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Il s'appelle Pacifique

Pacifique Niyokwizera a été arrêté de manière brutale par des «agents de la paix» à la sortie d'un bar sur Grande-Allée, à Québec, en fin de semaine.

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La Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec (FPPVQ) prétend qu'on ne connaît de cette histoire que des bouts de vidéos et des témoignages d'une partie impliquée.

N'empêche, les images diffusées en boucle depuis dimanche montrent des gestes d'une violence indéfendable.

Peu importe ce qui s'est passé dans les minutes précédentes.

Qu'est-ce qui peut justifier qu'on se mette à plusieurs pour écraser au sol un jeune homme de 18 ans? Qu'on lui jette de la neige au visage après lui avoir posé un genou sur la tête?

Sans compter qu'après les événements, le jeune Niyokwizera n'a reçu des policiers ni sommation à comparaître pour acte illégal ni contravention.

BEI

Une enquête «interne» a été déclenchée. Mais un tel exercice pourra-t-il vraiment permettre de faire la lumière sur l'événement? Quand la police enquête sur la police, on le répète depuis des années, c'est problématique.

D'où la création récente du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), qui a le devoir de s'activer dès qu'une «personne, autre qu’un policier en devoir, décède, subit une blessure grave ou est blessée par une arme à feu utilisée par un policier, lors d’une intervention policière ou lors de sa détention par un corps de police».

De plus, la ministre de la Sécurité publique peut «dans des cas exceptionnels», demander au BEI d'enquêter «sur tout événement impliquant un agent de la paix».

La cheffe libérale Dominique Anglade l'a réclamé dimanche pour le cas Niyokwizera et on comprend pourquoi. La ministre Geneviève Guilbault a qualifié les images de l'incident de «très difficiles à regarder», mais elle préfère attendre le résultat de l'enquête du SPVQ pour conclure.

Au reste, tout indique qu'il y aura plainte en déontologie de la part de la famille Niyokwizera.

«Racisé»

L'acte était-il raciste? Impossible de nier que des éléments du témoignage du jeune homme le laissent croire.

Notamment la présomption alléguée des policiers selon laquelle Niyokwizera appartenait à un gang de rue de la Métropole: «Écoute, ces affaires-là, va faire ça à Montréal. Retourne à Montréal», lui aurait-on dit. Les enquêtes scruteront sans doute ce témoignage.

Comme plusieurs d'entre vous, je déteste qu'on souligne la prétendue «race» d'une personne. Biologiquement, les races n'existent pas. Certains militants défenseurs des minorités racialisent parfois à outrance.

Mais il reste que dans notre société, des hommes et des femmes, dont certains en situation de pouvoir, ont tendance à «raciser» leurs concitoyens.

Suffit d'écouter les récits de ces derniers. Le ministre Lionel Carmant, à Qub en 2020, m'avait bouleversé. Jeune, à Montréal, il a souvent été arrêté sans raison. Aujourd’hui encore, il soutient qu’un «jeune Noir qui conduit l’auto de ses parents» risque davantage d’être interpellé, car on présume que le véhicule est volé. Il a même averti ses filles, dès qu'elles ont pu conduire, de faire gaffe.

Imaginez quand on est un Québécois d'origine ougandaise, qu'on sort d'une rixe dans un bar. On a beau habiter dans Limoilou depuis près de 10 ans et s'appeler Pacifique...

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