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Manque de personnel: «Ça met les gens en danger», s’inquiète une infirmière

«Ça met les gens en danger»: infirmière depuis 18 ans, Mélanie Rondeau est inquiète et remarque les effets néfastes du manque criant de personnel dans le réseau de la santé.

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«Ce n’est pas juste parce que j’ai plus d’ouvrage, je ne dis pas “pauvre moi”. C’est la répercussion que ça a sur mes patients qui m’inquiète. Ça les met à risque et parfois même en danger s’il n’y a pas assez de personnel», plaide-t-elle.

Infirmière de nuit au Centre hospitalier de Lanaudière, à Saint-Charles-Borromée à côté de Joliette, Mme Rondeau est l’une des rares employées du réseau à accepter de s’exprimer publiquement sur les problèmes qui grugent le système de santé, partout au Québec.

Par exemple, malgré la prime de 15 000 $ annoncée par le gouvernement Legault pour inciter les infirmières à travailler à temps plein, c’est hors de question, pour elle, de le faire.

«Juste d’y penser, j’étouffe», confie-t‐elle. Le temps partiel, c’est la seule façon de garder «le contrôle de sa vie».

«Ce qu’on recherche avec un poste à temps plein, ce sont des congés fériés, mais ils ne peuvent même pas les accorder», souligne Mme Rondeau.

Son poste est officiellement de deux nuits par semaine, mais elle ne travaille jamais moins de quatre nuits, explique-t-elle. Malgré cela, elle n’échappe pas au temps supplémentaire obligatoire (TSO).

TSO même en congé   

La semaine dernière, elle a accepté de faire un quart de jour, alors qu’elle s’était mise en indisponibilité. Puis, après ces huit heures de travail pour dépanner, on l’a obligée à rester encore huit heures en TSO.

La nuit, à l’urgence, les horaires ne sont jamais complets, remarque-t-elle. Et si elle est seule au triage, par exemple, inévitablement, les patients attendront plus longtemps pour être évalués. 

Pour leur santé, les infirmières doivent devenir stratégiques, dit-elle. Par exemple, elles accepteront de rentrer jusqu’à huit heures avant leur quart de nuit, ayant ainsi travaillé 16 heures une fois le matin arrivé. Elles évitent le TSO et elles peuvent rentrer chez elle.

Prévoir qui sera malade   

Mais elle ne s’étonne malheureusement pas des milliers d’infirmières en congé de maladie. 

«On peut presque prévoir qui va tomber en congé maladie bientôt. On voit les gens dépérir, et ça fait mal de voir ses collègues comme ça», souffle-t-elle.                                             

L’infirmière de 39 ans estime qu’un incitatif attrayant pour la profession serait par exemple l’accès à un CPE sur place, aux heures flexibles, pour les professionnelles avec des enfants.

La situation actuelle est aussi « effrayante » pour les nouveaux venus. Selon la vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) Lanaudière, Marie-Chantal Bédard, les nouvelles infirmières s’épuisent rapidement, car les horaires sont trop lourds et l’encadrement manque.

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