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François Legault deviendra-t-il un homme d'État?

Le premier ministre du Québec, François Legault

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Le premier ministre du Québec, François Legault

Les observateurs les plus assidus de la vie politique s’entendent généralement sur l’importance de distinguer l’homme politique de l’homme d’État.

L’homme politique, c’est cet individu hautement courageux qui propose un programme pragmatique avant de s’engager à réaliser le mandat très précis que lui soumet le peuple. Dans les années qui suivent, il tente de remplir ses promesses et un jour, dans la gloire ou dans l’indifférence, il se retire.

L’homme d’État, lui, appartient à une tout autre espèce.

D’abord, la mythologie politique en dénombre très peu puisque c’est un homme que des générations entières ne sont pas parvenues à produire. À chaque fois qu’il se présente devant son peuple sans s’annoncer, on se rappelle que cet homme providentiel devait arriver un jour, mais on ne l’attendait plus.

Au-delà de la mythologie, ce qui démarque principalement l’homme d’État de l’homme politique, c’est sa posture face à l’histoire. Ce qui préoccupe l’homme d’État et ce qui transformera de façon précoce son visage en un paysage de rides, ce n’est pas de se libérer de ses promesses comme on se libère d’une liste d’épicerie, c’est seulement – puisque c’est déjà beaucoup – la lourde tâche qui consiste à réconcilier le peuple et son destin.

Le mois de novembre, cette année, nous donne toutes les raisons de méditer sur la notion d’homme d’État.

Deux dates importantes

Il y a quelques jours, nous soulignions simultanément le 45e anniversaire de la première élection du PQ et le 10e anniversaire de la fondation de la CAQ. En premier lieu, c’était l’occasion de rappeler jusqu’à quel point l’issue de cette soirée du 15 novembre 1976 avait été une surprise, un événement inattendu.

En revanche, le deuxième événement en importance n’a pas su inspirer un très grand nombre de romantiques. Bien que François Legault et René Lévesque ont tous les deux quitté leur formation politique avant d’en fonder une autre, qu’ils ont eu besoin de trois élections pour obtenir la confiance des Québécois et qu’ils bénéficient tous les deux aujourd’hui d’un capital impressionnant de sympathie, l’actuel premier ministre du Québec incarne-t-il pour autant, comme René Lévesque, la figure de l’homme d’État?

Demandons-nous : qu’est-ce que cet homme, qui compte sur un pouvoir d’action exceptionnel à l’échelle de l’histoire, est en voie d’accomplir exactement?

Certains dirons que dans un an, l’homme politique qu’il est livrera une feuille de route exceptionnelle à la population. Un très grand nombre de promesses de la CAQ auront été

réalisées et la crise sanitaire pourra justifier les quelques lacunes de son bilan. Dans le style qu’on lui connaît, François Legault mâchera quelques formules populaires, rappellera qu’avec la CAQ, «on avance», qu’on «continue par en avant». Puis, il décrochera sans doute la plus importante majorité de sièges depuis le milieu des années 1980. L’exploit se dessine déjà.

Mais à quoi bon au juste?

Que fera-t-il?

Il est vrai que ce scénario dynastique saurait satisfaire le plus ambitieux des hommes politiques, mais l’homme d’État, lui, se contenterait-il d’un autre mandat consacré essentiellement à la comptabilité des affaires publiques, celle-ci très mal dissimulée derrière un marketing du rugissement sans conséquences devant Ottawa? Face aux enjeux démographiques, à l’anglicisation du Grand Montréal et des institutions d’études supérieures, un homme d’État se contenterait-il d’un nationalisme strictement défensif et d’une gestion actuarielle des dossiers identitaires?

Puisqu’il en va de l’avenir du Québec français, il y a fort à parier qu’un homme d’État saurait s’élever au-dessus de la mêlée et s’inspirer davantage d’un René Lévesque que d’un Maurice Duplessis ou d’un Daniel Johnson, déchu sur une plage d’Hawaï.

Lorsqu’il saisira que le temps est compté, François Legault, l’homme politique, deviendra-t-il un homme d’État?

Rémi Villemure

Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

Rémi Villemure

Auteur et étudiant à la maîtrise en histoire Montréal

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