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La marche, mode de transport révolutionnaire entre l'école et la maison

Être condamné à marcher pour aller à l'école. Quelle torture!

Ce fut, je l'avoue, ma première réaction, ironique, après avoir lu que des enfants de Lanaudière, privés de transport scolaire (pénurie de chauffeurs), en étaient réduits à aller à pied à l'école.

«Forcés de parcourir de longues distances» en marchant, certains élèves «s’absentent même de l’école».

Une mère déplorait de devoir marcher 30 minutes soir et matin. Légèrement insensible, j'ai pensé: «C'est là un bon exercice, non?»

«Biais»

Puis je me suis senti coupable, me rappelant mes «biais» de quinquagénaire urbain bobo un brin obsédé par l'activité physique.

Cela m'avait fait oublier le temps inouï que peut représenter l'obligation d'aller reconduire les enfants à pied, rentrer à la maison; puis refaire l'aller-retour le soir.

Et bien sûr, il y a ces situations où la marche est impensable; parce qu'on est en zone rurale; parce qu'on habite à 30 km de l'école; ou à cause de problèmes de santé.

La motorisation est souvent inévitable.

Solutions

À la pénurie de chauffeurs, il y a des solutions.

Christine Labrie, porte-parole de QS en matière d'éducation, proposait hier des approches différentes pour les zones urbaine et rurale.

Les élèves du secondaire en villes devraient être incités à utiliser le transport collectif. Ainsi, on libérerait du temps des chauffeurs scolaires, lesquels pourraient alors véhiculer davantage d'écoliers du primaire, ainsi que les adolescents habitants des zones pauvres en transport municipal.

Marche

Mais permettez-moi de revenir à mes «biais»: il ne faudrait surtout pas exclure la marche. La pénurie de chauffeurs peut même être une occasion à saisir, en partie.

J'en discutais vendredi avec Sandrine Cabana-Degani, directrice de Piétons Québec: que de moins en moins d'élèves se rendent à pied à l'école est un fléau.

Plusieurs données (certes un peu anciennes): «Dans la région de Montréal, entre 1998 et 2003, la distance moyenne parcourue à pied par les écoliers est passée de 550 à 480 mètres».

En 2011, des chercheurs avaient évalué à 30 % seulement les élèves du primaire marchant pour se rendre à l'école.

En 2015, le «Globe and Mail» de Toronto abordait le sujet dans un éditorial intitulé «Soyez transgressif cette année: encouragez vos enfants à aller à pied à l'école.» ("Be a rebel this year, and let your kids walk to school")

Les bienfaits de marcher quotidiennement sont innombrables: nos jeunes ont besoin de bouger! En marchant entre la maison et l'école, ils développent aussi autonomie, socialisation, connaissance de leur environnement.

Plusieurs adultes l'ont compris dans la dernière décennie. Des organismes ont mis sur pied des «pédibus» et autres «trottibus», autant d'«autobus à pied», permettant à un groupe d'enfants de transiter en groupe, entre maison et école, sous la supervision d'un adulte.

Tout se fait bénévolement pour l'instant. «On paie des chauffeurs, pourquoi ne pas payer des accompagnateurs pour ce type d'initiative», a proposé Sandrine Cabana-Degani.

Enfin, pour ramener les enfants sur le chemin de l'école, il faudrait impérativement rendre les parcours à pied plus sécuritaire. Car moins ils le sont, plus d'enfants y sont amenés en voiture. Et plus il y a de voitures, moins les environnements sont sécuritaires.

C'est le cercle vicieux de la motorisation.

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