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Documentaire «Défendre nos forêts»: sommes-nous en train de perdre nos symboles?

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Une vingtaine d’années après L’erreur boréale de Richard Desjardins, le documentaire Défendre nos forêts, qui est disponible ce vendredi sur la plateforme Vrai, montre l’état de la foresterie québécoise et de l’exploitation de la ressource première en 2021.

Les coréalisatrices Ninon Pednault et Marie-Christine Noël, de notre bureau d’enquête, ont parcouru plus de 5000 km à travers le Québec «pour voir ce qui se passait sur le terrain».

À travers les yeux de différents acteurs qui œuvrent dans le milieu, tant des biologistes, que des activistes ou des travailleurs qui sont dans le bois depuis des générations, le document narré par le chanteur Émile Bilodeau montre une parcelle de la gestion forestière québécoise, parfois bien fait et parfois questionnable.

Photo Agence QMI, Joël Lemay

«La gestion du territoire et des ressources naturelles, depuis L’Erreur boréale, il y a beaucoup de chemin qui s’est fait. On ne coupe plus autant ni comme avant, il y a aussi eu des efforts et de la restructuration», a souligné Ninon Pednault, qui avait à cœur d’aller voir sur le terrain et de réfléchir sur l’avenir de la gestion de la ressource. C’est également le point de départ du documentaire-choc de NumériQ, a-t-elle indiqué en entrevue avec l’Agence QMI.

Images marquantes: le caribou, le canari des forêts

On présente les deux côtés de la médaille de l’industrie forestière, dont l’effet que les coupes et le rajeunissement des forêts, à 91,6 % publiques, a sur la biodiversité. C’est notamment le cas pour le caribou forestier, dont il ne reste que sept individus à Val-d’Or. L’animal emblématique du Québec est appelé à s’éteindre d’ici quelques années seulement.

Pour Marie-Christine Noël, faire face à l’enclos où sont gardés en captivité, à l’abri des prédateurs, les sept derniers caribous de Val-d’Or a été un point marquant dans la réalisation du documentaire, qui a eu l’effet d’une «wake up call».

Photo Agence QMI, Joël Lemay

«Des scientifiques à qui on a parlé nous ont dit [que les individus] étaient vieillissants. Est-ce qu’ils vont être en mesure de se reproduire? Ça risque d’être extrêmement difficile et les chances que ces caribous disparaissent sont de plus en plus grandes. [Avec l’enclos à caribous] on voit les dégâts qu’on a faits et on a agi trop tard», a indiqué la coréalisatrice.

Pourtant la sonnette d’alarme résonnait depuis longtemps, mais rien n’a été fait, a-t-elle ajouté.

La gestion actuelle des forêts nuit toujours à la survie des caribous, notamment parce qu’elle bénéficie à ses prédateurs, l’ours noir et le loup, mais aussi parce qu’elle réduit certaines bases de leur alimentation qui se trouve dans les arbres morts.

Récemment, le ministère de la Faune a annoncé la construction d’un autre enclos à caribous évalué à un peu plus de 2 millions $ pour protéger les femelles gestantes de la harde de caribous de la Gaspésie.

«Ce sont des hardes sauvages qu’on va mettre aussi en enclos. On espère que ce soit temporaire, mais il y a de fortes chances que ce soit permanent», s’est désolée Marie-Christine Noël.

L’absence résonnante du ministre

Si le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) s’est montré réactif à l’égard du documentaire, le ministre Pierre Dufour a pour sa part brillé par son absence, malgré les nombreuses demandes d’entrevue.

«Faire un documentaire sur la forêt sans le ministre des Forêts, c’est très décevant», ne s’est pas caché Marie-Christine Noël.

«Le MFFP nous a répondu dans des délais raisonnables, même que quand on posait des questions on voyait ensuite que ça faisait bouger les choses, est-ce simplement un hasard? On ne sait pas», a ajouté Mme Pednault.

À noter que le ministre Dufour a accepté de rencontrer les coréalisatrices du documentaire une fois qu’il l’aura vu.

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