces « extrémistes » : Royaume-Uni du conservateur Boris Johnson ? 68 % ! Écosse ? 75 %. Union européenne ? 55 %. Danemark ? 70 %. Mentionnons aussi Montréal qui vise 55 %.

Diversion

Ce gouvernement fait bien certaines choses, et je ne me gêne pas de le souligner parfois.

Mais ces derniers temps, au lieu de faire preuve du courage et de l’ambition requis pour se fixer des cibles climatiques cohérentes et sérieuses, telles que celles proposées par QS pour freiner les changements climatiques, notre gouvernement atteint des sommets dans l’art de la diversion.

La manœuvre consistant à engager une conversation sur le retour des Nordiques a été bien sûr maladroite et rapidement balayée par tous ceux que la chose a déjà intéressés. Mais c’est encore une perte de temps et d’énergie pour le Québec.

Heureusement, pendant ce temps, Québec solidaire, comme d’autres acteurs sociaux, a le sérieux et le courage nécessaires pour proposer une plateforme électorale à la fois ambitieuse en matière de cibles climatiques, mais aussi courte et très ciblée.

Au lieu de railler QS, j’espère que le gouvernement et les autres partis vont accepter l’invitation qui leur est faite de toutes parts pour qu’en matière de climat, ils fassent preuve de courage et qu’ils mettent de l’avant, comme QS, les cibles établies par la science.

Amir Khadir, MD
Microbiologie médicale-infectiologie
Député de Mercier pour Québec solidaire à l’Assemblée nationale de 2008 à 2018

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