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Le PLQ n'est plus «fédéraliste»

Le PLQ demeure «le seul parti franchement fédéraliste à l’Assemblée nationale», a martelé sa cheffe Dominique Anglade au congrès libéral, la fin de semaine passée.

Or, la pensée fédéraliste l'a plutôt déserté. À preuve, aucune résolution au congrès n'a porté sur le sujet.Cette situation est très dommageable non seulement pour le PLQ, mais pour l'ensemble de la nation québécoise.

Car le statut politique du Québec demeure problématique. Il l'est depuis le coup de force constitutionnel de 1982.

Que le PLQ n'ait désormais rien à dire là-dessus; qu'il ne s'active même pas pour proposer une solution est non seulement navrant, mais c'est la source principale de la crise d'identité qu'il traverse actuellement.

Le PLQ «cherche son âme», a écrit dans La Presse samedi l'ancien ministre Benoît Pelletier, dernier libéral à avoir une pensée réellement fédéraliste.

1995

Comment ce grand parti en est-il arrivé là?

Entre autres parce qu'il lui a suffi d'être anti-souverainiste pour remporter les élections de 2003, 2007, 2008, 2014. Dénoncer trop fort les «déficits fédéraux» du Dominion; ou encore les risques que représente, pour l'identité québécoise, ce statut politique imposé en 1982; ou encore, résister à la conception unitariste du ROC; ou, enfin, insister sur la non-adhésion politique du Québec à la constitution de Trudeau père?

Tout cela aurait nourri le camp souverainiste, et aurait risqué de ramener le camp fédéraliste aux expériences traumatiques du type 1990 (fin de Meech) ou 1995 (référendum gagné par le non, mais par 50 %).

Le PLQ préféra éteindre sa tradition intellectuelle fédéraliste, autrefois forte. Elle avait produit entre autres le riche «Livre beige» du chef libéral et leader du camp du non en 1980, Claude Ryan. Scandaleusement ignoré par Trudeau père (même cette conception avait objectivement remporté le référendum avec 60 % de NON).

Après les ères Johnson (fils), Charest et Couillard, le parti ne sait même plus ce qu'est une position fédérale. Mme Anglade s’est bornée à ânonner qu'elle «protégera les compétences du Québec». Ce parti ne voit même plus (ou ne veut plus voir) le problème (toujours non réglé) qui aura tant occupé son dernier grand chef, Robert Bourassa, de 1983 à 1993.

Le PLQ est devenu platement canadianiste, qui revient à accepter le Dominion tel qu'il est. Ce que fait comprendre subtilement le document de 2018 de Jean-Marc Fournier, intitulé «Québécois, notre façon d'être Canadien», que Dominique Anglade a présenté dimanche comme étant toujours la politique constitutionnelle du PLQ.

CAQ

La CAQ aussi avait choisi, à ses débuts, de ne plus parler ni de souveraineté ni de fédéralisme. En août 2012, François Legault avait même déclaré que «dans 10 ans», il deviendrait possible de signer la constitution de 1982!

Mais fin 2015, il se débarrassait de son logo multicolore et se dotait d'un projet pour les nationalistes québécois comportant plusieurs propositions fédéralisantes (qui tardent à se matérialiser malheureusement).

À partir de ce moment, la CAQ a progressé jusqu'au pouvoir en 2018. Elle avait une position sur le statut problématique du Québec. Ce n'est pas uniquement le thème de l'économie qu'elle aura piqué au PLQ, mais celui du fédéralisme.

Mme Anglade, ses élus et ses militants ne semblent même plus en mesure de le comprendre.

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